Macron : Un nouveau mandat sous le signe de la division et de la stigmatisation du camp national

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Il faudra se souvenir, dans quelques semaines, du discours d’investiture d’Emmanuel Macron quand le président de la République livrera à l’Europe, pieds et poings liés, ce qui reste de la souveraineté française. La confirmation de ses intentions terribles pour la France est tombée, lundi 10 mai, au Parlement européen de Strasbourg, lors de la clôture de la Conférence sur l’avenir de l’Europe. Emmanuel Macron venait de plaider pour une Europe à plusieurs vitesses. En clair, une Europe où les pays les plus raisonnables n’entravent pas la course des européistes aveugles menés par le Président français.

Tout ça pour ça ? Les Gardes républicains en grande tenue lors de son investiture samedi, la salle des fêtes de l’Élysée héritée de Sadi Carnot – elle a été construite en 1889 par ce Président mort assassiné en 1894, à Lyon, par un anarchiste et rénovée à grands frais par le Président Macron qui y a tout de même englouti 500.000 euros -, les vingt et un coups de canon – un héritage de la monarchie restauré par de Gaulle en 1958 -, le collier de la Légion d’honneur – un souvenir de  Ier -, tout cela pour une promesse à peine voilée de lâchage en rase campagne de pans entiers de notre souveraineté…

Les Français auront le temps de reprendre, durant les cinq années qui viennent, le discours d’Emmanuel Macron. L’esprit de nos institutions veut que, une fois élu, le président de la République ne soit plus l’homme d’un camp élu contre un autre mais le chef de l’État, c’est-à-dire l’élu de tous. C’est l’esprit du Contrat  de Jean-Jacques Rousseau, De l’esprit des lois de Montesquieu, du gaullisme et de la Constitution de 1958. Ce n’est apparemment pas l’état d’esprit du président de la République réélu face à plus de 40 % des électeurs qui se sont portés sur son opposante Marine Le Pen. Le Président évoque « de nombreux peuples », mais de quels peuples parle-t-il ? On entend plutôt « de nombreux Français » lorsqu’il dit : « Là où de nombreux peuples ont décidé le repli, cédé parfois à la tentation nationaliste, à la nostalgie du passé, aux sirènes d’idéologies dont nous pensions avoir quitté les rives au siècle précédent, le peuple français a fait le choix d’un projet clair et explicite d’avenir, un projet républicain et européen… » Tout est toujours emboîté, avec Emmanuel Macron, et obstinément confus. Ainsi de ce projet « républicain et européen ». Ainsi de ces « nombreux peuples ». Rappelons, au passage, que la République est née d’une guerre contre l’Europe à la bataille de Valmy. Alors ? Alors, quand on est un peu patriote, on se sent visé… On le connaît, on est visé aussi lorsqu’il attaque, l’air de rien : « Les peurs sont là, nombreuses, autant que les fractures. » Sous-entendu, encore une fois, il y a ceux qui pensent et les irrationnels qui ne pensent pas : ils ont peur, sous-entendu sans savoir pourquoi.

Le Français qui souffre de voir son pays submergé par d’autres peuples, basculer dans l’insécurité, emprunter le chemin du déclin à l’école, de l’université ou des mœurs ? Un nostalgique. Ce Français-là court derrière « d’illusoires chimères », nous explique le président de la République tout juste réélu. Le même Président stigmatise les « démagogies faciles ». C’est un fardeau, ce Français, pour Emmanuel Macron. Une plaie ouverte, un clystère pleurnichard, un lavement sur pattes. Aimer son pays, aimer la France, souffrir lorsqu’un Président s’apprête à vendre l’âme de cette vieille nation à l’Europe technocratique et autoritaire, voilà la faute. Voilà la « tentation nationaliste », la « nostalgie du passé »« l’illusoire chimère » et la « démagogie facile ».

Ces scrogneugneux refusent qu’on leur présente des vessies pour des lanternes. Ils sont un peuple ancien, qui tient à ses racines. Ils savent traduire le Macron. Quand il lance « Ce peuple nouveau, différent d’il y a cinq ans, a confié à un Président nouveau un mandat nouveau », les Français traduisent aussitôt « Ce peuple ancien, présent sur la terre qu’il a défendue de son sang depuis des siècles, a confié par défaut à un Président usé la prolongation de son mandat ».

Un « peuple nouveau » ? Comment ne pas penser à cet « homme nouveau » que le président nouveau, Mao Tsé-toung, voulait voir surgir lors de la révolution culturelle. Les prophéties gonflées de mots creux du Président Macron laissent songeur : « C’est lorsque se lève le vent du tragique que nous, Français, trouvons la force de nous hisser au-delà de nous-même pour écrire l’Histoire à l’encre de l’universel. » Tant de mots pour ne rien dire. Alors, lorsqu’il jette, comme on jette un os aux Français enracinés : « Aimons notre patrie », lorsqu’il cite Gergovie et évoque « ce vieux peuple enraciné qui a offert au monde les rêves les plus fous », c’est drôle, on n’y croit pas… Investiture et déconstruction vont de pair, avec Macron, le tout emballé sous vide et marqué du label « en même temps ».

Marc Baudriller

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