Les néo-socialistes au-delà de la gauche et de la droite

La fusion des messages idéologiques de Georges Sorel (ci-dessus) de Henri De Man donnera une conception jeune et dynamique du socialisme. En France, ce socialisme rénové, débarassé des tares du XIXe, sera le fait des « néos » ; malheureusement, les « archéos » auront le dessus et conduiront la République à la défaite de 1940, au marécage de la IVe et aux pantalonnades mittérandistes.

1) Les néo-socialistes : « ni droite, ni gauche », « néos » et perspectives socialistes.

Si la guerre de 14/18 sonne le glas du vieux monde, des vieilles choses, des idées reçues et de la morale bourgeoise, force est de constater les mutations qu’elle entraîne dans les divers courants politiques. Mutations qui s’opèrent parallèlement à l’avènement du monde moderne. Il en est ainsi du « mouvement socialiste », nous devrions plutôt dire des  socialismes qui vont éclore et parfois s’affronter. Certes le public retiendra longtemps l’impact du dernier avatar du marxisme, à savoir le bolchévisme et l’élan que suscita la Révolution d’Octobre 1917. En France, les conséquences en sont l’apparition du PCF et la scission dans le mouvement syndical de la CGT, consécutive à la déchirante révision idéologique née du congrès « historique » de Tours. Mais finalement la conception bolchévique n’est que la « radicalisation » du courant marxiste, accompagnée d’un rejet du jeu parlementaire et légaliste.

Or que sait-on des courants néos opposés aux vieilles barbes de la SFIO ? Que sait-on des idées de ces militants que le conflit mondial — et donc l’avènement brutal de la « modernité » — a rendu visionnaires, alors que d’autres, atteints de cécité politique, veulent absolument faire croire au public à la réalité éternelle de l’affrontement droite/gauche, hypothétiques blocs hermétiques qui symboliseraient deux conceptions du monde. L’une serait celle d’une gauche porteuse d’espérance et de générosité (mythes qui recouvrent en partie les sentiments de la classe ouvrière européenne dans ces années de capitalisme en plein essor), et l’autre celle d’une droite « fascisante et réactionnaire, ennemie de la démocratie (ce qui est vrai) et bras armé du capital, celui des deux cents familles! Ce qui est aussi partiellement vrai.

Mais, en réalité, qui sont donc les hommes qui refusent ce schéma trop simpliste ? Leurs noms sont Alfred-Georges Gressent dit Georges Valois, Marcel Déat, Henri De Man ou encore Marquet, Lefranc, Albertini, etc. L’absurde chaos de la « Grande Guerre », où ils se sont battus courageusement, parfois comme officiers, parfois comme simples soldats (le cas d’un Drieu la Rochelle), « les joies (sic) des tranchées » et le brassage des classes jeunes (ouvrières, paysannes, bourgeoises) dans les champs sanglants de l’Est et du Nord de la France, les ont enfin décillés. Avec l’absurdité et l’horreur, ils ont aussi connu le sens du sacrifice  — car le mot « devoir » est bien trop faible pour évoquer leur cas — le sens également de la solidarité, de la camaraderie, rendant ineptes ou dépassés les vieux termes de droite ou de gauche, sanctionnant de manière désormais si désuète les clivages de classe. Et s’ils désapprouvent  « la guerre civile européenne », selon le mot fameux de Valery, ils ont gardé au fond de leur cœur cette mystique de l' »Union sacrée » (mais pas au sens où l’entendaient les minables politiciens bourgeois de la future chambre bleue horizon). « Ni droite, ni gauche » crie le socialiste Albertini, auquel fait écho le « droitiste » Bucard. D’où une volonté de sortir du moule trop bien huilé des partis et des « systèmes », et d’essayer autre chose…

Georges Valois

G. Valois  est chronologiquement le premier dans cette série de pionniers. S’il reprend du service à l’Action Française, c’est bien dans l’espoir de voir se perpétuer et s’approfondir le rapprochement des Camelots du Roy avec les cercles proudhoniens et soréliens d’avant-guerre, bref de réconcilier la monarchie des humbles, celle de la justice des peuples, avec l’anarcho-syndicalisme révolutionnaire (cf l’œuvre de Sorel, en particulier ses Réflexions sur la violence et ses Matériaux d’une théorie du prolétariat). Mais l’AF, où il occupe dans le journal la place de l’économiste, est un mouvement qui, soit dit en passant, ne « croit » pas à l’économie… (l' »économie politique » est refusée au nom du célèbre postulat maurrassien du « politique d’abord »). Le « vieux maître » de Martigues est maintenant enfermé dans son système d’idées préconçues et confond par trop la « défense » (intellectuelle et morale) de la « monarchie nationale » avec les impératifs tactiques de l’Action française, au point de courtiser la vieille droite « cléricale » et sclérosée, étouffant l’idée royaliste sous un ordre moral « macmahonien », irrespirable pour un bon nombre de jeunes intellectuels (Bernanos en est le plus célèbre, avec Maulnier, Drieu…). Très rapidement, c’est la rupture et la création, par certains anciens militants, du « faisceau » (préfiguration du fascisme français) et vite rebaptisé « fesso » pour la circonstance par le talentueux polémiste L.Daudet, fils du célèbre écrivain Alphonse Daudet, tant les haines et les agressions des fidèles de Maurras et de la tendance réactionnaire du mouvement monarchiste seront virulentes.

Mais G. Valois, s’il se réfère au départ à la pensée mussolinienne (celle de la première période), s’écartera assez vite du « modèle » italien (la critique d’un « modèle » de régime ne date pas de l’eurocomunisme…), modèle auquel il reproche son aspect plus « nationaliste » (puis impérialiste) que « socialiste ». Le « fascisme » valoisien est précisément l’union de l' »idée nationale » — réalité née de la guerre et des hécatombes meurtrières —  et du courant socialiste français, socialisme non matérialiste, mais d’une inspiration spiritualitste et volontariste, qui doit autant à Charles Péguy qu’à l’idéologie sorélienne. Le socialisme valoisien, qui ne rejette pas les notions « économiques » de profit et de propriété, s’appuie sur une vision organiciste et non-mécaniciste (à rebours du libéralisme) de la société contemporaine. Il ajoute en outre une vériatble « mystique » du travail teintée de christianisme (cf la place qu’il accorde à l’idée de rédemption) dans un culte englobant des valeurs communautaires et « viriles » (le sport comme « pratique politique »). [cf. L’économie nouvelle, 1919 et Intelligence et production, 1920]

Mais la lutte que mènent désormais les partisans de l’Action Française, avec l’appui sans faille des groupes financiers catholiques qui soutiennent parallèlement les ligues d’extrême-droite et les partis droitistes, ne laissera aucun répit ni à Valois, bassement calomnié et injurié par la presse royaliste, selon une technique éprouvée qui fera « florès » lors de l’affaire Salengro, ni à ses troupes isolées. Les « chemises bleues » disparaîtront vite à la fin des années 20, et Valois ira rejoindre les rangs de la SFIO, en attendant de mourir pendant le second conflit mondial dans le camp de Bergen-Belsen, condamné à la déportation par les autorités allemandes pour fait de résistance. Là aussi, dans ce « grand dégoût collecteur », la voix de Valois rejoindra celle d’un Bernanos, celui des « grands cimetières sous la lune »…

Henri De Man

L’autre personnalité marquante du néo-socialisme est celle du Belge Henri De Man, connu internationalement pour ses critiques originales des théories marxistes, idéologie qu’il connait à fond pour y avoir adhéré dans ses premières années de militantisme. La fin de la Première Guerre mondiale est, pour De Man, la période des remises en question et des grandes découvertes. En s’initiant aux théories psychanalytiques de Freud et aux travaux du professeur Adler sur la volonté et le « complexe d’infériorité », il fait pour la première fois le lien entre les sciences humaines, donnant une signification de type psychologique, et bientôt éthique, à l’idéologie socialiste. Il s’agit d’une tentative remarquable de dépassement du marxisme et du libéralisme, qui est à l’opposé des élucubrations d’un W. Reich ou d’un H. Marcuse !

Mais dans sa volonté de dépasser le marxisme, De Man en viendra inéluctablement à un dépassement de la « gauche » et s’intéressera aux théories néo-corporatistes et à l’organisation du « Front du Travail » national-socialiste. Cela dit, De Man préconise le recours au pouvoir d’État dans le but d’une meilleure régularisation de la vie économique et sociale, des rapports au sein de la société moderne industrielle, et cela grâce à un outil nouveau : le PLAN.

Le « planisme » connaîtra longtemps les faveurs des milieux syndicalistes belges et néerlandais et une audience plus militée en France. Il est alors intéressant de noter que De Man prévoit dans ce but l’apparition d’une nouvelle « caste » de techniciens, ayant pour tâche essentielle d’orienter cette planification. Vision prémonitoire d’une société « technocratique » dans laquelle les « néos » ne perçoivent pas les futurs blocages que l’expérience des quarante dernières années nous a enseignés. On peut également signaler l’importance, à la même époque, des idées appliquées par un certain J.M. Keynes qui verra, dans les années 30, le triomphe de ses théories économiques. Enfin, le planisme de De Man prévoit une application de type corporatiste.

En France, à la même époque, des hommes comme Marcel Déat, H. Marquet, M. Albertini, ou encore Lefranc, se situeront résolument dans cette mouvance. Leur insistance à refuser la « traditionnelle » dichotomie entre prolétariat et bourgeoisie (N’y a-t-il pas là une préfiguration de la critique plus récente contre la « société salariale » que Marx, Proudhon et d’autres encore, avaient déjà ébauché…) les place sans aucun doute dans ce courant des néos dont nous parlons ici. Cette division est pour eux d’autant plus dépassée que le prolétariat ne joue plus que partiellement le rôle de « moteur révolutionnaire ». L’évolution de la société a enfanté de nouvelles forces, en particulier les « classes moyennes » dont la plupart sont issus. Leur confiance se reportant alors sur ces dernières qui sont les victimes de la société capitaliste cosmopolite. Le « système » rejette les classes moyenes par un mouvement puissant de nivellement des conditions et de rationalisation parcellaire du travail. Taylor est alors le nouveau messie du productivisme industrialiste… Le progrès est un révélateur de ces nouvelles forces, qui participent dorénavant de gré ou de force au mouvement révolutionnaire.

Désormais, au sein de la vieille SFIO, déjà ébranlée par la rupture fracassante des militants favorables au mouvement bolchévique, on assiste à une lutte d’influences entre « néos » et guesdistes ; parmi ces derniers apparaissent certaines figures de proue : ainsi celle de Léon Blum. Là aussi, comme dans le cas du Faisceau de Georges Valois, les « néos » sont combattus avec violence et hargne par une « vieille garde » socialiste, qui réussit à étouffer le nouveau courant en expulsant ses partisans hors des structures décisionnaires du parti. L’avènement du front populaire sonnera le glas de leur espoir : réunir autour de leur drapeau les forces vives et jeunes du socialisme français. Certains d’entre eux, et non des moindres, se tourneront alors vers les « modèles » étrangers totalitaires : fascisme et national-socialisme allemand. De leur dépit naîtront des formations « fascisantes » ou nationales, et, pour beaucoup, la collaboration active avec la puissance occupante pendant les années 40 (Remarquons au passage que de nombreux militants « néos » rejoindront la résistance, représentant au sein de cette dernière un fort courant de réflexion politique qui jouera son jeu dans les grandes réformes de la libération).

En effet, si la grande tourmente de 1945 sera la fin de beaucoup d’espoirs dans les deux camps, celui de la collaboration et celui de la résistance intérieure, le rôle intellectuel des néos n’est pas pour autant définitivement terminé. Sinon, comment expliquer l’idéologie moderniste de la planification « à la française », à la fois « souple et incitative », où collaborent les divers représentants de ce qu’il est convenu d’appeler les « partenaires sociaux » ? (cf. le rôle essentiel accordé par les rédacteurs de la constitution de 1958 à un organe comme le « Conseil économique et social », même si la pratique est en décalage évident avec le discours). On peut aussi expliquer pour une bonne part les idées nouvelles des milieux néo-gaullistes. Celles des idéologies de la « participation » ou celle des partisans de la « nouvelle société ». La recherche d’une troisième voie (distributisme, etc.) est l’objectif souvent non-avoué de ces milieux. Une voie originale tout aussi éloignée des groupes de la « gauche alimentaire » que de la « droite affairiste », et appuyée davantage sur un appel au « cœur » des hommes plutôt qu’à leur « ventre ».

2) L’après-guerre : néo-socialisme et planification « à la française »

La grande crise des années 30 marque dans l’histoire économique mondiale la fin du sacro-saint crédo libéral du libre-échangisme, du « laisser faire, laisser passer », caractérisant ainsi le passage de l’État-gendarme à l’État-providence, en termes économistes. Et ceci, grâce en partie aux « bonnes vieilles recettes » du docteur Keynes…

L’État, nouveau Mammon des temps modernes, est investi d’une tâche délicate : faire pleuvoir une manne providentielle sous les auspices de la déesse Egalité… L’empirisme du « New Deal » rooseveltien fera école. En France, une partie du courant socialiste entrevoit le rôle étatique au travers d’administrations spécialisées et de fonctionnaires zélés (cf. les théories du Groupe X), en fait simple réactualisation d’un saint-simonisme latent chez ces pères spirituels de la moderne « technocratie ».

On trouve l’amorce de cette évolution dans les cénacles intellectuels qui gravitent autour du « conseil national de la résistance ». L’idée se fait jour d’une possible gestion technique et étatique de l’économie dans le cadre d’un plan général de reconstruction du pays en partie ruiné par le conflit. L’idée ne se réfère pas à un modèle quelconque (comme, par ex., l’URSS dans les milieux du PCF), c’est-à-dire d’un dirigisme autoritaire pesant sur une société collectiviste, mais plutôt à un instrument permettant à l’État une « régulation » de l’économie  — dans un système démeuré globalement attaché aux principes de l’économie libérale — grâce notamment à une planification « incitative », souple, concertée et enfin empirique. De quoi s’agit-il ?

Pour les générations de la guerre, le traumatisme de la violence  — et des régimes dictatoriaux qui l’ont symbolisée après la défaite des fascismes — est souvent lié à la grande dépression des années 30. L’objectif est donc de permettre au pouvoir politique, en l’occurence l’État comme instance dirigeante, de régulariser les flux et les rapports économiques, donc de contrôler pour une part ses évolutions, afin de favoriser un équilibre nécessaire à une plus forte croissance, mais aussi une plus juste croissance (hausse des revenus les plus défavorisés). Un indice est la création, dès la libération, des premières grandes institutions de Sécurité Sociale. La Constitution française de 1946 intègre officiellement ce souci du « social », où domine de plus en plus l’idée de redistribution égalitaire des revenus. Dans le même temps, les responsables du pays sont confrontés à la tâche écrasante de reconstruire la nation, de moderniser l’outil industriel frappé certes par la guerre, mais aussi par l’obsolescence.

Facteurs démographiques, commissariat au plan, ENA

Cette tâche apparaît difficile si on tient compte que la population française vieillit. Heureusement, ce dernier point sera éliminé dans les années 50, grâce à une vitalité du peuple français assez inattendue (phénomène connu sous le nom de « baby boom »). Cette renaissance démographique aura deux effets directs positifs d’un point de vue économique : augmentation de la demande globale, qui favorise l’écoulement de la production, et croissance de la population active que les entreprises pourront embaucher grâce à la croissance du marché potentiel et réel. Sur cette même scène, s’impose le « géant américain », en tant que vainqueur du conflit (non seulement militaire mais aussi politique et surtout économique) qui se décrète seul rempart face à l’Union Soviétique. Un oubli tout de même dans cette analyse des esprits simples : le monde dit « libre » était déjà né, non pas de l’agression totalitaire des « rouges », mais de l’accord signé à Yalta par les deux (futurs) grands. Les dirigeants français doivent justifier l’aumône « généreusement » octroyée par les accords Blum-Byrnes, et surtout le plan Marshall.

C’est donc dans un climat politique gagné pour l’essentiel aux idéaux socialistes (pour le moins dans ses composantes « tripartite », exception faite de quelques conservateurs trop compromis dans les actes du régime de Vichy et qui vont se rassembler autour de A.Pinay), que l’idée de la planification aboutira. Il faut souligner le rôle majeur d’un Jean Monnet, créateur du « commissariat au plan », structure nouvelle composée de techniciens de l’économie, et qui fourniront aux pouvoirs publics le maximum des données indicielles nécessaires aux choix essentiels. On peut en outre noter à la même époque la création par Debré de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), pépinière des futurs « technocrates » et point de départ d’une carrière qui ne passera plus exclusivement par les cursus des élections locales. La carrière de l’énarchie est celle des grands corps de l’État.

On assiste par ailleurs à la nationalisation des secteurs vitaux de l’économie française (chemins de fer, charbonnage, etc…), qui doivent être le soutien principal d’une politique économique nationale (à l’exception de Renault, nationalisée en régie d’État à cause de l’attitude « incivique » de son fondateur pendant l’occupation). Ce mouvement inspirera toutes les lois de nationalisation en France jusqu’en 81.

Planification certes, mais fondée sur la souplesse et l’incitation, qui exprime la volonté des pouvoirs publics de rendre plus cohérent le développement économique du pays. Cette volonté est claire : assurer les grands équilibres financiers et physiques, rechercher l’optimum économique qui ne soit pas simplement un assemblage de diverses prévisions dans les secteurs publics et privés. De plus, l’aspect humain n’est pas négligé, loin de là. Plus tard, passé le cap de la reconstruction proprement dite, les secondes étapes seront celles de l’aménagement du territoire et de la régionalisation (à la fin des années 60). Seront ensuite abordés les thèmes essentiels du chômage et de l’inflation. Priorité étant donnée aux thèmes les plus brûlants. Les administrations s’appuieront sur les services de l’INSEE, utilisant un nouvel « outil » privilégié : la comptabilité nationale réactualisée en 1976, puis les moyens plus récents que sont l’informatique et les techniques économétriques (plan FIFI – physio-financier -, 6° Plan).

Planification concertée et empirique enfin, où les divers partenaires sociaux jouent un rôle non-négligeable au travers d’institutions spéciales telles le « Conseil économique et social ». Le plan se veut une « étude de marché » — sous l’impulsion d’un homme comme P.Massé — à l’échelle nationale, imposant un axe de développement conjoncturel, éventuellement corrigé par des « indicateurs d’alerte », ou des clignotants (ex. : les hausses de prix) dans un but de compétitivité internationale.

Les risques du néo-saint-simonisme

Conclusion. On constate indubitablement une étatisation progressive de l’économie. Mais « étatisation » ne signifie pas obligatoirement, dans l’esprit des réformateurs et dans les faits, « nationalisation » de la production. La bureaucratisation est plutôt le phénomène majeur de cette étatitation. Relire à ce sujet l’ouvrage de Michel Crozier : La société bloquée. Cette « étatisation » se traduit en effet par la lutte de nouveaux groupes de pression : côteries politico-administratives, financières, patronales, syndicales enfin. Chacun de ces groupes étant axés sur la défense d’intérêts « corporatistes » plus que sur le souci d’intérêt national. Le jeu particulier de firmes « nationales » préférant traiter avec des multinationales, relève de cette philosophie de la rentabilité qui rejette le principe précédent.

La contestation de Mai 68 a pu jouer le rôle de révélateur de cette réalité. La société française, troublée par une urbanisation anarchique, une pollution croissante, a pris alors conscience de la perte d’une « qualité de vie ». Enfin, au plan international, l’interdépendance croissante des économies, la dématérialisation progressive des relations financières victimes du dollar, ont pu montrer la relativité des objectifs poursuivis par les planificateurs français. Aidée en France par un courant saint-simonien de plus en plus puissant, cette évolution a précipité la dilution politique du pays ; la collaboration entre les nouveaux gestionnaires et les puissances financières a aggravé incontestablement cette situation. N’y aurait-il pas alors une « divine surprise  » des années 80 : celle du rapprochement entre les derniers néosocialistes et les nationalistes conséquents (éloignés du pseudo-nationalisme mis en exergue récemment par les média) sous le signe du « Politique d’abord »…

Pierre-Jean BernardOrientations n°9, 1997.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/79

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