Macron Cinq ans de malheur français

Après avoir déjà étriller deux présidents, Sarkozy et Hollande, Davet et L’Homme s’attaquent à l’actuel résident de l’Élysée (le traitre et le néant, fayard). Comment en effet, l’ex-secrétaire du philosophe Paul Ricœur, le banquier d’affaire le plus rapide de sa génération, est devenu, comme président de la république française, un néant.

Marcel Gauchet, philosophe politique de premier rang, vient de publier un gros ouvrage intitulé Macron les leçons d’un échec. Alors qu’il est parvenu vers le terme de son propos, il a ces mots ambigus, qui, dans leur ambiguïté même, définissent les forces et les faiblesses de l’actuel Président : « Je ne m’étonne pas qu’il ait su voir [dans les Gilets jaunes] ce que les autres sont incapables de voir ; Il a le sens des réalités. Il ne se fait pas d’illusion, est un réaliste. Ce qui est curieux, c’est qu’il l’a très peu fait passer dans sa politique » (p. 231).

Quand repère-t-on son réalisme ? Lorsqu’il parle ou lorsqu’il agit pour lui-même, dans ses fameuses formules, sur « ceux qui ne sont rien », sur les « Gaulois réfractaires », sur le chômeur qui n’a qu’à traverser la rue pour trouver un emploi ? Ou lorsqu’en politique avisé, il vend ou il défend sa peau. Il est habile avec les Gilets jaunes, comme avec tous les opposants, prompt à voir l’interstice par ou faire passer son discours. C’est un redoutable politique, la fois spontané et rusé. capable sans cesse de donner le change et de tromper ses meilleur amis, avec l’éternel sourire du bon copain qu’il affiche sur demande. Mais l’on sort des intrigues dans lesquelles il excelle, si l’on touche au discours politique classique, alors la remarque de Marcel Gauchet vaut qu’on y réfléchisse : il a très peu fait passer ce réalisme dans sa politique.

Un ludion international

Si on l’entend parler politique, alors l’image du réaliste s’estompe : Emmanuel Macron peut être taxé de chimérique. II fallait l’entendre durant la première campagne électorale, hurler : « Nous gagnerons parce que c’est notre projet ». Là, j’ai commencé à avoir un doute sur le personnage. L’atmosphère du meeting touche aux fins de sa politique : du vent, tout est du vent. « Le macronisme n’a rien produit » écrit, lapidaire Marcel Gauchet dans Causeur. Il ne sait que jouer de façon terriblement subtile sur les forces en présence, pour défendre ce qui n’est au fond que le statu quo, c’est-à-dire la meilleure solution, comme il a été l’expliquer aux ex-travailleurs de Whirlpool, chez lui à Amiens. II avait été soutenir ces travailleurs en difficulté lors de sa première campagne. II les soutient cinq ans après, chômeurs, mais leur manifeste la même conviction. Il ne se passera rien. Ils pourront juste se consoler en se disant qu’ils auront serré deux fois la pogne présidentielle.

Toute sa finesse, toute son intelligence, il les met dans la défense du statu quo. Il est incapable de renverser la table, de trouver une nouvelle problématique, de faire preuve d’une quelconque imagination créatrice. La récente affaire des pêcheurs, qui oppose la France et le Royaume-Uni, ce dernier refusant d’observer les termes du Brexit, pour les pêcheurs français autorisés à pécher dans les eaux britanniques, trouve un Macron en grande forme. Il fait deux ou trois fois les gros yeux au voisin anglais, sur le mode « Retenez moi ou je fais un malheur », il médiatise soigneusement ces démonstrations de forces puis il promet aux pêcheurs français que l’État rachètera leur bateau, qu’ils n’ont pas à s’en faire pour si peu, que ce n’est pas avec un rafiot si neuf soit-il, qu’ils gagneront vraiment leur vie Boris Johnson commence à connaitre les palinodies du Président français, qui lui avait déjà fait le coup dans la récente affaire des sous-marins, vendus à I’Australie par la France mais qui seront anglais, parce que le contrat français a été cassé, anglosphère oblige. Manœuvres qui caractérisent souvent les relations internationales selon Macron : on théâtralise l’émotion puis on se couche.

Une politique européenne fantasmatique

La politique européenne de Macron n’est pas plus féconde. II avait pourtant trouvé un mot qui éclaire d’un faisceau de lumière, ses intentions : il entend « refonder » l’Europe. Refonder ? Cela consiste faire fonctionner ce qu’en France on appelle le couple toujours franco-allemand, notion que Marcel Gauchet taxe de « carrément hallucinatoire ». La France et l’Allemagne étaient encore deux puissances équivalentes au début des années 70. Maintenant le décrochement français est trop marque et la répartition des taches (a I’ Allemagne I’économie et à la France la politique) ne convainc plus personne que Macron seul. Ou bien fait-il semblant d’être convaincu ? L’affaire de la Lettre aux citoyens européens, signée par notre Président, et adressée a P’ensemble des habitants de l’Union européenne, avait été très mal prise par la Chancelière. Mais « de minimis non curat praetor ». Angela Merkel avait confié à Annegret Kramp Karrenbauer, présidente de son Parti la CDU, le soin de répondre au président français. La réponse est cinglante : « Il faudrait que la bonne volonté européenne de M. Macron se traduise par des actes » dit-elle. Et d’en conseiller deux : l’offrande par la France à l’Union européenne de sa place au Conseil de sécurité de l’ONU (un vieux fantasme allemand) et I’abandon de Strasbourg comme siège du Parlement européen. La Lettre aux citoyens européens avait eu des conséquences catastrophiques en termes de diplomatie. Saugrenue décidément, l’idée d’une Europe puissance : personne en veut sinon la France. Pour les autres membres de l’Union européenne, c’est leur patrie d’abord. La France, elle, tout en abandonnant une politique de puissance économique (elle a délocalisé et désindustrialisé à tout va), entend continuer de toucher des dividendes politiques de sa participation à l’UE. Macron affecte de ne pas voir que cette politique est chimérique, parce qu’il est le seul à la poursuivre.

L’affaire de la fourniture des vaccins était caractéristique pourtant de cet état d’esprit souvenez-vous, c’était en 2020. Les premiers vaccins arrivent sur le marché. La France propose que l’achat des vaccins soit le fait de l’Union européenne, qui redistribuerait ses achats équitablement aux pays membres. Seule la France joue le jeu et elle perd plusieurs mois, alors que ses soi-disant compatriotes européens avaient décidé depuis longtemps de faire eux mêmes leurs emplettes sur le marché international. Cette fois, c’est la crise sanitaire qui sert de révélateur à l’impuissance européenne. On a l’impression qu’en UE, l’union fait la faiblesse. Pas de quoi en tout cas faire de l’Europe puissance, de l’Europe de la défense, de la souveraineté européenne un programme français. Et rien dans tout ça qui puisse faire rêver l’électeur.

L’Europe l’islam et les migrants

Sur la question des migrants, qui est une question clé pour l’avenir de notre pays, celle sur laquelle se joue la présidentielle d’avril prochain, alors qu’environ 300 000 personnes, venues des pays du Sud s’installent en France chaque année, ce qui domine, chez M. Macron, c’est une sorte d’indifférence, de laisser faire et de laisser passer. Il est pour la libre circulation des personnes. Il ne fermera donc les frontières – dans l’affaire du Covid – que lorsqu’il ne pourra pas faire autrement, plusieurs mois après que d autres pays européens ne les aient fermées. De ce sujet, il ne voulait pas parler, se contentant de répéter comme un mantra : « En France, il n’y a pas de problème avec l’islam ». Il a fallu attendre 2020 et la décapitation de Samuel Paty pour que le président fasse, à Meaux, le discours qu’il promettait sur le sujet depuis le début de son quinquennat. Une fois de plus, ce sont les circonstances qui lui ont arraché cette mise au point. Encore faut-il remarquer que le discours ne porte ni sur l’islam explicitement, ni sur les migrants mais sur ce que le président appelé « le séparatisme ». De quoi s’agit-il ? C’est un mot qui se veut avant tout républicain, destiné à stigmatiser ceux qui s opposeraient à la République une et indivisible.

Ce faisant, il n’attaque le problème de l’islam, celui de l’islamisme et celui des migrations que de côté et non sans faire lui-même, au nom du pays d’accueil, sa repentance attendue : « Nous avons nous-mêmes construit notre propre séparatisme. Ce que la République n’a plus apporté, eux l’ont apporté; ils se sont substitués à nos lacunes et à nos lâchetés ». Cette partie du discours est hallucinante là encore, alors que nous sommes au lendemain de I’affaire Paty. « Ils » l’ont apporté : que signifie ce morceau de phrase ? « Ils », ce sont les grands frères, ce sont les imams, ce sont les salafistes, et ce sont les dealers qui font cause commune dans les quartiers. Ils ont apporté quoi ? Ils assurent à la fois la prospérité économique et la résilience culturelle de l’islam. Admirable solidarité dans une société multiculturelle, pense sans doute notre président. Pour Emmanuel Macron, dans ce discours emblématique pourtant, les seuls problèmes que posent les migrations viennent de l’étranger. Ce sont les sites étrangers et les imams venus d’Arabie saoudite qui prêchent la haine (on ne parle pas des imams hexagonaux qui, pour certains, sont des semeurs de haine bien connus).

C’est I’argent des pays pétroliers pour construire des mosquées qui encourage au séparatisme. Mais la tentation de la radicalisation qui saisit l’islam de France et qui concerne souvent des musulmans de la troisième génération, il n’en est pas question dans ce discours de Meaux, qui reste pourtant unique en son genre dans la production d’Emmanuel Macron. Ce qui intéresse notre président dans le concept de séparatisme, c’est qu’il s’agit d’un concept réversible, attribuable aussi bien aux Français de souche qui n’accueillent pas l’étranger, qu’aux étrangers qui gardent des liens financiers ou idéologiques avec leur culture d’origine.

Le problème culturel que pose l’islam en France – celui du grand remplacement – est allègrement passé sous silence dans le discours de Meaux. Encore cinq ans de silence ?

Abbé G. de Tanoüarn Monde&Vie 4 décembre 2021 n° 1005

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