A la droite du XIXe siècle

A la droite du XIXe siècle

L’abbé Grégoire Celier, prêtre et docteur en philosophie, spécialisé dans l’histoire de l’antilibéralisme catholique et du nationalisme français au XIXe siècle, vient de publier un ouvrage regroupant des articles rédigés au fil du temps. Le XIXe parallèle : flâneries littéraires hors des sentiers battus propose une galerie de portraits, de figures (nées au XIXe siècle) de l’antilibéralisme catholique et du nationalisme français, qui eurent, en leur temps, une influence majeure : Drumont, Céline, la Comtesse de Ségur, Mgr Benigni, Dom Guéranger, Barrès, Louis Veuillot, Mgr Dupanloup, Charles Maurras, Melchior du Lac et le père Vincent de Paul Bailly.

Via des figures littéraires politiquement incorrectes, l’auteur revient sur des évènements comme le Syllabus, le retour à la liturgie romaine, l’Action française, la Sapinière… Sur la liturgie romaine, promue par Dom Guéranger, l’abbé Célier écrit :

Nous avons largement tendance à sous-estimer la brisure que fut la Révolution. Il y eut tout de même dix années d’interruption plus ou moins totale du culte, mais surtout la cessation complète de la vie intellectuelle catholique : les séminaires, les universités, les bibliothèques, les recherches, tout fut interrompu, détruit, fermé, spolié. Les traditions intellectuelles, bien précieux et impalpable, s’interrompirent. Ceux qui avaient été anciennement formés selon des méthodes scientifiques moururent, ou alors revinrent brisés, malades, vieillis prématurément d’un exil douloureux où, souvent, ils avaient connu la misère et l’indigence. Leurs instruments de travail, leurs livres, leurs manuscrits, tout était devenu inaccessible.

On reproche souvent à l’Eglise de France au XIXe siècle d’avoir été peu intellectuelle, et le reproche n’est pas entièrement infondé. Mais il faut prendre la mesure de ce traumatisme, et percevoir qu’il a fallu presque trois quarts de siècle à cette Eglise pour se relever de sa ruine intellectuelle. On peut en effet dater de la loi de 1875, qui permet l’ouverture des Instituts catholiques, le moment où la haute science ecclésiastique commence véritablement à renaître, même si ce fut au début de façon encore modeste.

Nous connaissons la suite : face à ce renouveau, la République, qui gouverne mal mais se défend bien, va expulser les congrégations, dont les enseignantes, et tenter d’affaiblir l’Eglise par la loi de 1905. Néanmoins, l’Eglise qui est en France a connu une autre crise, interne, via la condamnation de l’Action française, à propos de laquelle l’auteur écrit :

Cette décision de condamner l’Action française, c’est certain, a été lourde de conséquences ; elle fut un tournant majeur dans l’évolution de l’Eglise en France et ensuite de l’Eglise universelle. La part qui revient à l’aspect historique de la condamnation et celle qui revient à l’aspect doctrinal dans l’influence ultérieure de cette même condamnation sont en pratique impossible à démêler. Mais, comme il a été dit au début de cet article, la condamnation de l’Action française ne peut être éludée : il faut se situer par rapport à elle, dans l’analyse de l’évolution de l’Eglise.

L’une des conséquences les plus importantes de cette condamnation de 1926 fut qu’elle permit à tout un courant de pensée et d’action, à tout un personnel, plus ou moins marginalisé depuis saint Pie X, de resurgir en force et d’occuper les allées du pouvoir, au détriment d’un autre courant jusque-là dominant.

C’était déjà le grand remplacement.

https://www.lesalonbeige.fr/a-la-droite-du-xixe-siecle/

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