Gouvernement Borne : et les territoires, ils sont où ?

Frédéric Sirgant sur BVoltaire

Élisabeth Borne a mis, pour sa première interview au JDD en tant que « Première ministre » (elle exige l’accord de la fonction au féminin), la barre très haut : « Je ne vous mentirai pas. » Ce type de formule qui donne des sueurs froides à leur auteur à peine prononcée : voir Jérôme Cahuzac. Heureusement pour elle, la formule ne vaut que pour la réforme des retraites, avec recul de l’âge de départ à 65 ans, nouveau dada du nouveau Président pour son nouveau peuple, après la retraite à points.

Mais il est un autre dada sur lequel Élisabeth Borne ne s’est guère exprimée : nos fameux « territoires ». Jean Castex en était un à lui tout seul et fut d’ailleurs choisi pour cela. Mais il fut un temps où l’on en parlait beaucoup moins mais où ils pesaient lourd dans la composition du gouvernement. Il fallait un socialiste cassoulet à tel poste, un accent niçois à l’autre, un Breton, un Alsacien, etc. Jean-Yves Le Drian, outre sa proximité avec Hollande et son macronisme, avait la grande qualité d’être breton. Ses dix ans au gouvernement et son âge l’en ont fait sortir. Plus de Breton au gouvernement, mais un Premier ministre d’origine normande (et donc, polonaise).

C’est Hervé Morin, président de la région Normandie, justement, qui s’est inquiété de l’oubli des trois quarts des territoires français dans ce gouvernement :

L’attaque est autant géographique que sociologique. Parmi les gauches oubliées de ce gouvernement, outre la gauche républicaine et universaliste, il y a cette gauche populaire du Midi, provinciale, attachée à la ruralité. C’est peut-être qu’elle a, de fait, disparu, remplacée par le RN en zone périphérique et LFI en banlieue.

Et les recrues de droite ne parviennent pas à compenser cette hypercentralisation francilienne du nouveau gouvernement. Le plus exotique demeure Darmanin, et son Tourcoing. Le Maire, c’était encore l’Eure, la Normandie quoi, où il ne se représentera pas, le RN arrivant en tête dans sa circonscription. On attendait des accents chantants : celui de Muselier ou d’Estrosi. Malgré tous les gages donnés au macronisme, tous les états de service de trahison, même pas de secrétariat d’État. Plus belle la vie, c’est fini. Et donc, aucun ministre du Sud-Est au gouvernement.

Cette carte de France rétrécie du gouvernement Borne est une nouvelle conséquence de la suppression du mandat de député-maire, avec des députés coupés de responsabilités locales réduits, une fois (mal) élus, à des Playmobil™.

Cette carte réduite doit pleinement satisfaire le Premier ministre qui a longtemps travaillé dans le domaine des transports (RATP, SNCF, ministères) : elle ressemble à ces cartes de France où l’hexagone est déformé en fonction de la durée pour rejoindre une ville en TGV : Bordeaux est à deux pas de Paris, etc.

Hervé Morin n’a pas tort de souligner cette déconnexion géographique et technocratique de la composition du gouvernement Borne qui l’expose à une nouvelle révolte de la France périphérique. Surtout quand RTL nous rappelle qu’Élisabeth Borne s’était dite favorable, en 2020, « à titre personnel », à l’abaissement de la vitesse à 110 km/h sur l’autoroute. « Une proposition qui pourrait être à nouveau étudiée. »

Un espoir, tout de même : Pap Ndiaye passait toutes ses vacances dans la ferme de ses grands-parents maternels, dans le Berry. S’il pouvait s’en souvenir davantage que ses séjours sur les campus américains…

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