« Vanden », Le commando des tigres noirs, de Bernard Moinet 

Pour une dent toute la gueule

Me rendant à Saint Cyr-Coetquidan en « 1984, je constatai avec stupeur et, je l’avoue avec amertume, que le nom même de Vandenbergue était totalement inconnu, ignoré des jeunes cyrards ». Bernard Moinet, qui a été lieutenant en Indochine de 1949 à 1952, qui a servi pendant six ans en Algérie et qui, devenu colonel, a quitté l’armée d’active en 1963 bouleversé par l’extermination des harkis, perpétrée dans l’indifférence générale, a, une nouvelle fois, l’occasion de constater que bien des Français ont la mémoire courte.

Vandenbergue a été l’un des soldats les plus valeureux du Tonkin. Erwan Bergot a conté ses exploits dans un livre publié aux Presses de la Cité en 1973 et réédité en 1985 aux éditions Pygmalion …

Bernard Moinet songeait depuis plusieurs années à cet homme de guerre hors du commun qui, les avec quinze citations de sa croix de guerre, se singularisait de ses camarades où les héros ne manquent pas. Il s’attache à suivre pas à pas cet enfant du Béarn. Né en 1927, Vandenbergue ne court pas après la guerre, c’est la guerre qui l’attrape; et lui ne fait rien pour s’y dérober, bien au contraire. Adolescent, il s’engage dans les corps francs du maquis « Pommiès », rejoint l’armée française, participe à la libération de l’Alsace avant de se porter volontaire pour l’Indochine.

Il y débarque en 1947 et ne tarde pas à découvrir une guerre à sa mesure. Au fond, Vandenbergue est un braconnier dans l’âme. Hier dans sa province d’adoption, où il a été placé par l’Assistance Publique, il a chassé, à sa manière, lapins, perdrix et le soldat allemand.

Dans le Tonkin, il traque le Viet. Il le traque en collant au terrain qu’il apprend à maîtriser aussi bien que lui. Il utilise les mêmes armes, les mêmes méthodes, les mêmes tactiques. Il vit comme un Viet, s’habille comme un Viet et combat comme un Viet. Il se fait vite remarquer par ses méthodes singulières. Ce loup de guerre monte un commando. À la tête de ses « Tigres noirs », il se lance des expéditions épiques où il pratique toutes les techniques de la rébellion. La guerre contre-révolutionnaire est en train d’être inventée au quotidien dans les rizières, la jungle et auprès des populations locales. Le général de Lattre de Tassigny, qui s’y connaît en guerriers, fait de ce baroudeur une vedette qu’il cite en exemple au corps expéditionnaire. Il le montre volontiers aux officiers américains envoyés à l’époque par leur Gouvernement afin d’observer cette guerre d’Indochine qui deviendra, plus tard, bien plus tard, le conflit vietnamien.

Le Viêt-minh, lui, sait qu’il est confronté à un redoutable adversaire. Il le redoute et va tout mettre en œuvre afin de l’éliminer. Il y met le prix. Victime de la trahison de quelques uns de ses compagnons d’armes, Vandenbergue tombe, rafalé à bout portant dans son lit.

Bernard Moinet a voulu, dans ce texte dense s’évader du cadre qu’il jugeait, non sans raison, trop étroit de la biographie. Il a désiré restituer les climats psychologiques et politiques qui caractérisent cette guerre. Afin de ce faire, il décrit les événements qui se passent par-delà le monde en ce temps-là, en les isolant du texte courant en des encadrés. Ce procédé, s’il casse un peu le rythme de la lecture, à l’avantage de remettre cette histoire événementielle en perspective d’une guerre idéologique et de conflits armés lesquels, depuis Yalta, n’ont jamais cessé.

Bernard Moinet vient rappeler aux sommolents que nous sommes qu’il n’y a pas de paix entre deux univers radicalement opposés. Vandenbergue et tous ses frères d’armes ont combattu et sont morts afin que les boatpeople fuyant les goulags de la République Démocratique du Viêt-Nam n’aient jamais à prendre la mer. Reste à connaître l’histoire de ces hommes qui se sont sacrifiés pour que la liberté soit. Bernard Moinet l’a écrite.

Edition France-Empire, 

Jean-Claude Lauret National Hebdo du 7 au 13 janvier 1988

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