Conseil de lecture.

La philosophe Chantal Delsol est de retour avec un très intéressant ouvrage :

Le dernier essai de Chantal Delsol ressemble à une longue complainte mais qui n’est pas de celles que l’on aurait lu sous la plume de Voltaire. La philosophe déploie une rhétorique de la déploration pour décrire la fin de « la chrétienté », qui n’est pas la fin du christianisme mais celle de son incarnation temporelle : une « marche à l’abîme », une « chute » où « tout se [défait] », tandis que « d’autres religions ont envahi la scène ».

A cette saturation terminologique s’ajoute la recherche d’un point de départ. Avec la promulgation de la loi sur l’IVG en 1975, suivie d’autres lois sociétales (mariage pour tous, PMA), nous vivrions, selon elle, les derniers soubresauts de la chrétienté. Mais cette fin n’est-elle pas bien antérieure. Ne remonte-t-elle pas plutôt à la Révolution dite française ou à l’avènement de la modernité philosophique ? Chantal Delsol sait bien tout cela et le reconnaît : « Après les prémisses du XVIIIsiècle, la période révolutionnaire fut ce qu’on peut appeler le début de la fin de la chrétienté. » Nous ne serions donc pas en train de vivre la « fin de la chrétienté », mais « la fin de la fin ». Soit.

L’analyse de la philosophe gagne en intérêt lorsqu’elle fait la généalogie historique des « inversions normatives » qui se sont succédé. La chrétienté, qui commence avec la conversion de l’empereur Constantin au IVe siècle, avait inversé les valeurs romaines. Divorce, avortement, suicide, homosexualité, autrefois admis, sont désormais interdits. Mais alors que la chrétienté avait inversé les normes païennes, la postmodernité inverse les normes de la chrétienté. Aujourd’hui, nous vivons « l’inversion de l’inversion », après seize siècles de chrétienté, soutient Chantal Delsol.

Ce changement de paradigme moral et ontologique indigne la catholique traditionaliste : « L’homosexualité était bannie et méprisée, elle est aujourd’hui non seulement justifiée, mais vantée. L’avortement, auparavant criminalisé, se voit légitimé et conseillé. La pédophilie, considérée auparavant comme un pis-aller qu’on supportait pour la sauvegarde des familles et des institutions, est aujourd’hui criminalisée. »

Nostalgique du syllabus de Pie IX (1864), elle regrette une institution religieuse forte qui ne cédait rien aux exigences de la modernité : « Que l’Eglise marche dans cette combine infernale montre à quel point elle est soumise aux circonstances. Elle a succombé, elle aussi, à la repentance imposée. » Indulgence envers les bourreaux et indifférence aux victimes qui se marient bien avec ses remises en cause : « humanitarisme », « repentance », « philanthropie pleurnicharde et victimaire »… 

Nous assistons en fait à une métamorphose. Le nouveau temps païen qui s’ouvre restaure les anciennes sagesses en même temps que les anciennes sauvageries. Le grand Pan est de retour.
L’ère chrétienne qui s’achève avait vécu sur le mode de la domination. Le christianisme doit inventer un autre mode d’existence. Celui du simple témoin. De l’agent secret de Dieu.

Et voici le lien qui vous permettra de l’entendre présenter son travail à l’antenne d’André Berkoff, sur Sud Radio :

La Fin de la chrétienté, de Chantal Delsol, Le Cerf, 176 pages, 16 euros

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2021/12/04/conseil-de-lecture-24/

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