L’UE est un tigre de papier : forte avec les faibles et faible avec les forts.

Face aux exigences russes, les ministres des affaires étrangères de l’OTAN ont tenté de se concerter, vendredi 7 janvier, lors d’une visioconférence annoncée dans la précipitation. Coups de fil, conférences virtuelles, rencontres de tous niveaux : les Etats-Unis ont entrepris de consulter leurs alliés européens avant d’engager des discussions très incertaines avec la Russie, dimanche 9 et lundi 10 janvier, à Genève, sur l’Ukraine et la sécurité du continent.

Depuis début décembre, les contacts entre Washington, Bruxelles et les capitales européennes se sont multipliés, avant comme après les deux conversations à distance entre le président américain, Joe Biden, et son homologue russe, Vladimir Poutine. Mais rien n’y fait : les Européens enragent d’être tenus à l’écart des tractations à venir et s’inquiètent de l’issue d’un processus mis en place sous la pression du Kremlin, alors que plus de 100 000 soldats russes resteraient massés près de la frontière ukrainienne.

Premier motif de préoccupation : l’insistance de Vladimir Poutine à tenir les dirigeants Européens, qu’il tient pour quantité négligeable et avec lesquels il a quelques comptes à régler, à l’écart des discussions. Le 18 décembre 2021, le numéro deux de la diplomatie russe, Sergueï Ryabkov, justifiait ainsi cette marginalisation : « Si nous y impliquons d’autres pays, nous allons tout simplement noyer tout cela dans les parlottes et le verbiage (le propre des méthodes de l’UE) » « Biden a réussi à apparaître comme un interlocuteur crédible auprès de Poutine, ce qui préoccupe les Européens, car cela ne fait que souligner qu’ils ne sont ni sérieux ni pertinents aux yeux du président russe », juge un diplomate européen.

« Ce format bilatéral a été imposé par Poutine, d’où le souci des Américains de consulter leurs partenaires européens, observe Alexandra de Hoop Scheffer, directrice du bureau du German Marshall Fund à Paris. Il est clair que le président russe cherche à diviser la communauté transatlantique. » Pour elle, Joe Biden essaie de son côté de tirer les leçons du retrait précipité des forces américaines d’Afghanistan, à l’été 2021, mené sans grande concertation avec les pays membres de l’OTAN. Pour preuve, toute la séquence diplomatique à venir est construite, à la demande des Occidentaux, pour intégrer autant que possible les préoccupations européennes : après les pourparlers proprement bilatéraux de Genève, les tractations doivent se poursuivre mercredi 12 janvier à Bruxelles dans un cadre plus large, lors d’un Conseil OTAN-Russie. Elles continueront le lendemain au sein de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Avec, donc, la participation des Etats européens dans ces deux enceintes mais sans pouvoir déterminant.

Entre-temps, les Vingt-Sept vont tenter de se coordonner pour faire valoir leur point de vue et ne pas être définitivement marginalisés. Emmanuel Macron a abordé la question en recevant Ursula von der Leyen et les commissaires européens à l’Elysée vendredi, à l’occasion du lancement de la présidence française du Conseil de l’Union européenne (UE), ce semestre. Les Vingt-Sept devraient également formaliser leurs contre-positions lors d’une réunion des ministres des affaires étrangères de l’Union, jeudi 13 et vendredi 14 janvier, à Brest. A terme, l’Elysée, qui soutient l’idée d’un dialogue approfondi avec Moscou, espère que l’UE sera bel et bien partie prenante des discussions, si elles devaient se poursuivre à l’issue de la semaine prochaine. Maisons ne devons pas perdre de vue qu’Emmanuel Macron reste un doux rêveur…

C’est devenu le mantra à Bruxelles, où, surmontant leurs différences d’appréciation pour ce qui est notamment de la relation avec la Russie, les Européens sont désormais tous sur cette ligne : « Il y a une totale unité, quelles que soient les sensibilités, sur le fait qu’on ne peut discuter de notre sécurité sans nous », affirme une source diplomatique. Mardi, le haut représentant pour les affaires étrangères, Josep Borrell, s’est rendu en Ukraine pour une visite à forte portée symbolique – la première d’un chef de la diplomatie européenne à proximité de la ligne de front du Donbass depuis 2014 et le début de la guerre –, visant surtout à témoigner de l’implication de l’Union et de son « plein soutien »aux autorités de Kiev. Sur place, M. Borrell a redit qu’une éventuelle agression russe aurait des conséquences « désastreuses » pour Moscou. Des menaces, toujours des menaces mais jamais de résultat. Il a d’ailleurs surtout martelé que « toute discussion sur la sécurité européenne doit impliquer l’UE et l’Ukraine »...

Les préoccupations européennes sont d’autant plus vives que, si Washington a prévenu que les demandes russes sont à ce stade « irrecevables », l’ordre du jour a été largement dicté par Moscou sur fond de mouvements de troupes aux frontières de l’Ukraine. Le Kremlin exige la négociation de deux traités redéfinissant l’architecture sécuritaire du continent. Les « garanties » réclamées par la Russie passeraient par l’interdiction de tout élargissement de l’OTAN, en particulier à l’Ukraine, et par la fin des activités militaires occidentales à proximité de ses frontières, zone qu’elle considère comme relevant de son aire d’influence. N’oubliez pas, ainsi que nous le répétons depuis la fondation du CER, que Vladimir Poutine est, avant tout, un joueur d’échecs et même un bon joueur d’échecs (Lire « Trop fort Vladimir ! » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2015/10/02/bulletin-climatique-quotidien-2-octobre-2015-de-la-republique-francaise/ ).

Les pays d’Europe centrale et orientale sont particulièrement sur leurs gardes, eux qui considèrent la protection américaine comme un gage existentiel de sécurité face aux menaces russes. Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, a d’ailleurs pris grand soin, lundi, de s’entretenir avec ses neuf homologues de la région. Au-delà du sort de l’Ukraine, nombre de capitales d’Europe de l’Est redoutent la mise en place d’une zone tampon, susceptible de s’élargir peu à peu sous les coups de boutoir de Moscou. « L’agenda américain n’est pas complètement clair. Il ne faudrait pas que l’on accepte l’idée d’un étranger proche soumis à un droit de regard de la Russie, une sorte d’arrière-cour russe », souligne un responsable croate. « Le gel de l’adhésion de l’Ukraine est un sujet presque secondaire au regard des exigences russes, renchérit Piotr Buras, directeur du bureau de l’ECFR à Varsovie. Poutine cherche à nier la présence de l’Alliance dans les pays qui y ont adhéré depuis 1997. »

Dans ce contexte, divers experts estiment qu’étant donné son degré d’exigence Vladimir Poutine n’entend pas faire réussir les prochaines négociations. « En tenant des propos publics, il a semblé exclure tout compromis, puisque celui-ci pourrait apparaître comme une défaite de sa part », analyse Mme Dumoulin.

A l’heure où elle tente de se rêver comme une puissance mais semble déjà réduire son ambition d’autonomie stratégique compte tenu de l’arrivée d’une nouvelle administration moins hostile, à Washington, l’Union joue, en tout cas, très gros dans cet épisode. « Nous avons vite oublié que Poutine a, lui, de la suite dans les idées et qu’il a lancé il y a longtemps sa tentative de contester l’ordre établi et le rôle de l’OTAN », déplore un diplomate bruxellois. « En 2008, l’intervention de l’armée russe en Géorgie devait effectivement être comprise comme une volonté du président russe de réaffirmer sa domination militaire de l’ex-zone soviétique mais aussi de mettre un coup d’arrêt à l’expansion de l’Alliance atlantique », souligne Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI) et auteur des Guerres invisibles (Tallandier, 320 pages, 20,90 euros).

L’annexion de la Crimée en 2014, la déstabilisation du Donbass et les interventions sur d’autres théâtres, dont la Syrie, ont montré ce que le politologue appelle la spécificité du pays : sa capacité à opérer « à tous les niveaux de conflictualité, de l’opération coup de poing à l’intimidation stratégique par le biais du nucléaire, en passant par les bombardements aériens, les missions à long rayon d’action et les opérations cyber ». Le fait de masser des dizaines de milliers de soldats aux frontières de l’Ukraine constitue visiblement un autre outil dans cet arsenal.

Face à cette menace protéiforme, beaucoup va dépendre de l’attitude de la partie américaine, sujette à quelques interrogations sur le continent. « Biden peut être soucieux de transiger avec la Russie pour se concentrer sur la Chine. Ainsi, si les forces américaines devaient être réduites en Europe pour être concentrées dans l’Indo-Pacifique, les Européens, notamment ceux qui sont en première ligne, ont peur d’être affaiblis pour résister aux Russes », observe un diplomate. « Il existe des doutes sur la capacité de Biden à rester ferme. Les faits ne plaident pas en sa faveur : il a reculé sur les sanctions concernant le gazoduc Nord Stream 2, une concession aux Allemands très mal vécue en Ukraine », rappelle un ambassadeur de la région.

Mais les européens, poussés par leur « gauche américaine« , sont désormais bien trop inféodés aux Etats-Unis pour peser du moindre poids dans la résolution des problèmes géopolitiques du monde. Ils préfèrent exprimer leurs talents dans le « Grand Remplacement » de leurs populations autochtones qu’ils contraignent à accepter des hordes migrantes venues des zones géographiques qu’ils ne maîtrisent pas !

Comme le rappelle le titre de notre article : l’UE est forte avec les faibles et faible avec les forts.

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