Lever de rideau d’une campagne

On peut situer à la semaine écoulée le véritable lancement, la première manche, ou mieux encore le lever de rideau de la double campagne qui se déroulera en 2022 en vue de l’élection présidentielle, suivie des législatives.

L’Association des maires de France tenait en effet son 103e congrès et cette très ancienne structure prend le pouls de l’une des réalités essentielles de notre pays. Elle représente tout le poids des 35 000 communes d’un pays millénaire. Gandhi, qui parcourait tout son pays, aimait à interpeller ainsi ceux qui le critiquaient : « que connaissez-vous de l’Inde ? L’Inde ce sont 600 000 villages ! »

Pour succéder au maire de Troyes et au bureau sortant, l’AMF devait opérer un choix entre : d’une part, une liste éclectique, conformément à la tradition, conduite par un maire de droite, David Lisnard secondé par l’inusable maire socialiste d’Issoudun André Laignel ; et, d’autre part, l’homme des Macroniens, étiqueté centriste, Philippe Laurent. Celui-ci se présente comme un « professionnel du conseil en organisation et en finances publiques ». Il administre la municipalité de Sceaux depuis 20 ans, et il occupait les fonctions de secrétaire général de l’organisation.

Ce choix très clair dans l’esprit des congressistes a été tranché en faveur du pays réel par 62 % des mandants.

Très mal vu de l’Élysée, le nouveau président des Maires de France, David Lisnard incarne ainsi la résistance aux diktats bureaucratiques, l’opposition du pays réel face au parti du pays légal. Cette dernière phalange est composée de deux strates : la première rassemble ceux des élus locaux, toujours à la recherche de subventions nouvelles, venus du pouvoir central et préfectoral ; la seconde met en vedette quelques ambitieux maires de grandes en quête de portefeuilles ministériels, que l’on dit par conséquent compatibles avec le président sortant.

Depuis l’annonce des candidatures de gauche, d’Anne Hidalgo et de Yannick Jadot, et la mise en place du système de départage au sein des Républicains difficile désormais de ne pas envisager toute la vie politique de l’Hexagone dans cette perspective. Et ceci va se reporter aussi sur la plupart des débats.

Ce 15 novembre au matin le quotidien de référence Le Monde, titrait par ailleurs en vedette sur son site, à propos d’un aspect qui pourrait presque paraître marginal de la bataille, mais qui reflète bien lui aussi la situation de la France. La grande question lui semble que le parti macronien LRM est parti en quête de 5 millions d’euros pour la campagne de son candidat préféré. Citons ici les deux rédacteurs, petits marquis de l’intellocratie, Olivier Faye et Elsa Conesa qui écrivent : « Le chef de l’État a beau tarder à déclarer sa candidature, son parti s’est déjà lancé dans la chasse aux dons. Pour compléter son budget, il cible à la fois petits contributeurs et grands mécènes. Mais ces derniers se montrent plus réticents qu’en 2017. »

Tiens donc. Le gros argent ferait-il soudain faux bond au président sortant ? Les grands intérêts financiers, les dynasties bourgeoises qu’observait, tel un entomologiste, feu Beau de Loménie, les « grands habiles » du centre gauche dont ce grand historien dénonçait la démarche rampante au cours des deux siècles écoulés depuis la révolution, auraient-ils, dès maintenant, intériorisé les méfaits de celui qui fut pourtant leur poulain au sortir de la désastreuse présidence Hollande ? Tout porte à le croire.

À observer les déplacements en pagaille de l’intéressé, ses annonces de programmes démagogiques, ses revirements constants depuis 5 ans, chacun peut savoir que sa campagne, quoique non encore déclarée, et par conséquent non encore comptabilisée par les instances officielles, a bel et bien démarré, en fait, elle aussi, depuis plusieurs semaines.

Or, l’affaissement de son parti pose à l’évidence problème. Triomphateur des législatives de 2017, il disposait au départ de la législature, d’une majorité écrasante, arrogante. Depuis le soufflé est retombé, comme aplati. De défection en défection, voilà le pouvoir exécutif réduit à ne faire voter que de façon artificielle des textes administratifs poussifs et des motions nègres blancs. Certes on procède toujours de manière autoritaire, on balaye toutes les objections du Sénat, on récuse le moindre amendement, on refuse d’entendre le plus inoffensif rappel au bon sens, bref, on reste dans la technocratie et le caporalisme qu’incarnent si bien le grotesque Castex ou l’insupportable porte-parole Attal.

Mais précisément tout cela plombera la vraie campagne de réélection quand elle se déclarera.

Or, il semblerait qu’en face, si j’en crois la révélatrice deuxième confrontation, organisée ce 14 novembre sur BFM-TV, la droite classique, au contraire, travaille à l’alternance.

Cette émission, certes un peu longue, était probablement prévue pour fonctionner comme un guet-apens. Les artisans de l’opération, Maxime Switek et Apolline de Malherbe, cette dernière plus urticante encore que d’habitude, avaient voulu multiplier les chausse-trapes. Ils voulaient manifestement diviser les 5 postulants, les opposer sur des questions pièges. Or, tous, y compris Xavier Bertrand, lui-même pourtant parti en franc-tireur, appelaient à l’unité de “l’équipe de France de la droite républicaine”. Et le plus présidentiel, et accessoirement l’aîné des cinq, rappelait ce concept, sans d’ailleurs s’attarder sur l’étiquetage républicain, ni sans se trouver vraiment contredit par ses coéquipiers, concurrents d’un soir et néanmoins amis.

La troisième émission-débat se déroulait au soir du 21 novembre sur CNews. Les deux aimables journalistes de la chaîne se montraient beaucoup moins acharnées que leurs confrères de BFM-TV la semaine précédente à faire apparaître des contradictions véritables et grave parmi les cinq concurrents. Ce débat lui-même faisait suite à la réunion, la veille 20 novembre, d’une instance interne du parti LR, le conseil national. Au sein de cette instance, si l’on en croit l’orateur lui-même, le discours d’Éric Ciotti avait été le plus applaudi. Mais son intervention à la fois ardente, nationaliste, et fidèle à la double tradition gaulliste et bonapartiste dont il se réclame sans réserves, exactement comme Zemmour, ne doit pas être considérée comme nécessairement représentative des aspirations des 148 000 cotisants, dont la moitié vient d’adhérer ou réadhérer à leur parti. Car c’est ce collège, mal connu des instituts de sondages, qui tranchera.

Le débat entre les postulants, très courtois sur la forme, couramment amical et convergent, et d’ailleurs plutôt riche sur le fond, confirmait l’annonce fort claire du dimanche précédent : celle d’une volonté d’union entre les participants quel que soit le porte-drapeau qui sera choisi. Michel Barnier l’a explicité au nom de tous : le président, conformément à la constitution écrite, mais au contraire de l’actuelle pratique solitaire du pouvoir devra présider, cependant que le Premier ministre conduira le gouvernement.

Reste évidemment de nombreuses inconnues. Par exemple, la droite dite « hors les murs » sera-t-elle représentée par un ou deux compétiteurs ? Seront-ils comme par le passé coupés de toute alliance avec des hommes politiques de la droite « de gouvernement » désormais décidés à radicaliser leur discours et à le mettre en œuvre ? Ce dernier point demeure évidemment crucial, et il s’éclaircira sans doute dans les semaines à venir.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

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