Ex-libris. « La Vraie Controverse de Valladolid », par Jean Dumont

Jean Dumont, La Vraie Controverse de Valladolid, Critéron, Paris, 1995.

Après son Isabelle la Catholique (1993) et son Heure de Dieu sur le nouveau monde (1994), Jean Dumont nous ravit avec un énième ouvrage érudit et clair[1]. Concis, Jean Dumont nous indique avec beaucoup de détails et dans un style agréable tout ce que nous devons savoir sur cette fameuse et pourtant très mal connue controverse de Valladolid.

Tout se résume dans la citation mise en exergue, de Lewis Hanke, tirée de Aristote et les Indiens d’Amérique :

« Ce fut en 1550, l’année même où l’Espagnol était arrivé au zénith de sa gloire. Jamais probablement, avant ou après, un puissant empereur n’ordonna, comme alors, la suspension des conquêtes, pour qu’il fût décidé si elles étaient justes. »

Rien ne remplacera la lecture de La Vraie Controverse de Valladolid, que nous ne pouvons trop recommander, mais voici quelques points essentiels que nous pensons devoir retenir :

  1. Cette controverse n’a d’abord rien à voir avec l’idée de savoir si les Indiens ont une âme ou non, sujet qui ne fut jamais abordé : il a toujours été évident que les Indiens ont bien une âme, et cela malgré les mœurs à tout le moins barbares de certaines tribus.
  2. Le vocable « d’Indien » ne fait pas seulement référence aux peuples d’Amérique, mais à tous les païens que l’on pouvait rencontrer. Il est néanmoins vrai que, pendant la controverse, on s’intéresse surtout à la question morale de la légitimité de la conquête et des modalités pratiques à observer pour pouvoir évangéliser en « toute sécurité de conscience ».
  3. Cette controverse n’est pas une dispute d’abord théologique. Sur les 15 experts réunis pour juger des résultats du débat contradictoire entre le tenant de l’indianisme, Las Casas, et celui d’un réalisme thomiste, Sepulveda, seuls quatre sont théologiens. Les autres sont avant tout là en tant que praticiens ou responsables de l’administration, de l’évangélisation ou de la gestion sur place.
  4. Sur le papier, le conseil d’expert est initialement favorable à Las Casas et à ses idées. Pourtant, ce dernier a perdu massivement, en raison de ses exagérations et de ses discours ne collant pas avec la réalité du terrain, ainsi que quelques discours assez choquants, par exemple sur l’idée qu’il eût mieux valu que les Indiens aillent en enfer plutôt qu’ils fussent « corrompus » par les conquistadors. Las Casas s’est tiré une balle dans le pied si l’on peut dire, alors même qu’il partait gagnant. Par sa partialité et sa mauvaise foi, il s’est mis à dos tout le monde, même ses alliés.
  5. L’enjeu et la tentation de Charles V était « d’abandonner » les Amériques, qui lui posaient tant de problème. Il aurait en effet été plus simple et moins coûteux, tant en vies humaines qu’en espèces sonnantes et trébuchantes, d’abandonner les Indiens à leur sort. La controverse mit fin à cette tentation en rappelant le devoir du Roi, responsable des âmes qui lui ont été confiés, même s’il ne l’a pas désiré au départ… Où nous voyons le réalisme chrétien et la véritable charité !
  6. Nous trouvons dans les écrits de Spulveda et les résultats de cette controverse la somme de la réflexion théologique en matière de guerre juste et de missiologie, avec toutes les exigences de justice, qui aboutirons sur le terrain par la restitution volontaire, même par les héritiers, des biens mal acquis !
  7. Nous découvrons aussi la grande connaissance qu’avaient les protagonistes de la réalité indienne, avec les nombreux ouvrages d’époque décrivant sans pathos et très objectivement la situation et les cultures locales (ces ouvrages constituent d’ailleurs toujours la base de notre connaissance des cultures précolombiennes, toujours avérés par l’archéologie le cas échéant)
  8. Las Casas a été oublié par la suite, jusqu’à ce qu’on le déterre tardivement pour fabriquer la légende noire de Valladolid. En pratique, sur place, quelque soit la sensibilité de départ, tous les religieux et évêques adoptèrent une ligne sépulvédienne.

Finissons en évoquant à quel point l’idée que nous avons de cette controverse est en fait inverse à la réalité. Imaginez un peu un empire païen qui aurait découvert le Nouveau Monde. Aurait-il penser transmettre sa culture sans l’imposer ? Aurait-il suspendu toute conquête pour prendre le temps d’examiner avec les plus grands « sages » de l’empire le bien-fondé de la conquête et les modalités à adopter pour le bonheur des locaux ?

Non, l’histoire montre au contraire que les envahisseurs se seraient peu gênés pour piller et massacrer, imposer le tribut, et personne, de toute façon, ne se serait posé la question de la légitimité, puisque ce genre de conquête païenne et despotique est la règle en monde non chrétien. Personne n’aurait pu même aborder la question.

Si certains ont pu créer cette légende noire, c’est justement parce que le monde très chrétien se posait sans cesse la question de la justice et de la charité, pour le salut des indiens.

Il est assez incroyable que l’on soit parvenu à faire de cette controverse l’antithèse de ce qu’elle incarne en réalité : une œuvre de justice et de charité, qui a eu des conséquences pratiques immenses, afin de mettre un terme aux dérives utopistes lascasiennes, rétablir la justice où elle a pu être blessée, sans fard, en sachant bien que l’homme est pêcheur, et donner les indications pratiques pour s’assurer au mieux et en conscience d’une « bonne et efficace » conquêtes pour les indiens.

Paul-Raymond du Lac

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France !

[1] Nous regrettons seulement l’absence d’un index et d’une bibliographie, qui auraient simplifié la consultation.

https://www.vexilla-galliae.fr/civilisation/histoire/ex-libris-la-vraie-controverse-de-valladolid-par-jean-dumont/

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