La candidature Pécresse, un simple leurre

V. Pécresse prépare sa candidature depuis qu’elle est entrée à Sciences-Po, il y a déjà un certain temps. Mûrement réfléchie, opiniâtrement préparée, longuement ruminée, cette candidature n’est pourtant qu’un leurre, une diversion, un faux-semblant.

  • Pécresse et Macron, candidats interchangeables

V. Pécresse est presque l’alter ego d’E. Macron. Ils ont l’un et l’autre la même formation techno et l’état d’esprit qui en découle. Elle a été ministre de Sarkozy, celui qui avait promis de passer le Karcher avant de se raviser et de nommer Kouchner. Lui était ministre de Hollande, qui s’était proclamé ennemi de la finance avant de changer d’avis après un voyage à Berlin. Leurs idées sont interchangeables.

V. Pécresse avait quitté LR parce qu’elle trouvait l’orientation donnée à l’époque par L. Wauquiez trop à droite. Macron et Pécresse incarnent l’un et l’autre la politique suivie par la classe dirigeante depuis quatre décennies, identique à chaque fois malgré les alternances factices : libre-échangisme mondial facteur de délocalisations destructrices, pseudo union européenne faux-nez de la mondialisation, immigration de masse ininterrompue depuis cinquante ans.

En termes cynégétiques, la candidature Pécresse a pour fonction de rabattre le gibier électoral en direction de la meute En Marche. Si l’un des membres du duo n’accède pas au second tour, il appellera à voter pour l’autre, afin de « faire barrage à l’extrême-droite ». Si c’est Macron qui gagne, Pécresse sera l’un de ses ministres importants ou sera nommée à Matignon. Dans l’hypothèse, improbable, où Pécresse l’emporterait finalement face à Macron, le Système Davos s’en accommoderait sans grandes difficultés.

  • La candidature Pécresse sert à créer l’illusion d’une alternative

La candidature Pécresse a pour première fonction de créer l’apparence d’une alternative. Tout en étant globalement d’accord avec Macron, une partie des électeurs de droite peuvent nourrir le cas échéant quelques points de désaccords, par exemple sur les questions sociétales : ils pourront marquer leur différence en votant Pécresse au premier tour.

Les électeurs LR ont le plus souvent une certaine idée, non pas de la France, mais d’eux-mêmes. Macron comme candidat unique du Système les offenserait et les frustrerait dans leur orgueil de bourgeois cultivés. La candidature Pécresse leur permet de penser qu’ils pourront exercer leur libre-arbitre, appliquer leur capacité de discernement et même faire preuve d’une certaine indépendance d’esprit vis-à-vis du Pouvoir et du courant dominant. En un mot, avant de voter Macron au second tour, les électeurs LR ont besoin de se faire prier un peu.

  • La candidature Pécresse a une autre fonction, essentielle : rejeter Zemmour à l’extrême-droite

La candidature Pécresse a une deuxième fonction, essentielle : elle permet d’appliquer à Zemmour l’étiquette infamante de l’extrême-droite.

Zemmour pourtant n’est en rien d’extrême-droite. Il se réclame du gaullisme depuis longtemps. Journaliste au Figaro, il a été proche de plusieurs grands barons. Son programme en matière d’immigration est la copie presque conforme de celui du RPR des années 1980. De droite il l’est tout autant, et mieux, que V. Pécresse. Mais c’est Pécresse, cependant, qui représente officiellement la droite : la plupart des électeurs considéreront dès lors sans trop se poser de questions que la candidature Zemmour se situe nécessairement aux extrêmes.

Candidate officielle de la droite « de gouvernement », Pécresse a pour fonction de repousser Zemmour dans les zones sombres de la politique. Concurrente de celle de Macron, sa candidature permet de circonscrire le champ du débat « raisonnable » à l’affrontement entre le centre et la droite : les candidats « extrémistes » sont par là-même rejetés au-delà des limites de la disputation rationnelle, hors du cercle des responsables gouvernés par la raison et la mesure.

  • La candidature Pécresse permet enfin de capter certaines propositions fortes de Zemmour

Au passage, la candidature Pécresse permet de s’emparer de certaines des propositions de Zemmour susceptibles d’engendrer un fort impact auprès de l’électorat : se trouvant désormais également dans le programme de Pécresse, ces propositions sont par là-même partiellement désamorcées.

Certains de ces emprunts sont à peine camouflés. Comme Zemmour, Pécresse veut désormais augmenter les salaires faibles grâce à une baisse des prélèvements sociaux. Zemmour ayant déjà proposé la baisse de la CSG, Pécresse a dû se rabattre sur celle de la cotisation vieillesse.

D’autres propositions de Zemmour sont reprises par Pécresse, mais cette fois pour les vider de leur substance. Zemmour a annoncé ainsi qu’il réserverait les prestations sociales de solidarité aux seuls Français. Bien consciente de ce que cette proposition fait mouche, Pécresse s’est sentie obligée d’aller elle-aussi sur ce terrain. Elle a donc repris la proposition de Zemmour – ne plus accorder de prestations aux étrangers – tout en la vidant de l’essentiel de son contenu : avec Pécresse, les étrangers pourront tout de même les toucher dès lors qu’ils seront là depuis cinq ans. La candidate LR, prêtresse à son tour de l’en-même-temps…

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Les candidatures de Pécresse et de Macron ont un dernier point commun : l’une et l’autre ne sont pas ce qu’elles paraissent être aux yeux de l’électeur naïf. Macron comme Pécresse se présentent comme les candidats de la raison, de la respectabilité, de la compétence, de la pondération, de la mesure : or l’un comme l’autre sont en réalité des extrémistes et des incendiaires. Ils sont les représentants et les continuateurs de ceux qui ont supprimé les frontières économiques, organisé les délocalisations mortifères, abandonné certaines compétences essentielles de l’Etat à des technocrates apatrides, et organisé, surtout, depuis cinquante ans, l’invasion migratoire de la France et de l’Europe. Sous leurs dehors de technos propres-sur-eux, modérés, raisonnables et compétents, la rosette au revers du veston ou du tailleur, Pécresse comme Macron, comme tous leurs devanciers, sont de vrais extrémistes, des boutefeux, des saboteurs, des naufrageurs.

Voir également ces chroniques : 

La priorité : s’adresser aux électeurs qui partagent les analyses d’Eric Zemmour mais n’ont pas l’intention de voter pour lui

Huit profils anti-Zemmour

Les quatre conditions de la victoire de Zemmour

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