Donoso Cortés Une critique du libéralisme 1/2

Par Ego Non

Si l’Éducation nationale faisait son travail, elle mettrait au programme des lycées les classiques de la pensée politique, au même titre que les grands auteurs du patrimoine littéraire. L’homme deviendrait alors un animal politique. Ego Non, qui tient la chaine YouTube du même nom, nous offre plus qu’une session de rattrapage – une introduction l’art de (se) gouverner.

Curieuse est la postérité de Juan Donoso Cortés, marquis de Valdegamas. Son nom ne semble réapparaitre que lorsque les certitudes s’envolent, dans l’écho des catastrophes. À trois reprises, note Carl Schmitt, les racines de l’Europe ont été profondément ébranlées : lors des multiples révolutions de 1848, à l’issue de la Première Guerre mondiale et de la révolution bolchevique, et à la suite de la Deuxième grande guerre. « Chacun de ces événements de l’histoire a fait que l’on a soudain parlé de Donoso Cortés dans toute l’Europe », note le juriste allemand dans Donoso Cortés. Quatre essais. « Mais chaque fois seulement pour un instant, seulement pour les secondes de frayeur qu’inspire le danger, quand les scellés sont brisés et le sens du secret découvert. Cet instant une fois passé, son nom aussi s’évanouissait en même temps que la frayeur du moment. » Ce retour épisodique de Donoso Cortés sur le devant de la scène intellectuelle doit nous interroger. Peut-être est-il temps, enfin, de redécouvrir ce grand penseur – avant qu’il ne soit trop tard.

Un antilibéralisme catholique

Avec Joseph de Maistre et Louis de Bonald, Juan Donoso Cortés forme la triade des penseurs majeurs de la Contre-révolution. Contrairement a ce que certaines idées reçues pourraient laisser croire, ces philosophes, loin d’être démodés, conservent plus que jamais leur pertinence, car ils ont su établir, des le début, une critique de grande ampleur de tous les principes égalitaires du monde moderne. Avec eux, le concept de décision revient au cœur de la pensée politique au point, pour de Maistre, de définir la souveraineté en tant que telle, forcément « absolue et infaillible » (Du Pape, Livre II, chap.III). Néanmoins, à l’inverse de ses deux homologues français, qui demeuraient des hommes du XVIIIe siècle, Donoso Cortés, lui, est pleinement un homme du XIXe siècle, et c’est avec une acuité intellectuelle décuplée qu’il entrevit les limites et les dangers du libéralisme philosophique dans le monde nouveau qui se levait.

Le libéralisme voudrait résoudre la vérité politique comme la vérité métaphysique au moyen de la discussion. Avec beaucoup de talent, il promeut un univers dans lequel le débat sans fin – c’est-à-dire infini et sans finalité – doit remplacer toute forme de conflit ouvert. Son espoir est de suspendre toute confrontation finale, toute décision souveraine, au moyen d’une discussion perpétuelle. Or, de tels présupposés vont à l’encontre d’une saine compréhension du politique. Comme I’a très bien montré Donoso Cortés, dans son Essai sur le catholicisme, le libéralisme et le socialisme, toute idée politique prend nécessairement position sur la nature de l’homme, bon ou mauvais; toute théorie politique doit dire si « la nature humaine est faillible ou infaillible, ou, ce qui est nécessairement la même chose, si la nature de l’homme est saine ou déchue et infirme ».

Admettons, à l’instar des anarchistes, que l’homme soit bon par nature. L’origine du mal doit alors forcément se trouver en dehors de I’homme, à savoir dans la pensée théologique et dans ses dérives que sont l’autorité et les institutions sociales. A contrario, si l’on ne se fait guère d’illusion sur les instincts fondamentalement mauvais de l’homme, sur sa « qualité d’être à la fois moral et corrompu, juste dans son intelligence, et pervers dans sa volonté », il est dans son intérêt qu’il soit gouverné.

À suivre

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