Huit profils anti-Zemmour 2/2

  • Les sceptiques

Les sceptiques sont en quelque sorte l’antithèse de la catégorie des naïfs. A l’opposé des naïfs, ils mettent en doute par principe tout ce que racontent les autorités. Le plus souvent, les sceptiques ne sont pas des jeunes et ils ont l’expérience des campagnes électorales assorties des promesses qui ne seront jamais tenues. Ils ont pu voter dans le passé à gauche ou à droite et constater qu’en réalité les politiques suivies étaient finalement les mêmes. Les sceptiques s’abstiennent massivement : rappelons qu’en 2017, 16 millions de personnes, soit plus du tiers des inscrits, se sont abstenus ou ont voté blanc ou nul. Certains ne sont plus inscrits sur les listes électorales. Leur phrase fétiche vaut pour tous les politiciens qui se présentent : « De toute façon il ne fera pas ce qu’il dit ; et même s’il essaye, il n’y arrivera pas ». 

E. Zemmour devra trouver les mots pour s’adresser à ces sceptiques abstentionnistes. En leur montrant que son programme est applicable (voir cette chronique). En leur faisant prendre conscience qu’avec lui, cette fois, c’est un candidat d’un autre type qui se présente et qui, à la différence de tous les autres depuis cinquante ans, place sa candidature au service de l’identité et de la pérennité de la France. En montrant à ces sceptiques, s’ils s’abstiennent, qu’ils porteront une responsabilité personnelle dans la suite des événements. En leur disant que l’élection repose en grande partie sur eux. En leur demandant leur soutien.

  • Les aveugles volontaires

Les aveugles volontaires sont ces Français, souvent de gauche, qui professent des idées antiracistes, sans-frontiéristes et pacifistes depuis qu’ils ont l’âge de raison, mais qui pourtant ont pris conscience plus ou moins clairement, ces dernières années, de ce que l’immigration était une catastrophe et un danger mortel. Au contact de l’immigration, certains ont pu être victimes, dans le cadre de leur travail ou au hasard d’une rue, d’une insulte, d’une humiliation, d’une pression de regard, d’une embrouille ou même de coups. 

Cependant cette prise de conscience ne les conduit pas pour autant à changer officiellement d’avis, dans leur expression publique et privée pas plus que dans leur vote. Pourquoi ? Parce que reconnaître que leur antiracisme et leur sans-frontiérisme constituaient des fausses pistes est pour eux impossible. Le faire les conduirait en effet à perdre leurs amis, à perdre leurs relations, à perdre leur statut dans leur milieu social. Cela les contraindrait à changer l’image qu’ils ont d’eux-mêmes : ils se croyaient pacifistes et antiracistes et il leur faudrait admettre qu’ils sont désormais ni plus ni moins que des lepénistes. Cela les amènerait en quelque sorte à changer d’identité. De tels bouleversements sont pour eux inenvisageables. 

C’est pourquoi ces Français tentés par l’apostasie installent, pour se protéger, un système d’aveuglement volontaire. Pour éviter d’avoir à s’avouer qu’ils se mentent à eux-mêmes, ils s’arrangent pour se tenir à l’écart des informations gênantes. Ils insistent sur les défauts et faiblesses des candidats populistes, Trump, Le Pen et aujourd’hui Zemmour. Ils se mobilisent et s’échauffent à propos des inégalités. Ils  redoublent d’ardeur pour lutter contre le changement climatique, qu’ils présentent comme le danger absolu de notre temps. Tout cela sonne un peu faux et ils le savent. Mais ils se cramponnent à leur identité de gauche, afin de ne pas se mettre en danger psychologiquement et socialement.

Il est possible de décider certains de ces aveugles volontaires à finalement voter Zemmour. Là encore, Zemmour devra trouver les mots. Il ne faut évidemment pas les dénoncer, les culpabiliser, ni leur demander de se renier publiquement, mais au contraire leur dire que leurs réticences et leurs doutes sont tout à fait compréhensibles et louables. Leur dire qu’ils vont avoir une occasion unique, dans le secret des urnes, de corriger leurs erreurs. Leur dire que leur rôle peut être décisif pour sauver la civilisation qui les a fait être ce qu’ils sont.

  • Les calculateurs

Les calculateurs sont eux-aussi conscients de la catastrophe que constitue l’immigration et eux-aussi se refusent à l’avouer et à voter en faveur d’un candidat anti-immigration. Mais leur motivation est différente de celle des aveugles volontaires, qui sont plutôt de gauche alors que les calculateurs sont eux plutôt de droite : s’ils se refusent à voter en faveur d’un candidat se proposant d’arrêter l’immigration, c’est en raison d’un calcul, fondé sur leur intérêt personnel. Ils pensent que l’arrivée d’E. Zemmour au pouvoir déclencherait l’affrontement et le chaos. Or les calculateurs ont un certain âge. Ils sont aisés. Ils font le calcul que la dégradation de la situation, dont ils ont parfaitement conscience, ne sera pas suffisamment rapide pour les atteindre personnellement trop directement pendant les deux ou trois décennies qui leur restent à vivre. Ils savent que la situation va continuer à se dégrader mais ils estiment que leur sécurité personnelle et la possibilité de jouir de leurs revenus, de leur pension de retraite ou de leurs biens immobiliers ne devraient pas être mis en cause avant un certain temps. Ces calculateurs savent pertinemment que tout cela va se terminer le moment venu par la catastrophe. Mais ils veulent la repousser le plus tard possible et misent sur un certain statu quo. Le maître-mot de ces calculateurs : “Après moi le déluge”.

Il est possible de conduire certains de ces calculateurs à voter Zemmour. Non pas en faisant appel à leur patriotisme ou à l’intérêt des générations futures : les calculateurs sont des cyniques et des égoïstes et un appel de ce type serait inopérant. Il est possible de les faire bouger en leur montrant que leur calcul est faux et que la situation est en train de se dégrader beaucoup plus vite qu’ils ne le croient. Il faut leur mettre sous le nez les faits qui montrent que le rythme de la dégradation est exponentiel et qu’eux-mêmes sont menacés à brève échéance, contrairement à ce qu’ils croient. 

  • Les résignés 

La dernière catégorie, celle des résignés, est proche de la catégorie précédente. Ils sont eux-aussi tout à fait conscients de la catastrophe. Ils se disent eux-aussi que l’arrivée d’un président comme Zemmour déclencherait la guerre. Mais ils sont encore plus pessimistes que les calculateurs : ils savent, à la différence de ces derniers, que le rythme de la dégradation est effrayant. Les résignés sont parfaitement lucides. Ils sont désespérés. Ils pensent que tout est fichu. La seule chose à laquelle ils veulent s’accrocher est d’éviter le chaos et la guerre. Leur mantra : “Ne pas mettre de l’huile sur le feu”.

Là encore, il est possible de convaincre une partie des résignés. L’arrivée de Zemmour ne pourra déclencher la guerre, puisqu’elle est déjà là. Au contraire, l’Etat, s’il en a la volonté, dispose de toute la puissance nécessaire pour maîtriser la situation, non seulement pour ne pas aggraver la guerre en cours mais au contraire pour y mettre fin, en arrêtant l’invasion et en reprenant le contrôle des zones qui ont échappé aux autorités (voir cette chronique). Vis-à-vis des résignés le mot d’ordre s’impose de lui-même : “N’ayez pas peur”.

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Cet essai de typologie montre à quel point, sur le sujet majeur de son identité et de son avenir, la société française est profondément divisée, divisée contre elle-même. C’est ce qui est en train de la perdre.  

Comme nous l’avons vu, les satisfaits, les idéalistes, les naïfs et les losers sont inaccessibles aux arguments de Zemmour. Les quatre autres catégories en revanche peuvent bouger en partie. A condition de développer en fonction de chacune d’elles une attitude et un argumentaire adaptés et efficaces : nous venons de donner quelques pistes.

Voir également ces chroniques :

Eric Zemmour, une candidature jubilatoire

Les quatre conditions de la victoire de Zemmour

Pourquoi Zemmour peut battre Macron

https://leblogdepaysansavoyard.wordpress.com/

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