Abel Bonnard

Bonnard

[Ci-dessus : portrait au fusain par André Aaron Bilis]

Abel Bonnard

Écrivain et homme politique français (Poitiers, 1883 – Madrid, 1968). Poète et voyageur (En Chine, 1924 ; Au Maroc, 1927), il se voulut aussi un moraliste (L’Amitié, 1928). Ministre de l’Éducation nationale de 1942 à 1944 dans le gouvernement de Vichy, il fut condamné à mort par contumace en 1945 (Acad. fr., 1932, exclu en 1944).

• Recension : Abel Bonnard, Les modérés, le drame du présent, Le Labyrinthe, Paris, 1986, 245 p. [Rééditions : Kontre Kulture, 2013 et Déterna, 2014]

Abel Bonnard (1883-1968), académicien français, ministre de l’Éducation nationale du maréchal Pétain (en 1942), était tombé dans l’oubli. Inconnu des jeunes générations, souvent trahi ou “récupéré” par la vieille droite poussiéreuse, Abel Bonnard est sur le point d’être réhabilité par Olivier Mathieu, son héritier et spécialiste incontesté. O. Mathieu vient en effet de superviser et de préfacer la réédition du chef-d’œuvre de Bonnard, Les modérés, et prépare pour dans quelques mois la toute première biographie de l’écrivain (1). Victime d’une classe intello-médiatique en proie à l’ignorance et au recentrage, Bonnard fait ici le procès de la démocratie, de l’individualisme, de l’égalitarisme, de l’obsession du bonheur économique, et affirme la nécessité de sortir de la fausse alternative libéralisme-marxisme. Ni pétainiste ni maurrassien mais bien païen, révolutionnaire et partisan d’une Europe nouvelle, Abel Bonnard peut être considéré à juste titre comme un précurseur de la “Nouvelle Droite”. Livre admirable aussi bien par la pertinence et l’actualité de ses analyses que par la pureté d’un style qui a su retrouver la majesté des auteurs du Grand Siècle, Les modérés sont une réflexion magistrale sur la décadence d’une civilisation. Cette réédition est agrémentée de deux textes inédits d’Abel Bonnard, des lettres reçues par ce dernier au moment de la première parution de l’ouvrage [1936] et d’une bibliographie exhaustive.

 Robert Steuckers, Orientations n°8, 1986.

• note en sus :

1. Cette biographie paraîtra finalement en 1988 chez Avalon sous le titre : Abel Bonnard, une aventure inachevée. Sur ce retard de parution, lire : Comment peut-on être provocateur ? Autocritique et apologie, Olivier Mathieu, 1987 [pdf]

 Études :

• Le drame du présent : Les Modérés d’Abel Bonnard (J. Asensio)

• « Modération, modérantisme, pseudo-conservatisme : “Les Modérés” d’Abel Bonnard », Philippe Baillet, in : La culture du refus de l’ennemi : Modérantisme et religion au seuil du XXIe siècle, collectif, Presses universitaires de Limoges (Pulim), 2007 [recension 1 / recension 2] [cf. aussi « “Modérantisme” et “refus de l’ennemi” », D. Ramelet]

• « Modération », entrée du Dictionnaire du conservatisme, collectif, Cerf, 2017 [recension]

• Abel Bonnard, Yves Morel, Pardès, coll. Qui suis-je ?, 2017 [recension]

Recension : Abel Bonnard, Les modérés, Livre Club du Labyrinthe, Paris, 1986, 247 p.

Dans ce livre écrit en 1936 et jamais réédité depuis, Abel Bonnard se livre à la description entomologique de ceux qu’il nomme « les modérés », lesquels s’apparenteraient aujourd’hui, sans grande difficulté, à nos RPR-UDF et radicaux valoisiens. Dans un style que certains jugeront désuet mais qui a sa beauté et même sa grandeur, cette dénonciation de l’individualisme moderne procède en quelque sorte de l’esprit des moralistes, La Rochefoucauld ou Chamfort. Abel Bonnard fut, dans la suite de son destin, ministre sous Pétain, il mourut en exil à Madrid, seul, pauvre et oublié ; il sort donc enfin, après un demi-siècle de silence, d’un purgatoire immérité, peut-être l’apanage des grands auteurs. Œuvre moraliste certes, mais moraliste politique, tout autant qu’une méditation sur les hommes, les caractères, il s’agit d’une autopsie du système avec pour appareil critique la référence et l’expérience de deux ou trois siècles de notre histoire, laquelle bien évidemment ne commença pas en 1789. Je n’ai pas été vérifier si Abel Bonnard figurait dans le dictionnaire Larousse des littératures ; je suis cependant sûr que n’y figure pas Jacques Bainville, contemporain d’Abel Bonnard et comme lui voué à l’ostracisme par l’histoire officielle. Il est donc de ces injustices qu’il devient urgent de réparer ; que ceux qui échappent au conformisme et au confort intellectuel, et parmi eux les éditeurs des Modérés, en soient félicités. Mon adolescence a parcouru en traînant les pieds ces fameux « Chemins de la Liberté », mais l’âge mûr ne peut plus se satisfaire que d’œuvres d’une tout autre substance.

Jean-Michel Vernochet, in : Politique étrangère n°3/1986.

http://www.archiveseroe.eu/lettres-c18386849/11

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