Naissance de la droite et de la gauche 1/2

La campagne électorale que nous vivons actuellement, est un étrange combat de gladiateurs dont les protagonistes s’affrontent sous les différentes couleurs de la « gauche », du « centre » et de la « droite ». Ces notions puisent leur origine dans I’histoire de la Révolution française.

Lors du débat constitutionnel de la fin de l’été 1789, délibérant du projet de Constitution présenté par les Monarchiens, I’Assemblée nationale constituante refusa, le 11 septembre 1789, par 673 voix contre 325 d’accorder au Roi un veto absolu. lui permettant de faire obstacle à un décret de l’Assemblée qu’il aurait jugé contraire à la Constitution. Lors des débats, les partisans du veto absolu, partisans d’une autorité royale forte, s’étaient placés a la droite du président de séance. À l’inverse, les partisans du veto suspensif, avocats d’une souveraineté nationale exercée par l’Assemblée, s’étaient placés à gauche.

La droite et la gauche étaient nées. À droite, les partisans du veto absolu du Roi, Monarchiens et Aristocrates, étaient des adversaires de la Révolution en cours, tandis que siégeaient à gauche les acteurs et les promoteurs de celle-ci. La droite naquit en réaction contre la Révolution ; elle s’est définie par rapport à elle, sur son terrain.

En réaction contre le désordre et la violence des journées révolutionnaires, elle défendait l’ordre et l’autorité. En réaction contre la Liberté abstraite, elle défendait les libertés concrètes. En réaction contre la politique de table rase et contre la rédaction d’une constitution contractualiste, elle défendait la constitution coutumière du royaume et la souveraineté du Roi, tempérée par la présence et le rôle de corps intermédiaires dont Saint-Simon, Fenelon et Montesquieu avaient souligné l’importance. Cependant, en 1789, cette droite contre-révolutionnaire n’en n’était pas moins tributaire des Lumières qui avaient engendré la Révolution. Rares étaient ceux qui, en 1789, s’en démarquaient. Une bonne partie de I’aristocratie contre-révolutionnaire était voltairienne, sensationniste et agnostique, à l’instar de Rivarol. Les épreuves endurées et le sacrifice exemplaire de la Vendée devaient la ramener a Dieu. Nombreuses furent alors les conversions, comme l’illustrent le comte d’Artois et le vicomte de Chateaubriand. Louis de Bonald et Joseph de Maistre placèrent la restauration du catholicisme au coeur de leur réflexion : « La Révolution a commencé par la déclaration des droits de homme, elle s’achèvera par la déclaration des droits de Dieu » devait prophétiser Bonald.

Le conflit entre le réel et I’idéologie était inévitable

La gauche révolutionnaire voulait régénérer la France. « Régénérer » : redonner naissance. « Chargée de faire le bonheur d’un peuple dont tous les établissements consommaient le malheur, il fallait renouveler ce peuple même, changer les hommes, changer les choses, changer les mots », devait déclarer Rabaut Saint-Etienne le 3 novembre 1789, évoquant la mission dont l’Assemblée s’était investie. La gauche voulait construire une société nouvelle en mettant en œuvre les idées des Lumières, perçues comme scientifiquement infaillibles. Elle entendait faire table rase de la réalité sociale, institutionnelle et juridique de la France, de sa diversité statutaire et de sa tradition catholique afin de bâtir une France nouvelle uniformisée, rationalisée et sécularisée. L’idée d’une « réforme de civilisation » agitée par Christiane Taubira lorsqu’elle s’employa à changer la définition du mariage s’inscrit dans la parfaite continuité de cette Révolution dont Vincent Peillon a pu écrire « qu’elle n’était pas terminée ».

Au lendemain du 10 aout 1792 éclatèrent au sein de la gauche des divisions meurtrières. D’un côté, les Girondins, occupèrent les travées de droite. De l’autre, les ultra-révolutionnaires prirent place à gauche, à la Montagne. Pourtant, a y regarder froidement, ce qui rapproche les Girondins des Montagnards est plus important que ce qui les éloigne. Girondins et Montagnards représentent la petite et la moyenne bourgeoisie progressiste et républicaine, violemment anticléricale. Les Girondins avaient approuvé la violence politique, l’illégalité et I’élimination de leurs opposants. Les ériger en défenseurs de la légalité et de la liberté relève dune légende forgée après leur mort. Pétion se moquait bien de la légalité le 20 juin et le 10 aout. Personne n’avait que faire de la liberté lorsqu’il traitait des troubles religieux dans l’Ouest de la France. Madame Roland n’a pas toujours trouvé criminelle l’élimination de ses adversaires par la « majorité » du moment. Ce qui distinguait Girondins et Montagnards tenait à deux traits. D’une part, effrayés par l’ampleur des massacres de Septembre, les Girondins tentaient, un peu tardivement, d’apaiser un climat de terreur grandissante. Ils devenaient des modérés. De l’autre, les Girondins redoutaient la dictature que Paris pourrait exercer au sein de la République. Pour eux, Paris n’était qu’un département parmi les autres ; alors que, pour les Montagnards, Paris était la sentinelle avancée de la Révolution. De Ià, chez les Montagnards, un centralisme nettement plus accentué, sans que les Girondins aient été pour autant des décentralisateurs. L’opposition des Girondins et des Montagnards fut un conflit de personnes avant d’être un conflit d’idées. II s’agit de P’un de ces clivages factices dont la vie politique française raffole. Aujourd’hui, la Gironde est une référence pour certaines personnalités du centre, à l’instar de Jean-Pierre Raffarin, ce qui souligne que cette « droite républicaine », n’est qu’un courant « modéré », qui n’a pas rien à voir avec la « droite ».

À suivre

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