QUEL GRAND COMÉDIEN NOUS ALLONS PERDRE !

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Les téléspectateurs de TF1 ont eu droit, hier soir, à un film de propagande à la gloire du président sortant. Le titre affichait l’esprit du spectacle : “Emmanuel Macron”, en grand, et “Où va la France” en-dessous, en légèrement plus petit. Manifestement, il ne s’agissait pas de parler de notre pays, et de son avenir à travers la campagne présidentielle, mais de privilégier l’homme qui en a été le président durant les dernières années. Michèle Cotta nous dit qu’il s’agissait d’un exercice de communication bien rôdé. Non, il faut reconnaître une fois encore le seul talent de M. Macron, celui de comédien : l’articulation était excellente, le ton juste au point d’être surjoué comme on le fait au théâtre, les intonations chargées d’affectivité, les légères hésitations, comme les silences en musique, étaient savamment maîtrisées.

Tout ceci ne pouvait être improvisé, ce qui justifie l’enregistrement et non le direct. C’était une défense et illustration d’un mandat afin de lancer sa campagne, le tout conçu pour lui, sinon avec lui, un produit longuement mijoté dans les cuisines de TF1 et répété dans les coulisses de l’Elysée. Les deux comparses, Audrey Crespo-Mara, et ses regards profonds, admiratifs, voire énamourés, Darius Rochebin, son sourire complice et ses hochements de tête approbateurs pendant les réponses ont été des faire-valoir très professionnels. Le scénario commençait par la séquence glorieuse, celle du Covid, où le héros a gagné la confiance d’une majorité de citoyens apeurés, grâce au passe sanitaire. Il était inutile d’insister sur la disparition des stocks de masques, sur l’absence de vaccin français, sur l’impéritie de Buzyn, sur l’insuffisance des lits de réanimation. Tout ceci fut oublié, balayé, effacé. C’est le virus, celui qui passait les frontières sans porteur, qui fixe les règles. Le Chef de l’Etat ne fait que s’y adapter avec intelligence, même si constitutionnellement ce n’est guère son rôle. Pourtant, c’est lui qui prend toutes les décisions, et l’encenseur préposé de parler alors du “cerveau” de Macron au moment du choix portant sur ses épaules le poids des événements. La mise en scène du héros face à un monde qu’il découvre tragique prenait le chemin de l’épopée.

L’enchaînement avec la “réussite économique” a été lissé. Le courtisan déguisé en intervieweur croit nécessaire d’ajouter à “résultats économiques”, “bons d’ailleurs”, ce qui est pour le moins discutable puisque l’ensemble, la baisse apparente du chômage, la croissance de rattrapage, ne repose que sur la planche à billets de l’endettement. Mais enfin il ne s’agissait pas de mettre le candidat en difficulté, seulement d’assurer sa promotion. La pertinence du “quoi qu’il en coûte” n’est donc pas discutée. Elle sert au contraire à montrer que le libéral est en fait très social. Personne ne s’avise de rappeler qu’il a bien été socialiste, et dans l’équipe de Hollande dès le premier jour. Il est important qu’il paraisse non un technocrate multipliant les déficits et battant le record, au moins européen, de dépense publique et de prélèvements obligatoires, mais un technicien de l’économie qui tout en facilitant le ruissellement de la richesse créée par la défiscalisation des plus riches, possède une fibre sociale, que le candidat illustre derechef par le rappel pathétique de sa visite en Seine-Saint-Denis. Les sujets qui fâchent, la vente d’Alstom par exemple, sont soigneusement évités. La perte d’un certain nombre de fleurons industriels stratégiques avec depuis qu’il est aux affaires comme secrétaire-général adjoint de l’Elysée, ministre, puis président est pourtant en contradiction avec son souhait tardif de réindustrialisation. Le monstrueux effondrement de notre commerce extérieur qui signe la ruine de notre politique économique est éludé. Encore une fois, le sujet n’est pas la France réelle, mais l’individu Macron, qui pourra à loisir expliquer ses erreurs, gommer ses doutes, transmettre son empathie, et éveiller celle du public à son égard.

Au bon moment, les deux autres candidats les plus dangereux, car mordant sur l’électorat de droite que TF1 se charge de faire pencher vers Macron, ont été ciblés et flingués avec discrétion et élégance, Mme Pécresse et son projet de diminuer le nombre des fonctionnaires, Eric Zemmour et sa volonté de stopper le grand remplacement. Dans les deux cas, l’exécution s’est faite avec un silencieux. M. Macron a réduit la fonction publique à l’armée, la police, la justice, la santé et l’éducation, en oubliant l’administration et le millefeuille où ses amis ont recruté à tour de bras. De même, il a fait silence sur le fait que l’immigration économique est devenue marginale par rapport au regroupement familial qu’il a accru. Le grand remplacement est démographique. Il n’est pas lié seulement aux migrants mais à leurs enfants qui naissent en France et deviennent apparemment français alors qu’ils ne se sentent pas citoyens français. La question du droit du sol, celle des prénoms donnés, qui prouve la progressivité interne du remplacement, ont laissé place à un trémolo sur Joséphine Baker. D’autres sujets trop sensibles n’ont même pas été abordés : le Mali, la transition climatique et le retour au nucléaire après la fermeture de Fessenheim.

Une tribune du “Monde” fustigeait récemment le soutien de CNews à Zemmour, comme si une chaîne privée n’avait pas le droit d’être orientée. On sait désormais pour qui roulent TF1 et LCI. Et on sait aussi que le service public que nous finançons tous est très engagé à l’extrême-gauche souvent, et en tout cas contre la droite. TF1 a bouclé sa longue page de pub par un feu d’artifices de personnes questionnées sans doute pas au hasard et qui ont décliné les innombrables qualités du monarque. Il n’a manqué qu’un Te Deum, laïcité oblige !

https://www.christianvanneste.fr/2021/12/16/quel-grand-comedien-nous-allons-perdre/

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