Provocations calculées, provocations déjouées

En quelques jours, deux affaires qu’on aurait pu juger entièrement superficielles, ont scandalisé l’opinion hexagonale, et remué plus encore la bulle médiatique parisienne : le drapeau européen sur la tombe du Soldat inconnu et les propos grossiers d’un chef d’État en quête de réélection.

Ces deux fautes de goût doivent être considérées comme délibérées.

Les propos polémiques du président sur les non-vaccinés ne doivent en rien être perçus comme un simple dérapage et l’affaire du drapeau a reçu immédiatement le soutien de Clément Beaune et d’autres ministres macroniens qui, d’ordinaire, se contredisent entre eux et se chamaillent en public sur tous les dossiers.

Tout cela résulte d’un faux calcul des branquignols qui nous gouvernent, piégés par leurs illusions sondagières, leurs études de marché cyniques et leur méconnaissance aussi bien, quant à l’Arc de Triomphe, de la sensibilité nationale, que du nécessaire rapport des gouvernants au peuple. Car, pour ce qui est d’ennuyer les Français, M. Macron devrait se rendre compte qu’il n’enquiquine pas seulement les non-vaccinés. Certains avaient pu croire un instant qu’il avait compris, enregistrant pour le 31 décembre des vœux télévisés, certes totalement creux et protocolaires, mais dont la durée n’excédait pas 13 minutes. Un tel progrès dans la sobriété, par rapport aux interminables interventions précédentes, ne pouvait se maintenir. Napoléon d’opérette, il fallait bien qu’il accomplisse une nouvelle pirouette, méprisante et déplacée.

Il en a donc commis deux, coup sur coup. On doit quand même s’interroger sur ses motivations profondes. L’intention la plus claire tendait à diviser et à marginaliser ses adversaires.

Pourquoi ? Comment ?

Tout paraît, dans cette affaire, procéder d’un Kriegspiel basé sur un calcul sondagier.

La doctrine remonte à un autre président, lui-même également coupé du peuple : Valéry Giscard d’Estaing. Il avait été, souvenons-nous, chassé en 1981 d’un pouvoir recueilli dans la confusion de 1974, sur la tombe de Georges Pompidou. Or, en 1984, dans l’espoir d’une nouvelle candidature qui ne vint jamais, il avait publié un ouvrage, recommandé pour les cas d’insomnie, quoique non remboursé par l’assurance maladie, et intitulé « Deux Français sur trois ».

Dans ce livre, l’ex-président, en effet, prétendait ni plus ni moins : « concevoir un dessein national conciliant la générosité et l’efficacité et répondant aux aspirations de 2 Français sur 3. »

Cette illusion, largement contraire aux pratiques normales des démocraties, recoupe en fait l’aspiration de ceux que nous appelons généreusement « technocrates ». Je dis « généreusement », car leur technicité se résume à ce pseudo-droit bureaucratique consolidant les privilèges hypocrites de la haute administration. Si l’on bénéficie de l’assentiment, de la résignation ou de la passivité de deux citoyens sur trois, on peut s’en donner à cœur joie.

Et en 2017, l’intéressé pouvait se nourrir de cette apparence : triomphateur facile, par 66 % des voix, d’une rivale incompétente, il parvint quelques jours plus tard à peupler, d’une fournée de seconds couteaux, eux-mêmes issus à 80 % des déchetteries du parti socialiste, une Assemblée nationale, désormais aux ordres.

Cinq années plus tard, en dépit de ses échecs patents, il s’emploie désormais à réitérer l’opération.

Le voici donc procédant par études de marché. Votre chroniqueur ayant par le passé réalisé, et commercialisé, de tels travaux en connaît évidemment, de longue date, les limites. La cellule communicante de la Macronie, travaillant sur le chantier de la campagne présidentielle découvre en partie cet univers, bien distinct pourtant de la chose civique. Elle s’emploiera très certainement à concentrer le pseudo-débat sur les terrains qu’elle considère comme favorables parce que 65 à 70 % de l’opinion lui paraît acquise : le terrain de la « construction européenne » et celui de la lutte contre la pandémie. De plus, dans l’analyse de nos fins stratèges, si 67 % des Français refusent l’idée du Frexit et si 67 % acceptent la vaccination, les eurocritiques, en revanche, comme les coronosceptiques, se montrent divisés. Ils se répartissent toute une gamme de nuances au sein desquelles les plus radicaux tiennent le haut du pavé, se mobilisent, et, dans les rêves élyséens, ces extrémistes contribuent à contaminer et à cornériser les critiques raisonnables.

Quand par exemple, la candidate de la droite classique, sans remettre en cause ni le principe de la vaccination, ni l’appartenance à l’Union européenne, dénonce avec pertinence les deux provocations, certains poussent, en effet, déjà des hauts cris, feignant de croire à la trahison d’un double discours.

Oui. Mais. En réalité ce qui s’est passé ces derniers jours déjoue au contraire entièrement le calcul. Au lieu de voir se fractionner un peu plus des diverses droites, qui jusqu’ici ne brillaient pas par leur unité, on a assisté à une démonstration de convergence, sur la double provocation comme sur d’autres vraies questions, telles que les trois « i », insécurité, islamisme et immigration qui devraient logiquement dominer le débat, hélas crucial, de l’élection qui vient.

JG Malliarakis

https://www.insolent.fr/2022/01/provocations-calculees-provocations-dejouees.html

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