Sur le front du pétrole

220414

Une communication de l’Opep et de son secrétaire général nigérian Mohammed Barkindo est tombée ce 14 avril, dédaignée par les manipulateurs de l’actualité.

Les 24 membres du cartel du Pétrole s’étaient réunis à Vienne et ils devaient répondre à propos d’une augmentation de leur production demandée par les Européens. Nos dirigeants sont sur ce point gentiment mais mollement soutenus par nos alliés américains, dont les besoins sont assez différents et les intérêts autrefois très proches de ceux des exportateurs.

La réponse a été non, mais comme dirait Woody Allen, rappelez-moi la question.

Avant même un embargo généralisé sur les hydrocarbures russes, ce que souhaite l’Ukraine, Barkindo, a donc déclaré ceci : « à la suite de sanctions existantes ou futures ou d’autres mesures, il manque plus de 7 millions de barils de pétrole russe par jour absent du marché mondial. »

Le front du pétrole nous offre ainsi un intéressant nouvel exemple des sanctions économiques. Quand elles sont prises contre les pays plutôt que contre les régimes, quand elle entendant se substituer à l’action militaire ou à la lutte pour les libertés, elles se retournent contre leurs inspirateurs.

Le cartel du Pétrole entretient en effet des relations étroites avec l’État Russe, qui opère en tant que membre informel.

L’Opep a donc prévenu l’Europe que si elle déclenchait un embargo général sur les hydrocarbures russes, elle ne serait pas en mesure de couvrir la pénurie quantitative de l’offre actuelle sur le marché mondial. Ne laissant pas beaucoup de place à l’espoir sur ce qui pourrait arriver en cas d’embargo général contre les hydrocarbures russes, le Barkindo a souligné que « compte tenu de la forte demande, il nous serait quasiment impossible de combler un tel volume de pénuries ».

Face à l’argument technocratique européen selon lequel il revient à l’Opep d’assurer l’équilibre du marché mondial, le secrétaire général du Cartel insiste sur le fait que la situation actuelle du marché résulte de facteurs qu’il ne contrôle pas.

Bref, il a de nouveau refusé d’augmenter sa production, comme il l’a fait à plusieurs reprises ces derniers mois, malgré les appels répétés du gouvernement américain et de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à équilibrer le déficit du marché mondial avec ses réserves stratégiques. Le mois dernier, alors que les prix de « l’or noir » avaient tendance à dépasser les 100 dollars le baril, l’Opep s’en tient à son engagement antérieur d’augmenter la production de seulement 432 000 barils par jour, à partir de mai.

Les intérêts concrets de l’économie mondiale mettent en lumière des contradictions puissantes. Globalement l’idéal serait d’aboutir à un prix « raisonnable » et stable de l’énergie. Celui des États-Unis est aujourd’hui de financer l’extraction du schiste, de produire du gaz naturel liquide et de nous le vendre : pour faire court cela conduit à un prix plancher du pétrole, au moins 35 ou 40 dollars le baril. Celui des Européens qui disposent de très peu de ressources naturelles est de développer le nucléaire. Celui des Chinois ou des Japonais n’est pas très différent. L’action des rentiers exclusivement « producteurs » des hydrocarbures, c’est-à-dire du cartel formé entre les 24 pays de l’Opep plus la Russie, tend à obtenir le prix le plus élevé possible, soit plus de 100 dollars.

Un clivage existe aussi entre l’Agence internationale de l’Énergie et le Cartel du Pétrole, provoqué par les mots d’ordre des écolos. Ainsi, les exhortations de l’AIE tendent à mettre fin aux investissements dans le secteur pétrolier, afin d’atteindre l’objectif de zéro émission d’ici 2050.

Si l’on veut bien observer froidement l’aspect technique de la guerre russo-ukrainienne, on peut donc en distinguer des dimensions très différentes. Il ne faut évidemment pas confondre certaines avancées probablement constructives de la politique européenne, les renouvellements consternants du « mensonge déconcertant » cher à la tradition moscovite et les sottises récurrentes de la moraline telle que la distille le royaume des Bisounours.

L’ignorance élémentaire de l’Histoire, récente, médiévale, antique ou contemporaine ne doit pas être considérée ici seulement comme un objet d’étonnement. Elle obère singulièrement les capacités de jugement de nos dirigeants et voue à l’échec leurs décisions.

Or cette faille fondamentale de la pensée qui se veut progressiste s’observe dans les actes de nos dirigeants.

« Du passé faisons table rase » proclame orgueilleusement l’Internationale. Plus modestes, les maîtres des démocraties se contentent, quand ils l’ont appris, de l’oublier.

Ainsi en a-t-il toujours été des politiques de sanctions : qu’il s’agisse… de celles imaginées contre l’Italie au moment de la guerre d’Éthiopie, qui donnèrent à Mussolini l’occasion d’un discours historique, mais l’entraînèrent une alliance dont il ne voulait pas, … qu’il s’agisse des mesures prises à l’encontre de Cuba qui frappèrent le pays sans incommoder Fidel Castro, ou … plus encore et surtout de la philosophie générale inspiratrice du traité de Versailles… toutes ces politiques glorieuses se sont soldées au détriment de leurs inspirateurs et de ceux qui, sans agir, en attendaient leur salut.

Dire que l’on va faire et, « en même temps », ne pas faire : la crise actuelle à susciter l’apparition d’un nouveau mot dans la langue ukrainienne, le verbe « macronner ». Depuis 2017, en France, nous ne le connaissons que trop.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

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