Il serait temps que les Français le comprennent : malgré les ronds de jambe d’Emmanuel Macron, l’Allemagne n’est pas un allié fiable.

L’Allemagne se montre manifestement trop complaisante avec la Russie dans la crise ukrainienne, répète-t-on à Kiev. Mais l’accusation circule également dans plusieurs capitales occidentales, y compris… à Berlin, où une partie de l’opposition au gouvernement d’Olaf Scholz en profite pour souligner certaines contradictions de sa politique étrangère. Or, Paris se veut plus discret pour ne pas entraver la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, tant vantée par Emmanuel Macron.

Plusieurs reproches sont faits à l’Allemagne. Le premier concerne son refus de livrer des armes à l’Ukraine, à la différence des Etats-Unis, du Royaume-Uni et des pays baltes. Sur la chaîne Sky News, l’ambassadeur ukrainien à Londres, Vadym Prystaiko, a convoqué le souvenir de la seconde guerre mondiale, affirmant que les Ukrainiens « se souviennent encore » de ce que l’Allemagne « a fait subir à notre territoire » pendant cette période.

En Allemagne, la colère des Ukrainiens a été activement relayée par les deux quotidiens du groupe de presse conservateur Axel Springer : Die Welt, qui a réalisé un entretien avec le ministre des affaires étrangères, Dmytro Kuleba, où celui-ci se dit « déçu » que Berlin refuse de livrer des armes défensives à son pays ; et Bild, qui a publié une tribune du maire de Kiev, l’ancien boxeur Vitali Klitschko, accusant l’Allemagne de « non-assistance à personne en danger » et de « trahison à l’égard d’amis dans une situation dramatique ».

Désormais dans l’opposition, les chrétiens-démocrates (CDU) allemands, qui ne reculent devant aucune imposture, se sont emparés de ce thème. Oubliant les compromissions d’Angela Merkel dans de précédentes affaires germano-russes et appelant Olaf Scholz à « se comporter comme un dirigeant » vis-à-vis d’un pays allié menacé d’invasion, ils se sont également dits favorables à des livraisons d’armes à l’Ukraine, position qu’ils combattaient pourtant quand ils étaient au gouvernement, il y a seulement quelques mois !

C’est dans ce contexte qu’une sortie du chef de la marine allemande, le vice-amiral Kay-Achim Schönbach, a apporté de l’eau au moulin de ceux qui jugent le gouvernement d’Olaf Scholz trop faible vis-à-vis du Kremlin. Lors d’une réunion d’un groupe de réflexion qui s’est tenue vendredi 21 janvier à New Delhi, et dont le contenu a circulé sur les réseaux sociaux, M. Schönbach a non seulement qualifié d’« ineptie » l’idée que la Russie pourrait envahir l’Ukraine, mais aussi estimé que la péninsule de Crimée, annexée par la Russie en 2014, était « partie et ne reviendrait pas » dans le giron de l’Ukraine. Plus gaffeur, tu meurs.

C’est lui

Même si M. Schönbach a rapidement fait son mea culpa, qualifiant ses déclarations de « fautes » avant de présenter sa démission le lendemain, l’incident a tout de même provoqué une minicrise diplomatique avec l’Ukraine, qui a sans tarder convoqué l’ambassadrice allemande, Anka Feldhusen, après ces propos jugés « absolument inacceptables ».

Mais il y a un autre reproche fait à l’Allemagne : son approche du dossier Nord Stream 2. En décembre 2021, Olaf Scholz avait été très critiqué en évoquant un « projet du secteur privé ». Dans la droite ligne d’Angela Merkel, le nouveau chancelier avait été contredit par son propre ministre de l’économie, l’écologiste Robert Habeck, qui avait qualifié le gazoduc d’« erreur sur le plan géopolitique ».

Depuis, Olaf Scholz a rectifié le tir en déclarant, le 18 janvier, que l’Allemagne était prête à ne pas mettre Nord Stream 2 en service si la Russie attaquait l’Ukraine. Aux Etats-Unis, où l’indécision allemande commençait à sérieusement agacer, l’engagement a été accueilli avec soulagement.

La brève mise au point du chancelier allemand n’a toutefois pas totalement rassuré les contempteurs de sa politique à l’égard de la Russie. D’abord parce que plusieurs responsables de son parti, le SPD, défendent clairement la carte de l’apaisement vis-à-vis de Moscou. C’est notamment le cas du président du groupe social-démocrate du Bundestag, Rolf Mützenich, qui a déclaré « comprendre le sentiment de menace » éprouvé par la Russie face à l’OTAN. Ou encore de plusieurs dirigeants du SPD dans les Länder de l’est de l’Allemagne, farouchement opposés à toute politique de sanctions contre Moscou, à l’instar de la ministre-présidente du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, au bord de la Baltique, où se trouvent les terminaux de Nord Stream 1 et 2.

Ces différents reproches adressés à l’Allemagne ont été rassemblés, dimanche, dans un article au vitriol publié dans le Wall Street Journal. Sous le titre « L’Allemagne est-elle un allié fiable des Etats-Unis ? Nein », le quotidien américain conservateur élargit toutefois la focale, affirmant que la complaisance de Berlin vis-à-vis de Moscou a son pendant, plus à l’Est, à l’égard de Pékin. « En face des deux menaces les plus sérieuses pour la sécurité de l’Amérique et de l’ordre démocratique de l’après-seconde guerre mondiale – la Chine et la Russie –, l’Allemagne n’est plus un allié crédible. Pour l’Allemagne, avoir du gaz pas cher, exporter ses voitures en Chine et laisser M. Poutine tranquille semble être plus important que la solidarité entre alliés », accuse le Wall Street Journal dans cet article qui souligne le fossé existant aujourd’hui entre une partie des élites américaines et un pays longtemps considéré comme l’allié principal de Washington sur le continent européen.

Tant que l’Union européenne lui est utile, l’Allemagne sera à nos côtés. Ensuite…

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2022/01/26/il-serait-temps-que-les-francais-le-comprennent-malgre-les-ronds-de-jambe-demmanuel-macron-lallemagne-nest-pas-un-allie-fiable/

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