“La voie bretonne”

Mordrel

« La tradition spirituelle et intellectuelle de l’emsav a été brisée » : diagnostic d’Olier Mordrel, pionnier et vétéran de cinquante ans de combat breton. Dans son dernier livre : La voie bretonne. Qui a déraciné ce mouvement ? Quelques état-majors. Marxistes d’après 1968, libertaires, autogestionnaires, “maos”. Ou simplement communistes, comme l’UDB à laquelle milite le musicien Cochevelou, dit Stivell.

Ces état-majors ont, consciemment, opéré une rupture avec les fondements de l’emsav pour trancher les liens qui l’unissaient à Breiz Atao ; d’où ce paradoxe : « On voit les fils de trois générations de maîtres d’école ayant passionnément lutté pour hâter la disparition de la langue bretonne, prétendre aujourd’hui en monopoliser la défense, et interdire aux fils de trois générations de militants régionalistes ayant passionnément lutté pour la sauver, d’y prendre part… »

Le résultat est connu. Ce sont les articles de Libération, où pas un seul mot breton n’est imprimé sans faute d’orthographe ; et le parti SAV, ex-“national breton”, devenu chapelle autogestionnaire sous la férule d’un pigiste béarnais. Mordrel signale aussi le gauchisme catholique du mouvement culturel Bleun Brug, où s’illustre le général de Bollardière. Et l’universalisme qui imprègne le vedettariat breton, dont le celtisme est un melting pot agité par la lutte des classes : « Le mot d’ordre de lutte des classes, souligne Mordrel, tombe à plat lorsque l’on voit armateurs, patrons de chalutier et équipages décider la grève en commun accord ».

Précision : « La fameuse analyse marxiste ne nous sert à rien en Bretagne pour expliquer la faiblesse des salaires, les réductions de personnel et la fermeture des entreprises. Les causes en sont d’abord et avant tout le sous-développement du pays, dont le responsable est l’État français et non spécifiquement le système capitaliste ; et ensuite, le gigantisme économique, qui condamne les petites entreprises en faveur des énormes concentrations, et qui n’a rien non plus de spécifiquement capitaliste puisqu’il se produit aussi bien dans les démocraties populaires… »

L’étude s’articule en deux parties, respectivement intitulées Hors des rails et Sur les rails. « Sur le plan breton, explique Mordrel, c’est la cristallisation d’une réaction générale contre le gauchissement connu ». Réaction nationale : au delà de la critique “éthologique” du gauchisme pseudo-breton, elle exprime son rejet en termes d’enracinement. « Nous avons senti bien souvent autour de nous la présence d’un vaste public d’aspirations bretonnes, qui refuse l’étrange sigle formé de la faucille et du marteau croisés sur un goupillon, et s’en tiennent obstinément aux emblèmes celtiques sans compromission comme le triskel et le noir-et-blanc national ».

Mordrel[

Ci-desseus : le drapeau breton porté par des militants gauchistes lors d’un rassemblement au Larzac. Ce drapeau, rappelle Olier Mordrel, a été dessiné par Morvan Marchal, qui fut le premier directeur de Breiz Atao. Un public ignorant le considère aujourd’hui comme le drapeau breton traditionnel]

C’est à ce public que s’adresse le livre, qui attaque les « supercheries intellectuelles » grâce auxquelles le gauchisme hexagonal a colonisé l’emsav. Mordrel parle aux jeunes des quatre départements et du pays nantais : à ceux qui dansent, chantent, jouent en breton, qui portent le triskel et arborent le gwenn-hadu, aux Parisiens forcés qui vont boire du chouchenn à La Ville de Guingamp pour parler de chez eux. Le nationalisme de ceux-là supporte mal la greffe freudo-marxiste. Sa vigueur n’a rien à voir avec les stéréotypes de la marginalité.

« Tant que les Bretons ne comprendront pas, proclame Mordrel, qu’ils sont occupés par les Byzantins en pleine déchéance, dont le pôle spirituel est Katmandou, et que sous peine de crever ils ne doivent leur emprunter quoi que ce soit de leurs idées, propagande et publicité, ils ne seront pas beaucoup plus que leurs singes et seront traités par eux comme ils le méritent ».

L’ancien cofondateur de Breiz Atao ne désarme pas. Il propose. Pour reconstruire l’emsav, jouer le jeu d’un mouvement national — qui ne se joue pas avec les cartes du gauchisme parisien. « Faire l’éducation nationaliste des jeunes ». Et tenter la création d’un parti réellement breton, sur la base d’une plate-forme minimale en cinq points. « La Bretagne n’est pas une nuance de l’hexagone — pose ce texte. C’est une très ancienne nation à laquelle son amoindrissement historique n’a retiré aucun de ses titres. Elle constitue par sa situation géopolitique, sa langue et sa culture, une communauté de destin ». Étranglée par le jacobinisme et par l’ère des « villes mondiales », elle veut un espace, défini comme une triple appartenance : « a) à la famille des peuples celtes qui relèvent de la même tradition ethnique et spirituelle qu’elle ; b) à l’Occident français et européen, dont elle a partagé la vie pendant plusieurs siècles et auquel des liens vitaux l’unissent ; c) à l’Europe confédérale de demain, qui seule pourra résoudre les problèmes à l’échelle mondiale qui l’assaillent, et qui seule assurera sa liberté comme nation à part entière ».

Olier Mordrel : La voie bretonne, éd. Nature et Bretagne, Quimper, 1975. Autre ouvrage d’Olier Mordrel : Breiz Atao, histoire et actualité du nationalisme breton, Alain Moreau éd.

Patrice Sicard, éléments n°12, 1975.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/58

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