Vilfredo Pareto Faiblesse et déchéance des aristocraties 1/2

Par Ego Non

Si l’Éducation nationale faisait son travail, elle mettrait au programme des lycées les Classiques de la pensée politique, au même titre que les grands auteurs du patrimoine littéraire. L’homme deviendrait, alors un animal politique. Ego Non, qui tient la chaine YouTube du même nom, nous offre plus qu’une session de rattrapage – une introduction à l’art de (se) gouverner.

« Cette révolution, pour ma part, je la crois inévitable, non pas à cause des forces des partis qui marchent à l’assaut de la société, mais à cause de l’ignorance, de la légèreté et de la lâcheté des classes possédantes, qu’il s’agit de spolier(1). » C’est ainsi que Vilfredo Pareto analysait en 1900, avec résignation et lucidité, la lente montée des mouvements socialistes à travers l’Europe. Comme à chaque fois selon lui, le succès de la subversion tient moins a ses propres forces qu’à la faiblesse des élites au pouvoir. « Jamais ou presque jamais, écrit-il, les aristocraties – et j’entends ce terme dans son sens étymologique, qui signifie les meilleurs – n’ont péri sous les coups exclusifs de leurs adversaires ; mais ce sont elles-mêmes qui se sont fait les artisans de leur propre destruction. » À une époque ou les élites intellectuelles et politiques du monde occidental se laissent attendrir par les discours larmoyants et revendicateurs des déconstructeurs du « privilège blanc », il convient de se tourner vers les études de cet auteur pénétrant pour comprendre la nature de ce phénomène.

Pourquoi des élites?

Né en 1848 et mort en 1923, Vilfredo Pareto n’est guère gouté aujourd’hui, et les raisons de ce désintérêt tiennent autant au fond qu’a la forme de ses travaux. Tout d’abord, l’esprit élitiste et volontiers cynique ou pessimiste de Pareto heurte de plein front la mièvrerie humanitaire des sociologues universitaires modernes, disciples de Pierre Bourdieu, peu disposés le compter parmi les leurs. Grand démystificateur des idéologies égalitaires, Pareto est un Spielverderber, un trouble-fête, comme le notait Julien Freund. Ensuite, un premier contact avec les œuvres monumentales et foisonnantes de cet économiste et sociologue italien ferait frémir n’importe quel néophyte de bonne volonté : 900 pages pour les Systèmes Socialistes, 800 pages pour son Cours d’économie politique, ou encore 1 800 pages environ pour son Traité de sociologie générale par exemple, une véritable monstruosité scientifique. Pourtant, de tels obstacles ne devraient pas nous empêcher de l’étudier et de lui accorder le rang qu’il mérite, a savoir celui de digne héritier de Machiavel. Doté d’un puissant sens de l’analyse et refusant de « fermer les yeux à la lumière », Vilfredo Pareto a le grand mérite d’avoir montré toute la responsabilité et la faiblesse coupable des élites dans leur chute.

Une société est un ensemble hétérogène hiérarchiquement organisé, voici la définition la plus générale qu’on puisse en donner. La société est hétérogène, car les hommes qui la composent sont différents. n’ont pas les mêmes sentiments ni les mêmes croyances. Et la société est hiérarchique, car sans principe d’ordre distinguant les gouvernants des gouvernés, aucune société humaine ne pourrait perdurer. Toute société est dominée par des élites. il s’agit la d’un fait sociologique et non moral.

« Ces élites n’ont rien d’absolu : il peut avoir une élite de brigands comme une élite de saints(2). » Il est néanmoins un fait dune grande importance pour la physiologie sociale, remarque Pareto. c’est que les aristocraties ne durent pas. La guerre est naturellement une cause d’extinction importante pour les élites belliqueuses, mais même au cour d’une paix sereine, l’aristocratie périt naturellement par la dégénération des éléments qui la composent.

À suivre

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