4 février 1945 : Yalta 

En se retrouvant à Yalta, sur les bords de la mer Noire, Staline, Churchill et Roosevelt entendent se partager les dépouilles d’un ennemi agonisant : le conflit commencé en 1939 ayant pris des proportions planétaires, les vainqueurs veulent imposer un nouvel ordre mondial qui leur permette, sous le couvert hypocrite d’une future Organisation des Nations Unies, de régler les affaires mondiales en fonction de leurs intérêts et de leurs appétits.

Le problème est que ces intérêts et appétits ne sont pas convergents … Roosevelt, réélu pour la quatrième fois en novembre 1944 président des États-Unis, a repris à son compte l’utopie universaliste qu’avait déjà imposée, pour le plus grand malheur de l’Europe, son prédécesseur Wilson, en 1919. Mais derrière ces rêveries se cache un impérialisme américain très concret, qui entend bien faire des vieilles nations européennes exsangues autant de satellites serviles. Au nom, bien entendu, des grands principes démocratiques. D’ailleurs l’Américain, le Soviétique et le Britannique ont proclamé, à l’adresse des Européens, leur volonté d’« aider les peuples libres à former des gouvernements provisoires largement représentatifs de tous les éléments démocratiques qui s’engageront à établir par des élections libres des gouvernements correspondant à la volonté des peuples ». Bien sûr, les frontières seront établies conformément au vœu des populations concernées … Sur les photos, Staline sourit dans sa moustache. Car, partout où l’Armée rouge a pris pied, des partis communistes sont à l’œuvre pour éliminer, le plus souvent physiquement, tous ceux qui n’auraient pas la même conception de la «démocratie» que le tsar rouge. Et ceux qui, naïvement – comme – les Polonais -, croyaient en la parole des Anglo-Saxons vont très vite déchanter, broyés par l’implacable logique d’un partage du monde en deux obédiences, par une ligne de démarcation qui va tracer une sanglante cicatrice au cœur de l’Europe et au cœur de l’Allemagne. En Asie, les Soviétiques sont assurés de pouvoir avancer leurs pions aussi loin qu’ils voudront.

Sur la photo-souvenir destinée à immortaliser la conférence de Yalta, Roosevelt a un sourire béat et benêt. Peut-être inconscient des tragédies que vont vivre, à cause de lui, des millions de femmes, d’hommes et d’enfants, il a les jambes couvertes d’un plaid de laine. Il est gravement malade, comme l’est aussi son premier conseiller Harry Lloyd Hopkins. L’un n’a plus que quelques semaines à vivre, l’autre quelques mois.

Churchill, lui, est lucide mais il n’a pas réussi à faire partager à l’Américain sa méfiance à l’égard de Staline. D’ailleurs, la Grande-Bretagne n’est déjà plus qu’un porte-avions ancré, au service des États-Unis, au large des côtes européennes et les jours de l’empire britannique sont comptés. Devant le grand gâteau qu’est la carte du monde, les jeux sont faits : c’est part à deux et le tandem soviéto-yankee n’admettra personne d’autres à table. Les peuples n’auront plus d’autre choix que la soumission ou la révolte. Grâce à l’inaltérable force d’espoir et de vie qu’est le nationalisme, ils choisiront un jour la révolte.

P. V National Hebdo du 2 au 8 février 1995

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