La scène première de l’acte premier

Du drame, ou de la tragédie qu’annoncent les quatre scrutins prévus pour 2022, le manteau d’Arlequin s’est levé ces jours-ci sans attendre les trois coups traditionnels. Seul demeur en coulisse le camp macronien. Prétendant demeurer dans l’attente il multiplie, pourtant, les annonces et les tournées, aux frais de la princesse.

En ce début décembre la campagne présidentielle a donc pris, en quelques jours, un nouveau visage. Outre la mise ne place effective et officielle de la candidature d’Éric Zemmour et la désignation le 4 septembre de la candidate de la droite classique en la personne de la présidente de la région Ile-de-France, on doit mentionner le premier gros meeting organisé le 5 décembre, aux portes de Paris, autour de Mélenchon.

On aurait tort de le sous-estimer, ce vieux routier de l’intolérance gauchiste. Il demeure le meilleur porte-drapeau de la gauche. À la Défense, la salle principale comportant 3 000 places assises et la salle complémentaire 1 500 le candidat de la vieille gauche marxiste, n’a donc rassemblé que 4 500 personnes, soit 3 fois moins que les 13 000 ou 15 000 sympathisants de Zemmour.

Mais le lider maximo de l’extrême gauche bénéficie toujours, quant à lui, de l’impunité médiatique et juridique. On aurait pu souligner, par exemple, la véhémence extrême de son intervention le 29 novembre, à la tribune du Palais Bourbon. L’ancien trotzkiste, admirateur du Venezuela, défendait ce jour-là, comme une cause sacrée, celle de la Chine communiste, une et indivisible. Il s’insurgeait contre l’hypothèse, pourtant légitime, d’une admission de Taïwan au sein de l’Organisation Mondiale de la Santé. Ni les médias ni la classe politique ne semblent juger utile de le mentionner (1)⇓.

Or, c’est bien ce personnage qui lance l’offensive contre les droites, toutes les droites (2)⇓ .

Il assume ainsi ce qu’il nomme lui-même sa fonction tribunicienne. Il laisse aux antifas le rôle, physiquement plus sportif et plus risqué, de l’agression violente et de la provocation. Certes aujourd’hui c’est à la seule droite nationaliste zemmourienne que ces surgeons du stalinisme s’en prennent. Mais du jour ou lendemain s’ils en reçoivent le feu vert, ils appliqueront les consignes comme le firent en leur temps leurs prédécesseurs du Komintern.

Ceci étant la campagne présidentielle étant clairement lancée, on doit aussi toujours se méfier des sondages.

Commençons à cet égard par un rappel de méthode.

Dans ma jeunesse, il y plus de 50 ans les principaux fournisseurs de ce genre d’études étaient, en France, l’IFOP et la SOFRES, de formation statistique. Puis, les étudiants gauchistes en sociologie entreprirent pour le compte de leur cause une démarche concurrente. Leur technique de réalisation était celui de l’entretien en face-à-face. Cette méthode se révélant la plus coûteuse, leur qualité de prédiction s’est par la suite irrémédiablement dégradée.

En effet, la concurrence entre les instituts et l’utilisation de l’internet, ont éliminé cette procédure lourde mais sérieuse, et même la méthode de l’entretien téléphonique, déjà discutable. Et ce glissement a détérioré gravement, et définitivement, les études d’opinion. Non seulement certains organismes ont été créés pour manipuler les résultats, pour produire des prédictions supposées autoréalisatrices ; mais, bien plus, désormais leurs travaux s’engouffrent dans des errements systématiques. Ils mettent ainsi sur le même plan des candidats effectifs et d’autres éventuels : on l’a bien vu, encore récemment, dans le cas de l’hypothèse Xavier Bertrand. Présenté comme candidat, le président de la région Hauts-de-France n’est même pas parvenu à l’emporter au sein de son propre parti. C’est pourtant autour de sa campagne virtuelle que tous ont bâti leurs raisonnements jusqu’au 2 décembre.

À cet égard il faut recommander la lecture de l’article de Luc Bronner publié dans Le Monde (3)⇓.

Quiconque étudie le sujet doit comprendre que les actuels sondages ne prédisent pas les résultats, reflétant seulement des tendances vagues, des notoriétés, des hypothèses. On doit savoir aussi que les réserves de voix ne se comptent pas en pourcentages mais en millions d’électeurs dont la moitié s’abstiennent, et ne le disent pas aux sondeurs…

Toutes ses réserves étant posées, et en fonction même de ce qu’elles nous enseignent, on doit considérer comme un événement en lui-même la publication ce 7 décembre du premier sondage de la nouvelle situation. Il suggère que Macron, président sortant que tout le monde considérait jusqu’à présent comme imbattable, peut être battu. Il serait devancé au second tour en l’occurrence par la candidate de la droite classique. Ce tournant de la campagne risque fort de renforcer, par exemple, la convergence entre les macroniens et la gauche résiduelle, des rangs de laquelle la plupart proviennent.

Déjà la stratégie tendant à reconstituer le match de 2017 supposait la neutralité bienveillante au second tour des forces de gauche et d’extrême gauche. Désormais la tentation sera plus forte encore de jeter les bases d’une véritable alliance, dernier espoir de survie pour le pouvoir des branquignols.

JG Malliarakis  

Apostilles

  1. Écouter au besoin l’enregistrement « Taïwan : je refuse la guerre froide avec la Chine »
  2. cf. « Jean-Luc Mélenchon appelle à l’action contre les droites »
  3. cf. « Dans la fabrique opaque des sondages »

https://www.insolent.fr/

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