Qui a dit que la droite avait gagné la bataille des idées ?

Eugénie Bastié conteste l’idée selon laquelle la droite est en train de gagner la bataille des idées :

[…] la victoire idéologique de la droite est devenue le lieu commun de l’éditocratie de gauche qui confond la fissuration d’un monopole intellectuel avec un retournement d’hégémonie, à moins qu’elle ne fasse semblant de croire à la victoire imminente du fascisme pour se draper dans les oripeaux de la Résistance. Bien souvent, la droite y a cru, elle aussi, épousant avec la fièvre du converti les impératifs de la « reconquête de l’hégémonie culturelle » .

Ses militants ne juraient plus que par Gramsci, sans avoir lu une ligne du penseur italien, prédisant le triomphe dans les urnes après leur victoire dans les coeurs. Des rangs de la Manif pour tous aux foules du Trocadéro soufflait l’ivresse des lendemains qui chantent. Il y avait bien eu une douzaine d’années entre mai 68 et la victoire de Mitterrand : il suffisait d’être patient.

Pourtant, un plateau de télévision ne fait pas le printemps électoral. Le retour d’un certain pluralisme dans la vie médiatique – des voix autrefois marginalisées, réduites au silence, pouvant désormais s’exprimer – n’est pas synonyme de basculement idéologique. À force de se mirer dans les yeux apeurés de la gauche, la droite s’est vue plus grosse qu’elle n’était.

Certes, la multiplication des attentats, notamment envers un journal à l’ADN de gauche comme Charlie Hebdo, a contribué à réveiller la gauche de sa naïveté envers l’islam radical. La pensée dominante est passée du multiculturalisme naïf sauce SOS-Racisme à un universalisme républicain plus affirmé ; en témoigne la trajectoire du président de la République lui-même. Mais la question des limites à apporter à l’immigration reste encore taboue. Ainsi, Éric Zemmour a cru qu’un sondage donnant la crainte du grand remplacement comme ultra-majoritaire dans l’opinion était un blanc-seing pour en faire un axe unique de campagne. Majoritaire ne veut pas dire prioritaire. Le conservatisme sociétal, quant à lui, reste ultra-minoritaire dans l’opinion. Quant au libéralisme économique, il a été balayé par la crise du Covid, occasionnant un retour sans précédent de l’État dans l’économie.

Aussi, la dénonciation hypocrite de l’hégémonie culturelle de la droite a masqué la montée en puissance continue de la gauche radicale depuis le milieu des années 1990, qui a fini par dévorer la social-démocratie. Lionel Jospin, incarnation s’il en est de la gauche de gouvernement, a reconnu que La France insoumise était la « nouvelle force dominante » , Sciences Po vote Mélenchon et la jeunesse du Quartier latin ne jure plus que par la théorie du genre et les penseurs décoloniaux. […]

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