Éric Zemmour contre les sondages : la surprise est-elle possible ?, par Clément Martin

Éric Zemmour

Après un départ de campagne fulgurant, la campagne du candidat de Reconquête ! a subi une baisse importante dans les sondages depuis l’invasion russe de l’Ukraine. À l’approche du premier tour, les soutiens d’Éric Zemmour déclarent avec ferveur que ces enquêtes sont fausses et que l’énergie et la mobilisation de ses militants sont un indicateur plus pertinent des chances de leur candidat de passer le premier tour, et, peut-être, de remporter l’élection. Un point s’impose.

Les sondages, industrie du mensonge ?

À droite, le discours anti-sondage est devenu habituel : on reproche à ceux-ci d’être des indicateurs biaisés (voire carrément truqués) à la solde des pouvoirs en place, conçus pour démoraliser l’opposition et manipuler les électeurs, afin de les ramener dans le sérail du statuquo.

Il est nécessaire d’apporter quelques précisions.

D’une part, si l’on compare les estimations des sondages pour la présidentielle de 2017, on s’aperçoit qu’à mesure que l’échéance approche, la précision sondagière augmente. L’enquête réalisée par l’Ifop réalisée 6 jours avant le premier tour avait donné des estimations des votes pour Emmanuel Macron et Marine Le Pen situées à seulement 1 point de pourcentage d’écart des résultats effectifs[1]. C’est un exemple parmi d’autres, qui tend à montrer que, s’ils ne sont pas des instruments magiques, les sondages demeurent capables de produire des estimations relativement précises. Cela ne signifie pas que la surprise n’est pas possible, mais simplement qu’il est nécessaire de garder la tête froide afin de ne pas entretenir de faux espoirs quant au succès d’un candidat, pour se retrouver démoralisé au lendemain du scrutin.

D’autre part, les accusations de manipulation des sondages reposent moins sur des preuves que sur les désirs des électeurs de droite de voir la gauche et le centre s’effondrer et le camp patriote triompher. Il est nécessaire, si l’on veut produire des analyses pertinentes, de sortir des postures d’impuissance et d’accusation perpétuelle de manipulation. La technique des sondages est évidemment imparfaite et donne lieu à un nombre important de critiques légitimes. Pour autant, il n’y a pas de grande manipulation de masse à l’œuvre. La faiblesse des sondages réside dans leur difficulté à proposer des prédictions dans des circonstances inhabituelles. En effet, afin de proposer une estimation dans le futur (par exemple sur le taux d’abstention), les données sont interprétées au diapason des élections précédentes, ce qui implique que si une élection est bien plus inhabituelle (par ses candidats ou ses enjeux, par exemple) que les précédentes, alors il devient hasardeux pour les instituts de proposer une estimation juste.

La qualité et la quantité

De nombreux militants sont séduits par l’idée que le nombre colossal d’adhésions à Reconquête ! et la participation massive aux meetings d’Éric Zemmour sont des preuves que les sondages sous-estiment la mobilisation pour le candidat populiste – ainsi, on compte sur le raz-de-marée d’un « vote caché » qui se révèlerait dès le premier tour. Il est vrai que le phénomène de sous-déclaration des intentions de vote des électeurs de la droite nationale pour leur candidat est un phénomène documenté depuis longtemps. Par conséquent, il est possible que l’on assiste à une sous-estimation du score d’Éric Zemmour au premier tour (de 10 points, c’est cependant peu probable).

Pour autant, la mobilisation importante des meetings et le nombre d’adhérents à Reconquête ! ne sont pas vraiment des indicateurs d’un mouvement de masse gigantesque. La France est un pays qui subit une dépolitisation tendancielle depuis longtemps : l’ère des partis de masse est achevée depuis plusieurs décennies (quel que soit le bord politique considéré, par ailleurs). Cela ne veut pas dire que la ferveur authentique qui caractérise la dynamique zemmourienne n’existe pas, mais seulement qu’elle est bien plus un signe qualitatif que quantitatif de la mobilisation de ses électeurs : la majorité des Français ne sont pas encartés dans un parti politique et leur « volatilité électorale » est connue. La continuité familiale du vote est de moins en moins constatée, alors que l’abstention est galopante. Dans ce contexte, l’énergie remarquable de la campagne Zemmour ne doit pas être comprise comme l’indication d’un tsunami électoral mais plutôt comme le marqueur d’une fraction politique de la population qui fait le choix de la repolitisation et de la mobilisation. Et cela n’est pas dérisoire.

Quel que soit le résultat des élections, il y a fort à parier que Reconquête ! (ses militants et ses cadres) constituera un renouveau vital pour la droite française et le centre de gravité d’une opposition de droite plus nécessaire que jamais. C’est la raison pour laquelle le soutien au seul candidat identitaire de cette campagne demeure crucial et que la mobilisation électorale pour le 10 avril prochain est un impératif pour tous les identitaires de France.

[1] https://www.bfmtv.com/politique/elections/presidentielle/ce-que-disaient-les-sondages-a-l-entame-de-la-derniere-semaine-de-campagne-lors-des-presidentielles-passees_AN-202204040255.html

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

https://fr.novopress.info/

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