Le capitalisme financier est l’ennemi de la nation.

Balthasar Picsou, heureux actionnaire du CAC 40

Après un rapide passage à vide au plus fort de la crise pandémique, les grandes entreprises cotées en bourse se remettent à racheter massivement leurs propres actions pour doper artificiellement les cours et offrir ainsi de copieux dividendes à leurs actionnaires. Aux Etats-Unis, les multinationales ont ainsi dépensé en 2021 plus de 850 milliards de dollars (750 milliards d’euros). En France, les montants restent plus modestes, mais la tendance est en forte hausse : ainsi, plus de 16 milliards d’euros ont déjà été dépensés à la fin novembre par les sociétés françaises cotées pour racheter leurs propres actions, avec un record mensuel de 3 milliards d’euros en novembre ; un montant total d’une vingtaine de milliards a de bonnes chances d’être atteint d’ici au 31 décembre ! Quel scandaleux gâchis…

La pratique avait brièvement disparu en 2020 sous la pression des autorités monétaires et des Etats. Il était en effet difficilement justifiable auprès de l’opinion publique de laisser les multinationales dépenser d’énormes sommes au profit de leurs seuls actionnaires au moment même où les pouvoirs publics déployaient des moyens financiers colossaux pour éviter l’effondrement de l’économie mondiale. Mais la reprise de 2021 a encouragé le retour en force de ces pratiques scandaleuses.

Le procédé consiste pour une entreprise à racheter ses propres actions sur le marché pour ensuite les annuler dans la foulée. Réduire le nombre de titres en circulation permet mécaniquement d’augmenter le bénéfice par action, ce qui a pour effet à plus ou moins court terme de doper le cours de Bourse, à la grande satisfaction des actionnaires. La logique a de quoi interpeller l’opinion. Des milliards partent ainsi en fumée pour rémunérer ces derniers alors qu’il y a encore quelques mois l’économie était tenue à bout de bras par les banques centrales et les gouvernements (c’est-à-dire les contribuables). Une partie de cet argent ne serait-elle pas mieux utilisée pour prévenir la prochaine crise au lieu d’attendre, une fois de plus, l’aide des pouvoirs publics ?

Poser la question, c’est évidemment y répondre.

Les entreprises justifient de recourir aux rachats d’actions en raison d’un prétendu manque d’opportunités d’investissements qui offriraient une rentabilité supérieure au coût du capital. N’ayant pas mieux à faire de leurs profits, elles préfèrent rendre l’excès de trésorerie à leurs actionnaires. Le comble est que certaines entreprises vont même parfois jusqu’à s’endetter pour financer ces plans de rachats d’actions. L’objectif n’est donc plus seulement d’accumuler du capital productif, mais surtout de faire monter par tous les moyens les cours de Bourse dans le but de distribuer du cash aux actionnaires.

Et c’est précisément là que le capitalisme devient fou…

Cette logique est perverse car ce sont les fonds d’investissement qui fixent des objectifs de rentabilité souvent disproportionnés. Dans beaucoup de secteurs, il est impossible d’identifier des projets permettant de dégager les 12 % ou 15 % de rendement exigés par ces actionnaires. Les entreprises sont alors poussées à lancer des plans de rachats d’actions dont les effets seront plus sûrs et plus immédiats.

Les dirigeants d’entreprise sont d’autant plus incités à recourir à ces pratiques qu’ils en sont les premiers bénéficiaires, dans la mesure où leur rémunération variable est souvent indexée sur la hausse du titre en Bourse. Dès lors, pour atteindre leurs objectifs, ils sont tentés de multiplier les rachats d’actions au détriment de projets d’investissement à long terme.

Pourtant, il ne faudrait jamais oublier que le but du capitalisme actionnarial devrait consister avant tout à stimuler la croissance et l’innovation, et non à se répartir un butin. Le retour en force des rachats d’actions donne, au contraire, l’image d’un capitalisme à bout de souffle, en panne d’idées et de perspectives.

Un autre partage de la valeur ajoutée, moins favorable au seul capital et davantage mené au profit des salariés tout en redonnant la priorité aux investissement d’avenir ne permettrait-il pas de sortir de cette impasse que rejette d’ailleurs formellement la doctrine sociale de l’Eglise ? Cela mériterait réflexion.

Le 28 décembre 2021. Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/

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