La France contre les boomers, par Clément Martin

Malgré un quinquennat désastreux sur tous les plans et une détestation populaire rarement vue pour un président de la Ve République, Emmanuel Macron a été réélu. Et ce de façon confortable. Ce paradoxe est incompréhensible pour celui qui ne voit pas que la France est une gérontocratie. Car la victoire d’Emmanuel Macron est avant tout celle des baby-boomers. La démocratie contemporaine n’est rien d’autre qu’une toile sur laquelle la génération des soixante-huitards exprime à l’envi ses velléités anticivilisationnelles.

Pour sauver notre civilisation, il faut combattre le règne du boomer. Et pour vaincre le boomer, il faut le comprendre.

Qu’est-ce qu’un boomer ?

Traditionnellement, on établit que les bornes de la génération des baby-boomers (ou simplement « boomers ») vont de 1946 à 1964[1]. Bien entendu, les générations ne sont pas simplement des catégories temporelles mais également culturelles : les cohortes qui sont nées au cours de la même période grandissent dans le même environnement et font face aux mêmes événements, ce qui se traduit par une culture commune et une vision du monde similaire. Parmi ces moments marquants, on peut citer l’émergence de la contre-culture, le mouvement des droits civiques aux États-Unis ou encore la guerre du Vietnam. Autrement dit, certaines personnes nées légèrement en-dehors de ces bornes (1942 ou 1965) peuvent tout à fait être considérées comme des boomers si leur vision du monde est impossible à différencier de celle d’un boomer « pur » né en 1955.

La culture des boomers se définit par quelques éléments qui distinguent radicalement leur génération des précédentes : un déséquilibre démographique de la jeunesse (qui s’est traduit par une rupture de la transmission de la part des générations précédentes), l’invention de nouveaux médias de masse (dont la normalisation de la télévision dans chaque foyer), l’avènement de la société de consommation (couplée aux Trente Glorieuses et au plein emploi) et le surgissement d’un monde pacifié et libéré de la guerre. Chacun de ces éléments a participé à l’élaboration de leur idiosyncrasie culturelle, caractérisée par un nombrilisme délirant, une recherche constante de l’hédonisme et un autisme politique inégalé. Les boomers sont la preuve que ce sont les quantités qui font l’histoire. Puisqu’ils sont la cohorte générationnelle la plus nombreuse et la plus politiquement mobilisée de France (en plus de voter d’une façon particulièrement monolithique), leurs poids politique est colossal.

Mai 68 n’a jamais pris fin

Qu’on se le dise, l’héritage politique des boomers a été une véritable catastrophe pour la France (et pour l’Occident en général, soit dit en passant). Il serait réducteur de ne considérer l’identité politique des boomers qu’à travers mai 68. Ou plutôt, mai 68 doit se comprendre à deux niveaux : d’une part, l’épisode estudiantin bien connu, dont la tête de proue est sans conteste Daniel Cohn-Bendit. Mais mai 68, c’est aussi une mythologie, une certaine utopie rattachée à une génération motivée par des idées libertaires, humanistes et pacifistes, et dont la manifestation concrète a pu considérablement évoluer au fil des années. Trotskistes ou maoïstes en 1968, beaucoup de boomers sont devenus les chantres d’un conservatisme économique rigide au fil des années[2], à tel point que ceux qui hurlaient pour l’avènement de la société sans classe constituent aujourd’hui une caste de rentiers, arc-boutés sur leur patrimoine et leurs « acquis sociaux ». On pourrait penser qu’il s’agit-là d’un renversement des valeurs de la part de cette génération : généreux et idéalistes dans leur jeunesse, les boomers auraient troqué leurs rêves adolescents pour faire le choix de l’accumulation et de la rente. En réalité, cette transformation du discours n’est pas un reniement, mais une continuation fort logique : la réclamation bruyante d’une Révolution culturelle à la française au vote Emmanuel Macron sont les deux faces d’une même pièce – celle de l’égoïsme. On connaît le dicton : « Un égoïste, c’est quelqu’un qui ne pense pas à moi. » Effectivement, derrière les discours imbéciles et les efforts ininterrompus des soixante-huitards pour ridiculiser tout l’ordre traditionnel et enraciné de la France et de l’Europe, se cachait en réalité une simple demande parfaitement autocentrée de privilèges économiques et culturels. La cohérence de l’itinéraire politique des boomers, c’est d’avoir recentré l’intégralité de la vie culturelle et politique et de la vie économique autour d’eux. Au nom de l’ « humanité » (dont ils étaient, par une heureuse coïncidence, la cohorte générationnelle la plus nombreuse) ils réclamaient la générosité. Au nom du « respect des anciens », ils défendent leurs prébendes.

La retraite par répartition et les misères du socialisme

La quasi-intégralité des maux qui frappent aujourd’hui notre pays peut trouver son origine dans l’influence politique, culturelle et économique de la génération du baby-boom. Bien entendu, l’histoire doit se comprendre au prisme de certaines lames de fond, mais les causes profondes, tout comme les concepts philosophiques, ne sont pas automoteurs. Ils sont portés par des groupes et des personnes qui les pensent et les mettent en place. La généalogie du malaise français se confond d’une façon quasiment parfaite avec l’analyse d’une pyramide des âges.

Dresser la liste exhaustive de l’influence nocive de cette génération sur le destin de notre patrie prendrait trop de place ; on peut toutefois se concentrer sur un élément particulièrement emblématique.

La première entaille (tant en termes chronologiques qu’en termes d’importance) portée les « vieux-jeunes » à notre pays est celle de la retraite. Les premiers systèmes de retraite européens surgissent à la charnière entre le xixe et le xxe siècle. Ces systèmes fonctionnent alors sur le système de la capitalisation. En France, c’est, ironiquement, le régime de Vichy qui établira en 1941 le premier système par répartition de l’histoire de France. Repris en 1946 par le Conseil national de la Résistance (CNR) et restructuré notamment par le communiste Ambroise Croizat, le système de retraite par répartition est devenu une des pierres angulaires du « modèle social français ». Au départ, si l’idée de mettre les retraités à la charge des actifs pouvait sembler être un choix pertinent dans un contexte d’explosion démographique, de plein emploi et d’accroissement régulier de la productivité, ce choix est rapidement devenu intenable : aujourd’hui, on compte 1,7 actif cotisant pour un retraité[3] contre 4 actifs par retraité en 1950[4]. Sous couvert de justice sociale, la France a mis en place une véritable pyramide de Ponzi[5], fondée sur la spoliation croissante des actifs au profit des retraités. Bien entendu, les bénéficiaires de ce système ont toutes les raisons de s’en faire les gardiens obtus : alors qu’ils ne travaillent plus, le niveau de vie médian des retraités est légèrement supérieur à celui de l’ensemble de la population[6]. Certes, un examen plus précis des statistiques montre que les revenus (différents du « niveau de vie ») des retraités sont légèrement inférieurs à ceux des « actifs ayant un travail » au sens de l’INSEE. Mais si l’on prend en compte le fait que la moitié des retraités sont nés entre 1928 et 1945[7] (et n’ont par conséquent pas bénéficié de la génération des boomers), on comprend que l’analyse générale demeure la même. Sans compter le patrimoine immobilier de la génération du baby-boom.

Mais au-delà la situation économique des retraités (qui est finalement un point secondaire), le problème du système par répartition tient au fait qu’il procède à une distorsion catastrophique du lien entre les générations : afin de perdurer, un tel système se doit de produire des actifs. Autrement dit, il ne peut fonctionner que si la natalité du pays est dynamique. Or, la génération des boomers est celle qui a sacralisé toutes les mesures et les mœurs qui ont encouragé directement ou indirectement la dénatalité française (avortement remboursé par la Sécu, ponction fiscale, délocalisations des emplois industriels à l’étranger, dédain du mariage et de la monogamie). La solution s’est donc imposée d’elle-même : pour prolonger artificiellement la vie du système de retraite, il ne restait qu’une seule solution – importer des actifs via l’immigration de masse. Une des constantes de la vision politique des baby-boomers est son cosmopolitisme : sans-frontiéristes acharnés, animés par un humanitarisme dégoulinant, ils n’ont pas hésité à ouvrir les vannes de l’invasion migratoire pour continuer à financer leurs retraites. Les conséquences de l’immigration sont bien connues de nos lecteurs : crime, surcharge des systèmes sociaux, islamisation (et donc islamisme) et dilution de l’identité française et européenne. Mais ceux qui ont voté pour les gouvernements qui mirent en place les politiques d’immigration (regroupement familial en 1976 sous Valéry Giscard d’Estaing, entre autres) prirent soin de vivre loin de ces nouveaux arrivants, préférant militer pour leur intégration au sein d’officines immigrationnistes (GISTI, CIMADE, DAL, etc.) tout en achetant des maisons dans les quartiers préservés, bénéficiant du boom de l’immobilier des années suivantes, qui s’est d’ailleurs soldé par la quasi-impossibilité pour les jeunes actifs français de se loger et de fonder une famille dans un lieu paisible. L’ironie de l’histoire, c’est que cette main-d’œuvre importée pour payer les retraites géantes des boomers, bien souvent sous-qualifiée, quand elle n’est pas carrément parasitaire (délinquance, trafic, chômage de masse) sera celle qui sera la plus susceptible de travailler dans les maisons de retraites peuplées par ces mêmes boomers.

La gérontocratie est une oligarchie

Qu’on ne s’y trompe pas : malgré son jeune âge (il est le plus jeune président de la Ve République à 39 ans en 2017), Emmanuel Macron est politiquement gériatrique. Il n’est qu’une version recyclée des promesses de Valéry Giscard d’Estaing, adaptée à un pays vieillissant. Les chiffres le montrent clairement : les 65 ans et plus ont voté à 75 % pour le président sortant au deuxième tour des dernières présidentielles[8]. Son score élevé chez les jeunes s’explique par le report des voix de l’électorat de Mélenchon, très performant chez les 18-24 ans. Autre ruse de l’histoire, les lycéens et étudiants qui ont voté pour Mélenchon au premier tour selon un logiciel « anti-boomer de gauche » (révélé par le mantra « Ok boomer ») se sont ralliés en masse derrière le candidat de la gérontocratie. Derrière le discours de modernisation promis par la macronie se cache en réalité un vote très conservateur, destiné à cimenter l’influence des retraités au sein de la société française. Selon le démographe Emmanuel Todd (notoirement faible sur les questions identitaires mais pertinent sur l’analyse du macronisme), la France subit une situation inédite dans l’histoire de France, ce sont les inactifs (ceux qui ne travaillent pas et n’ont pas d’enfants à charge) qui décident du destin du pays[9].

Comme nous l’avons rappelé dans un article récent, Emmanuel Macron ne doit pas être vu comme un président « libéral » mais comme un manager mondialisé[10]. Cette analyse se conjugue parfaitement à la situation gérontocratique de la France : à la tête d’un pays vieillissant dont la classe retraitée est la clé de voûte de l’organisation socio-économique, Emmanuel Macron a pour mission politique de pérenniser (autant que possible) cet ordre social en poursuivant le transfert de richesses des actifs vers les retraités (notamment via la réforme des retraites, bien plus soutenue par les 65 ans et plus que par les autres[11]).

Il est admis par les observateurs avisés que le principal danger qui menace la France est celui du Grand Remplacement, qui constitue une menace vitale pour notre démographie et donc pour notre identité. Mais sur un plan plus strictement politique, le vieillissement de la société française constitue un obstacle majeur à la lutte contre les menaces qui pèsent sur le destin de la patrie. Le glissement autoritaire de la pratique du pouvoir, le musellement de l’opposition politique, le Grand Déclassement qui guette les actifs et le blocage des institutions démocratiques par l’hégémonie d’un bloc centriste-élitaire sont tous des conséquences directes du poids électoral et culturel colossal des séniors. Si l’on en croit les chiffres constatés et les projections de l’INSEE[12], les boomers (nés entre 1946 et 1964) constituent aujourd’hui 22 % de la population française. Ils seront près de 21 % pour le prochain scrutin présidentiel et 19 % pour le suivant – une perspective peu réjouissante. Leur chute démographique sera politiquement observable à partir de 2037 (16 % de la population). En 2050, ils ne seront plus que 6 %. Arrivés à ce stade, le combat politique pour la reconquête par les urnes sera quasiment impossible à gagner. Espérons que d’ici-là, la crise que traverse la civilisation européenne aura réveillé les consciences depuis longtemps et permis un réalignement politique en profondeur.

[1] Dans leurs travaux, William Strauss et Neil Howe préfèrent la période 1943-1960, alors que le baby-boom en tant quel tel se produit entre 1944 et 1964 selon les données démographiques américaines. Michèle Delaunay, dans son ouvrage Le Fabuleux destin des baby-boomers (Plon, 2019), considère que les boomers français sont nés entre 1946 et 1973. Quant à elle, l’INSEE situe le baby-boom entre 1946 et 1974.
[2] Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Paris, Albin Michel, 1986.
[3] https://travail-emploi.gouv.fr/retraite/le-systeme-de-retraite-actuel/article/chiffres-cles-retraite
[4] https://www.lepoint.fr/economie/reforme-des-retraites-les-implacables-chiffres-de-la-demographie-13-12-2019-2352931_28.php
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_Ponzi
[6] https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwim2–YmK_3AhXfhf0HHcfJAWkQFnoECAUQAQ&url=https%3A%2F%2Fdrees.solidarites-sante.gouv.fr%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2F2021-05%2FFiche%252009%2520-%2520Le%2520niveau%2520de%2520vie%2520des%2520retrait%25C3%25A9s.pdf&usg=AOvVaw3rkDpVTIt9mHP_hYEWt3vP
[7] https://www.ifrap.org/emploi-et-politiques-sociales/actifs-vs-retraites-ne-pas-se-tromper-de-raisons-de-critiquer
[8] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/age-villes-profession-qui-a-vote-emmanuel-macron-qui-a-vote-marine-le-pen_2172352.html
[9] https://www.youtube.com/watch?v=m1x_HjDJQU8
[10] Référence vers l’article : « Non, Macron n’est pas libéral »
[11] https://www.ifop.com/publication/les-francais-et-la-suppression-de-la-retraite-a-65-ans-du-programme-demmanuel-macron/
[12] https://www.insee.fr/fr/outil-interactif/5014911/pyramide.htm#!y=2070&c=0

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

https://fr.novopress.info/226567/la-france-contre-les-boomers-par-clement-martin-les-identitaires/

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