Les vœux de Coluche

Contrainte rédactionnelle : votre chroniqueur ne pouvait décemment formuler ses vœux sincères en ce début d’année 2022, sans avoir pris connaissance de ceux, beaucoup plus conventionnels, des divers comédiens occupant le devant de la scène sociale.

À titre privé bien sûr on ne manquera pas de souligner d’abord combien nous attendons tous, de ne plus subir les caprices bureaucratiques supposés nous protéger de la pandémie, et qui nous empoisonnent la vie. Fort heureusement il demeurera toujours une petite place pour le bonheur et pour la joie, comme il s’en libère y compris dans les périodes les plus dramatiques. Chacun doit savoir s’en saisir, et en rendre grâce. Voilà ce que je souhaite à chacun de mes amis lecteurs.

Dans la sphère publique, au contraire, les grimaces de nos gouvernants ne démentent pas, d’une année sur l’autre, leur nuisance ordinaire.

On s’en tiendra donc aujourd’hui au chef de l’État.

Notons d’abord combien ce personnage surfait, d’une manière constante, maltraite notre constitution. Sa fonction lui impose, pourtant, de veiller à son respect (article 5).

Ne parlons même pas de son exercice solitaire du pouvoir : la chose est devenue quotidienne… ou plutôt hebdomadaire : le conseil des ministres, siège théorique du pouvoir exécutif (article 21) ne se réunit plus que pour avaliser des décisions prises au préalable dans un petit comité devenu informel institué légalement en 2007, pour gérer les urgences militaires.

Notre loi fondamentale ne dispose-t-elle pas que le français, langue officielle de la République (article 2) induit même une solidarité et une coopération entre les États et les peuples l’ayant en partage (article 87). Or, au concours de la « carpette anglaise », il surclasse tous ses concurrents, parlant, de « start-up nation ». Ce seul exemple, parmi tant d’autres, ridiculise plus particulièrement cet homme qui n’utilise un ordinateur personnel que depuis 2014. Normal pensera-t-on puisqu’il nie l’existence d’une identité française.

Symbole stupéfiant et signifiant, la substitution du drapeau de l’union européenne remplaçant, ce 31 décembre à l’Arc de Triomphe, celui de la république contrevient également à l’article 2, inchangé lui-même depuis 1958…

En présence d’une telle faute de goût, on se montrerait naïf à n’y voir qu’une saute d’humeur. Peut-être inconsciemment, son auteur commet l’erreur de ses adversaires, opposant la réalité nationale à un projet européen, conçu depuis toujours, non pour enterrer la France, mais au contraire pour mieux la défendre.

Manifestement ses communicants lui conseillent, pour le moment, et avant que tout ce beau monde change d’avis, de faire de « l’Europe » le seul argument de campagne, le seul clivage lui permettant de rêver sa réélection.

Hélas, de quelle « Europe » parle-t-il ? Cherchant à instrumentaliser sa présence, pour 6 mois, à la présidence du conseil des États, il en dénature le sens.

La tribune qu’il a publiée le 23 décembre dans le Financial Times, corédigée avec Mario Draghi, tend, de manière explicite, à faire exploser durablement les règles monétaires communes. Rappelons donc que celles-ci résultent d’un traité signé en 1991 à Maastricht qui fut ratifié par référendum en 1992. Il a été consolidé par un pacte de stabilité négocié à Amsterdam en 1997. Les principes en avaient été péniblement élaborés, depuis le rapport Werner de 1970, pour aboutir, 32 ans plus tard, le premier janvier 2002, il y a exactement 20 ans aujourd’hui, à la mise en circulation de l’euro. L’union européenne ne comptait alors que 15 États, dont 12 adoptèrent la monnaie unique. Ce bloc monétaire s’est désormais élargi 19 pays, et l’UE compte 27 membres à ce jour.

Or, une remise en cause des principes fondateurs de cet ensemble entre en contradiction flagrante avec les accords évoqués plus haut et avec la continuité des politiques clairement menées outre-Rhin.

Celle-ci résulte du souvenir, odieux à la mémoire de nos partenaires et cousins germains, de l’hyperinflation, qui culmina chez en 1923, et dura en fait de juin 1921 à janvier 1924.

On ne s’attardera pas trop longuement ici sur les causes de ce phénomène dramatique. Il fut essentiellement occasionné par le funeste traité de Versailles. Merci Clemenceau, merci son ministre des finances Klotz et son slogan « l’Allemagne paiera ». (1)⇓

Les conséquences sont hélas mieux connues.

Retenons la conviction que l’opinion populaire et les élites allemandes en ont retirée : plus jamais de cette destruction de la société résultant du délabrement de la monnaie. Si on ajoute à cela que si le Dr Hjalmar Schacht fut condamné au procès de Nuremberg ce fut au motif qu’il avait mené une politique monétaire non-conforme aux règles inhérentes au « gold exchange standard » et aux accords de Gênes de 1922, on comprend que depuis la fondation de la République Fédérale en 1949, l’orthodoxie monétaire ait fait durablement du Deutschemark l’une des devises les plus recherchées dans le monde, en réévaluations constantes pendant 40 ans jusqu’à sa fusion dans l’euro. Ceci conduisait Helmut Kohl à penser que son extension permettrait de réaliser l’union du Vieux Continent. Comme l’absorption paritaire du mark de l’Est par celui de l’Ouest avait contribué de manière décisive à l’unification allemande en 1989, les rédacteurs [français…] du traité de Maastricht pensaient en 1991 que l’euro permettrait d’unifier l’Europe.

Trente ans plus tard on pourrait presque imaginer le contraire.

En fait « d’Europe » Macron tend ainsi à nous projeter donc dans un retour à ce lamentable antagonisme franco-allemand qui occasionna, pendant un siècle, la ruineuse destruction et l’effacement mondial la de l’Europe véritable.

Le « quoiqu’il en coûte » de MM. Macron et Bruno Le Maire entre en contradiction avec l’ordo libéralisme qui a fait la prospérité allemande depuis 1949. S’ils persistent dans leur aveuglement, ils mettront durablement en péril la relation continentale, construite à partir de la déclaration Schuman de mai 1950 et de la rencontre De Gaulle-Adenauer de 1962. Les libéraux tiennent aujourd’hui à Berlin le ministère des Finances, en accord total avec le nouveau chancelier Scholz. L’irresponsabilité monétaire française est également inacceptable pour d’autres pays comme les Pays-Bas, etc.(2)⇓

La fameuse définition de Paul Valéry selon laquelle « l’histoire est la science des faits qui ne se répètent pas » mérite un peu plus que les contresens dont on l’affuble. Sans tomber dans une inutile cuistrerie, reconnaissons que c’est probablement Nietzsche qui en a le mieux dessiné le périmètre dans ses écrits sur l’Éternel retour, « la plus belle et la plus désespérante des idées ».(3)⇓

Oui, l’Histoire recommence toujours même si elle ne se reproduit jamais à l’identique. L’homme n’est ni une machine ni un animal : indépendant des mécaniques et des instincts, il a été créé libre et responsable.

Les citoyens ne devront pas l’oublier.

Outre les vœux amicaux que nous adressons, de tout cœur, à tous nos lecteurs en ce début d’année 2022, voici le vœu civique qu’il convient de formuler pour la France.

JG Malliarakis  

Apostilles

  1. cf. Beau de Loménie « La Ratification du traité de Versailles »  
  2. cf. L’Insolent du 18 décembre 2021 « Le Cordon de la bourse »  
  3. cf. Nietzsche « La Volonté de puissance »  

https://www.insolent.fr/

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