Mon hommage à Jean-Luc de Carbuccia (1928-2021)

Ce 23 décembre, j’étais arraché à ma campagne et aux préparatifs familiaux de Noël. Il fallait se rendre dans la Capitale, porter la petite pierre d’un dernier hommage à un vieil ami. Jean-Luc de Carbuccia venait de s’endormir dans la paix, au milieu de ses enfants et petits enfants. Dans le train, pour une fois à l’heure, me revenaient ainsi tant de souvenirs communs, près d’un quart de siècle de luttes nationales et chrétiennes, menées lucidement, autant de graines semées pour contrer l’adversité et la course au tombeau où s’abîme la France.

Les amis des chats se plaisent à leur accorder, selon la diversité des traditions, sept ou neuf vies. On ne compte plus celle des léopards. Félin de bonne race, Jean-Luc en a donc connu plusieurs, sous ses multiples aspects.

Une longue lignée. Quand on a pour père Horace de Carbuccia (1891-1975) l’un des plus remarquables entrepreneurs de presse de l’entre deux guerres, on s’expose à être désigné pour le « fils de ». Redoutable honneur, comme une sorte de handicap dans notre société hypocritement égalitaire. Jean-Luc était, en fait, beaucoup plus que cela, continuateur d’une longue tradition de gentilshommes au service, depuis le XVIe siècle, de leur terre sous la domination génoise, puis de la patrie française. Comment ne pas ressentir à ses côtés un lien de l’ordre féodal, beaucoup plus fort sans doute que les contrats écrits. Personnellement je le revendique comme un devoir chevaleresque.

L’insulaire. La dimension Corse joue un rôle essentiel pour comprendre cette si forte personnalité. Plus tard, nous le verrons éditer un « Marie Reine de Corse ». Descendant du podestat de Bastia, il ne perdait jamais une occasion de se retrouver à Ajaccio et sur des terres où aujourd’hui encore sa famille tient la dragée haute à toutes les mafias. Et comme il se doit la messe pour le repos de son âme se conclue par le Dio VI Salve Regina, l’hymne marial de l’île de Beauté.

Le Parisien. Comment ne pas évoquer, par ailleurs, ce lieu si parisien, à proximité du Bois, qui l’a vu grandir avec les ombres du passé qui se retrouvèrent dans ce salon. Comment ne pas penser que s’y rencontrèrent ceux qui cherchaient à sauver la France en février 1934. Dans ses veines coulait aussi le sang de Jean Chiappe qu’on a présenté comme le préfet de Police le plus populaire de l’Histoire de France. Qui n’a pas accompagné Jean-Luc dans sa petite voiture, qui ne l’a pas entendu s’adresser aux fonctionnaires de police ne l’a pas vraiment connu.

Le combattant de la Liberté. De longue date, de conviction comme de famille, il savait le mal, de provenance communiste, qui ronge notre pays. Il n’ignorait pas qu’aujourd’hui encore la chose continue de façon à peine plus secrète. C’est bien dans les colonnes de « Gringoire » le grand hebdomadaire fondé par son père que se réfugia Boris Souvarine. Le biographe de Staline y fut le plus premier et le plus lucide à avertir du danger qui menaçait l’occident et qui se concrétisera en 1939 par l’alliance entre Hitler et Staline.

Le catholique. C’était d’abord, et toujours, un homme de foi. Le Père Henri de Villefranche, présidant la cérémonie du 23 décembre sut le rappeler dans une homélie d’une grande spiritualité.

L’éditeur : à partir de 1957, après diverses expériences professionnelles, il structure ses éditions de Paris. Celles-ci, en marge des courants conformistes et commerciaux dominants, auront publié quelque 300 titres, parmi lesquels je m’honore de m’être trouvé, presqu’accidentellement, au gré d’un petit volume traitant du problème lancinant des retraites. Je garde aussi comme un trésor le dernier exemplaire, qu’il m’avait offert, du prodigieux recueil des travaux de Xavier de Roche sur l’énigme de Louis XVII, et dont subsiste disponible un petit abrégé. Mais, parmi ses auteurs on trouvera des contributeurs infiniment plus prestigieux. Citons simplement les éminents et indispensables travaux sur l’islam de Marie-Thérèse et Dominique Urvoy.

L’homme de radio. Militant de la liberté des ondes, il fonde Lumière 101 qui s’agrégea pendant 20 ans à l’aventure de Jean Ferré, son ami de toujours, fondateur de Radio Courtoisie, disparu en 2006 et dont il était l’exécuteur testamentaire. C’est dans ce contexte que j’ai appris à le connaître. Après sa disparition Jean-Luc reprit sa liberté et je le suivis.

Le pionnier. La France n’est toujours pas guérie du traumatisme de la guerre d’Algérie. Ce pays, créé par l’épée et par la charrue des nôtres, n’en est pas sorti non plus. Or, le grand mérite de Jean-Luc qui restera dans nos mémoires, fut d’avoir contribué à nous faire voir en face la réalité de l’islam. D’autres certes l’avaient précédé dans cette mise en garde. Ainsi, Charles de Foucauld avait su dénoncer l’erreur de neutralité commise par nos politiques coloniales face à cette intolérante prédication. Soulignons, à cet égard par exemple que c’est bien la traite arabo-musulmane qui a réduit, depuis le VIIe siècle et jusqu’à nos jours, le plus grand nombre d’Africains en esclavage, et qu’à ce seul titre il convenait de les en affranchir.

Bien après l’ermite de Tamanrasset, d’autres encore continueront cette œuvre. C’est ainsi un article de l’infatigable Annie Laurent, – toujours à l’œuvre, 20 ans plus tard, dans la diffusion de ses Petites feuilles vertes et auprès de la Mission Ismérie d’aide aux convertis venus de l’islam –  qui, en 1999, fit connaître à Jean-Luc la parution du premier livre de Moh-Christophe Bilek, « Un Algérien pas très catholique« .

Ceci amènera Jean-Luc à faire connaître, inlassablement cette cause, et les travaux tels que ceux du Père Moussali et de quelques autres, aux auditeurs de Lumière 101 et de Radio Courtoisie. Or, la république laïciste considère comme un tabou l’idée de lutter sur le terrain de la liberté chrétienne en terre d’Islam. Une chose en effet consiste à [proclamer et/ou prétendre] respecter les croyances d’autrui ; une autre chose aura été de les instrumentaliser et d’en faire un repère et un refuge identitaire propice à tous les ressentiments. Telle avait été la tendance, hélas presque constante, du pouvoir français en Afrique du nord. Telle fut même en orient la doctrine édictée après le congrès mondial des Pères Blancs de 1931. On renonçait dans la pratique, à l’époque du mandat français sur la Syrie et le Liban, sous la pression de la Troisième république à l’œuvre de conversion des musulmans.

Au contraire de cette fausse stratégie, – copiée pour dire les choses comme elles furent, sur celle de l’Empire commercial britannique, – ce sont aujourd’hui des compatriotes de saint Augustin qui prennent en main leur destin, et retournent à la foi chrétienne.

C’est en 2001, avant même les attentats du 11 septembre, que se fondit l’œuvre de Notre-Dame de Kabylie qui ose revendiquer de répondre à un appel millénaire des Kabyles. Jean-Luc fut toujours à leur côté, comme il soutenait en Corse le pasteur Saïd Oujibou et ces courageux évangélistes qui n’hésitent pas à annoncer la Bonne Nouvelle aux Marocains.

Si donc une clef supplémentaire devait être nécessaire pour ouvrir plus encore à Jean-Luc les portes du paradis ce serait cet engagement. Il le développa sans relâche dans les dernières années de  sa longue vie et de sa longue lutte aux côtés de tous ces nouveaux chrétiens venus de pays aussi différents que l’Iran, l’Afghanistan, l’Afrique du nord ou l’Anatolie.

JG Malliarakis  

https://www.insolent.fr/2021/12/mon-hommage-%C3%A0-jean-luc-de-carbuccia-1928-2021.html

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