Sanctionner la campagne elle-même

La campagne officielle commence, pour une durée très courte. Celle du premier tour n’accorde à l’écoute citoyenne qu’une petite quinzaine de jours. Nous serons privés, pendant la moitié de ce petit parcours des sondages qui, non seulement rendent littéralement difformes les humeurs, les rumeurs et les intentions véritables de vote, mais les orientent.

Les idées nécessaires au redressement de la France, la notion même de la nécessité de ce réveil du pays passent, et sont passées depuis des mois, au second plan.

Tout commandait, par exemple, d’évoquer l’immigration et ses corollaires  l’insécurité exorbitante d’une partie du territoire national, l’islamisation d’une partie de la société, l’inflation des comptes sociaux. Le pouvoir s’est ingénié à faire passer tout cela au second plan, utilisant l’actualité, souvent bien réelle pour tétaniser les électeurs, transformés en téléspectateurs effrayés par le spectacle du chaos du monde. Le bilan du quinquennat non seulement n’est pas interrogé, mais on se garde bien de le rappeler.

Soulignons à cet égard que les médias aggravent l’effet d’actualité. Leur nuisance résulte autant de leur sottise structurelle que du nombrilisme hexagonal caractéristique de leurs rédacteurs. Si l’on considère par exemple la focalisation présente sur la crise ukrainienne, – largement légitime empressons-nous de le reconnaître – ils ne remettront pas en cause le rôle théâtralement surjoué du sortant, candidat jupitérien. En se posant en arbitre il n’est parvenu, en ce sens, qu’à encourager l’agresseur. Si l’Europe en effet est représentée par un clown, rien à craindre, aura sans doute pensé le maître du Kremlin…

La stratégie de réélection ne relève pas du mystère : les Français sont assignés au choix entre un soi-disant président européen et une bousculade de petits prétendants insignifiants. Après deux ans de peur et d’enfermement covidien, vaccinal, et maintenant, accessoirement, kiévien, les électeurs sont supposés choisir la tranquillité du statu quo.

Sa tactique cependant passe en partie au second plan aux yeux des observateurs : le président-candidat Macron a choisi de n’apparaître vraiment qu’au second tour. Son ou sa rivale sera alors présenté sous un angle négatif. Cette contre-propagande correspondra au fait, précisément, que 80 % des votants du premier tour ne se seront pas portés au premier tour sur X, Y ou Z, quel qu’il soit.

Cette démarche, qui se veut discrète, s’observe au prorata de la mise en scène artificielle des dangers extérieurs, sans par exemple qu’on débatte vraiment des choix militaires concrets.

Elle se mesure aussi à l’absence d’apparition réelle d’un candidat uniquement attaché à la distribution d’enveloppes factices « quoi qu’il en coûte » sans qu’aucun problème n’ait reçu de solution. La dernière capitulation verbale face au nationalisme en Corse ne dément pas l’échec devant la clique militaire au Mali. Mais tout cela reste habillé de nimbes et de colifichets.

Le panier de la ménagère coûte-t-il de plus en plus cher ? Nos entreprises et nos emplois sont-ils de plus en plus menacés par le poids des charges et l’avalanche des règlements ? Nos moyens de transport quotidiens sont-ils étranglés par le prix essentiellement fiscal du pétrole ? On nous répond que tout va pour le mieux.

Il n’est pas assuré que la tactique choisie par Macron se révèle gagnante le 10 et le 24 avril.

Elle mérite en tout cas d’être sanctionnée, ces deux dimanches-là par les citoyens conscients.

JG Malliarakis

https://www.insolent.fr/

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