Zemmour au JT : Comment mieux maîtriser les interviews malveillantes

Chronique de Paysan Savoyard (n° 261 – Décembre 2021)

Que pensez-vous de l’entrée d’Eric Zemmour en campagne officielle ?

Paysan Savoyard. Je trouve la déclaration de candidature très réussie. Elle est puissante. Elle est grave. Elle est solennelle, sans grandiloquence. Elle est poignante même, en sa fin. La référence à l’appel du 18 juin me paraît excellente. Comme en juin 40 la France est en danger de mort. Comme son illustre devancier, E. Zemmour appelle les Français à ne pas perdre espoir, à ne pas se résigner, à se dresser contre l’avenir funeste qui nous est promis si nous laissons les choses se dérouler. Le « Et surtout, vive la France » à la fin est jubilatoire.

On reproche à cette déclaration sa tonalité trop sombre…

P. Sav. Elle est sombre comme est sombre la période que nous vivons. Avec cette déclaration E. Zemmour prouve que, comme il l’avait promis, il n’affadira pas et ne travestira pas son discours. Il ne fera pas de concession à la vérité. Sa sincérité et son courage sont une fois de plus démontrés. Les Français patriotes disposent enfin d’un candidat capable de mobiliser ceux qui ont depuis longtemps perdu confiance, qui s’abstiennent ou qui faute de mieux votent pour la fausse droite. Nous avons enfin un candidat qui peut gagner.

Son interview au JT en revanche ne vous a pas convaincu…

P. Sav. Cette interview était importante parce que c’était la première fois qu’il pouvait s’adresser aux Français qui regardent TF1, c’est-à-dire les Français peu politisés, qui s’abstiennent ou qui votent à droite par tradition ou habitude. Cette interview est malheureusement ratée. Le point positif est qu’E. Zemmour n’a pas perdu ses moyens et est resté maître de lui, ce qui est décisif. Mais l’interview est tout de même ratée.

Pourquoi dites-vous cela ? Il a su trouver des réponses à l’avalanche de questions…

Sous le feu des questions, il a subi l’interview. Comme on pouvait s’y attendre, le journaliste cherchait à polariser l’interview sur des points mineurs ou polémiques, afin d’empêcher E. Zemmour de délivrer les messages auxquels il tenait : il y a réussi. E. Zemmour est resté en position défensive, s’efforçant de répondre aux questions dont on le bombardait. Il a été étouffé. Il n’a réussi à placer aucun des mots-clés qui structurent sa campagne : invasion, remplacement, disparition de la France, arrêt total de l’immigration, référendum avant l’été… Sa protestation en fin d’émission était celle d’un perdant.

Un jugement bien sévère…

P. SavQui bene amat bene castigat. Je sais bien que la critique est aisée et l’exercice très difficile, à la portée seulement de gens qui disposent d’une intelligence et d’un sang-froid exceptionnels. Ils sont très rares, je n’en suis pas, Eric Zemmour si. Tout n’est pas négatif dans cette émission : E. Zemmour a gardé la maîtrise de lui-même et c’est le point décisif. Mais les axes d’amélioration sautent aux yeux. 

Par exemple ?

P. Sav. E. Zemmour s’est trompé d’exercice. Il s’est comporté en débatteur, comme il le fait brillamment depuis des années. Il s’est efforcé de répondre, de façon argumentée, rationnelle, honnête, respectueuse des questions du journaliste, en ne voulant pas les fuir, en cherchant à convaincre. La posture du candidat ce n’est pas ça. L’objectif n’est pas de répondre honnêtement aux questions. Il est premièrement de présenter une personnalité crédible, qui fait montre d’autorité, ne se laisse pas dominer et garde la maîtrise d’elle-même en toute circonstance. Et deuxièmement de faire passer son message principal à l’aide de quelques formules bien senties.

Mais concrètement, ça peut se traduire comment ?

P. Sav. Dans ce type d’émissions il y a trois temps : la première prise de parole, le cœur de l’interview et la dernière prise de parole. La première prise de parole est décisive, car elle permet de prendre la main sur l’interview. Suite à la première question du journaliste de TF1, il aurait fallu faire d’emblée une déclaration courte, en parlant très lentement et de façon solennelle, sur le même ton que la déclaration de candidature : « Monsieur je vais répondre à votre question. Mais je voudrais d’abord expliquer aux Français qui m’écoutent ce soir les raisons de ma candidature. Je suis candidat parce que la France est envahie. Si l’invasion n’est pas arrêtée d’urgence, le peuple français va être remplacé. La France telle qu’elle est va disparaître. La civilisation européenne va disparaître. Je veux être président pour arrêter l’invasion ». Cette déclaration le journaliste n’aurait pas pu l’empêcher. Une fois cette déclaration faite, l’essentiel était acquis.

Et ensuite, comment faire face au bombardement de questions ?

P. Sav. Les questions du journaliste étaient toutes prévisibles : il était donc tout à fait possible de s’y préparer de façon plus efficace. E. Zemmour s’est trop souvent lancé dans des explications trop longues et filandreuses. Il a adopté une posture défensive, comme un joueur de fond de court qui, en réponse aux initiatives de l’adversaire, s’efforce de renvoyer la balle sans la sortir. Il faut au contraire garder la main, grâce à des réponses très courtes, des formules ramassées et percutantes soigneusement préparées à l’avance, toujours les mêmes, qui ramènent sur le terrain qu’on a choisi.

Vous pouvez prendre des exemples, en partant des questions qui ont été posées par le journaliste  ?

P. Sav. Par exemple à la question, que pensez-vous de la panthéonisation de Joséphine Baker, il suffisait de répondre : « C’était une patriote, qui a choisi la France, qui l’a aimée et servie. C’est ce que je veux faire. J’aime la France, je veux la servir et la sauver, grâce à l’appui des Français ».

Quel sera votre premier ministre ? « La question est prématurée. Le sujet aujourd’hui c’est le projet des candidats. Mon projet c’est d’arrêter l’invasion ».

Serez-vous le président de tous les Français, y compris des musulmans ? « Je serai président des immigrés qui veulent s’assimiler. Ceux-là je leur dis bienvenue. Je ne serai pas le président de ceux qui veulent continuer à vivre comme chez eux. Je ne serai pas le président de ceux qui nous haïssent. Je ne serai pas le président de  ceux qui veulent nous remplacer ».

Peut-on confier la présidence à quelqu’un qui fait un doigt d’honneur ? « Ce n’était pas très délicat je le concède. Mais la France est en danger de mort. Nous n’avons pas besoin d’un président délicat. Nous avons besoin d’un président qui sauve la France, avec l’appui des Français ».

Ce doigt d’honneur n’est-il pas le signe d’un manque de sang-froid ? « Je dispose de tout le sang-froid et de toute la détermination nécessaires pour arrêter l’invasion, avec l’appui des Français ».

Vous évoquiez également la fin de l’interview ?

P. Sav. Oui, c’est le moment le plus important après celui de la première prise de parole. Quelle que soit la dernière question posée par le journaliste, il faut répondre par une formule soigneusement pesée à l’avance. Là encore le journaliste ne peut pas s’y opposer. Par exemple : «  La France est en danger de mort. Les Français le savent bien puisque la majorité d’entre eux se disent, en public ou en privé, qu’ils ne se sentent plus chez eux. Si je suis élu je ferai un référendum avant l’été pour demander aux Français d’approuver le projet de loi qui permettra d’arrêter l’invasion. Je demande aux Français de se mobiliser, de m’appuyer, de m’apporter leur soutien, de se dresser. Je leur demande de ne pas avoir peur ».

Après l’interview, E. Zemmour a mis en cause le comportement du journaliste de TF1, qu’en pensez-vous ?

P. Sav. C’est une erreur. S’il voulait mettre en cause le journaliste, il fallait le faire au cours de l’émission, en direct, face-à-face. Dénoncer le deux-poids-deux-mesures : agressivité face à lui, complaisance et servilité devant les autres candidats. Les journalistes forment une corporation détestée de la plupart des Français : un tel affrontement en direct ne lui aurait pas nui. Cela confirme qu’E. Zemmour a subi l’interview. C’était au cours de l’interview qu’il fallait s’imposer.

Vous pensez que cet échec va laisser des traces ?

P. Sav. Non, non, pas du tout. Eric Zemmour n’a pas gagné de points mais il n’a pas perdu son calme et n’en a donc probablement pas perdu non plus. Ce n’est pas grave, nous n’en sommes qu’au début de la campagne et il y aura d’autres occasions. Cet échec à la première interview permettra de rectifier le tir pour les autres. Mais il faut impérativement qu’il en tire la leçon.

Merci Paysan Savoyard. A bientôt.

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