L’Existentialisme

En France ce courant philosophique a été quasiment totalement lié à la personne de Sartre, même si ce dernier s’est inspiré de différents penseurs comme Kierkegaard, Hegel, Husserl, Heidegger… Le livre référence fut l’Être et le Néant mais Sartre développa aussi sa pensée dans la Critique de la raison dialectique. L’Existentialisme connut tous les excès puisque pour certaines femmes il suffisait de s’habiller en bohémienne et fréquenter certains cafés de Saint-Germain des Prés pour se définir comme existentialistes. Ce courant de pensée fut donc aussi une mode d’après guerre. Qui dit mode dit aussi moment passager et il est vrai que maintenant la philosophie dite « sérieuse » se situe plutôt entre ce qu’on appelle la « continentale » (phénoménologie) et l’analytique. En plus du questionnement sur l’éthique existe aussi une philosophie des sciences.

Le questionnement sur l’existence, l’intériorité de l’homme a eu ses précédents avec des écrivains-philosophes comme Montaigne et Pascal avant Kierkegaard. La grande question de l’homme est l’existence et non un savoir académique dit objectif, le savoir des professeurs. Sartre postulera : « l’existence précède l’essence ». Cette formule est à l’opposé de tous les déterminismes religieux comme la prédestination, biologiques puisque pour certains biologistes nous sommes nos gènes, ou sociaux. Un sociologue comme Bourdieu considéra qu’on ne peut sortir de nos classes sociales originaires. Il n’existerait que de la reproduction sociale. La thèse de Sartre est donc quasiment un acte de foi même si ce dernier n’aimait sans doute guère cette expression. Il a aussi existé un existentialisme religieux comme celui de Gabriel Marcel à côté de celui de Sartre.

Sartre :

Il est difficile de parler de Sartre même des années après sa mort tant il a suscité les passions donc aussi les haines, ceci étant lié à son dévergondage politique. Il reste un grand écrivain au style très classique des romanciers XIXème siècle comme on peut le découvrir dans les chemins de la liberté. Il fut aussi un Narcisse de sa laideur physique qu’il portait comme un étendard. Son aura et sa légitimité intellectuelle, qui a tout écrasé sous lui du temps de son vivant, étaient fondées sur les milliers et milliers de pages qu’il a noircies sous l’effet des dopants. Il n’y a pas que les sportifs qui se dopent.

II a été considéré comme le pape de l’existentialisme avec quelques phrases-choc qui sont passées chez le public cultivé et même au delà « nous sommes condamnés à la liberté ». Sartre postulait la liberté comme il a beaucoup affirmé, ses affirmations passant pour « la » vérité de l’époque. Beaucoup de lecteurs se sont familiarisés avec la notion de l’en-soi et du pour-soi notions toutes hégéliennes qu’il a transformées, l’en-soi étant du domaine du réalisme, le pour-soi de l’idéalisme.

Une des grandes idées de Sartre est que nos actes nous fondent. Nous sommes nos actes. De là résulte notre responsabilité liée d’ailleurs à la liberté inhérente à notre existence selon lui. Sartre a voulu relier l’existentialisme au marxisme.

Dans la Critique de la raison dialectique il essaie de faire cette synthèse a priori contradictoire puisque notre existence et notre subjectivité sont en dehors de toute théorisation et de toute pensée englobante. Sartre est entré en marxisme comme d’autres en religion. « Le marxisme est l’horizon indispensable de notre temps ». Il justifiera même la violence pour se libérer de notre servitude.

Au delà des provocations et outrances, nous avons à faire à un esprit brillant dans la lignée de Voltaire comme le système éducatif français de l’époque, très élitiste en fabriquait à Normale Sup rue d’Ulm à la différence d’Outre Rhin où l’on privilégie la profondeur.

Kierkegaard

Le philosophe danois est avant tout un penseur religieux. Sa problématique est donc la foi, mais il fut avant tout un précurseur de l’existentialisme.

Au delà de l’aspect religieux de nombreuses réflexions sur l’existence ont amené plusieurs catégories nouvelles.

L’ennemi de Kierkegaard au départ est Hegel et son système de l’Histoire. Le philosophe réintroduit le subjectif, le seul qui a de la valeur face à la soi-disant objectivité du savoir abstrait ou théorique. L’analyse de l’angoisse sera reprise par Heidegger. L’angoisse vient du péché au départ pour Kierkegaard. Cette angoisse de l’existence ne peut être analysée dans aucune « Science ».

L’angoisse nous construit, elle fait saisir tous les possibles. Elle donne le vertige de la liberté. Le savoir abstrait, théorique du professeur a fait oublier à l’homme ce que veut dire exister. Semblable à Pascal qui redécouvre le cœur chez l’homme, le philosophe analyse l’intériorité. Kierkegaard valorisera la passion, sentiment de l’être qui existe. Le penseur doit être passionné, pour que tout devienne plus intense. Kierkegaard apposera l’Unique à l’universel de Hegel.

La foule ne peut être que négative face à la grandeur du solitaire : « l’homme spirituel se sépare de nous autres hommes parce qu’il peut supporter l’isolement ».

On retrouve les accents du livre de Schopenhauer « Aphorismes sur la sagesse dans la vie » où la solitude est célébrée. Le bavardage perd les humains. La déchéance dans le bavardage sera un thème heideggérien.

Heidegger

Le philosophe de Fribourg a repris la phénoménologie là où Husserl s’est arrêté. Après les critiques de l’objectivité et de la Science faites par son prédécesseur Heidegger construit son analyse existentiale.

II ne se revendiquait pas comme existentialiste. Il a inspiré Sartre et a lui-même repris des thèmes de Kierkegaard. Ce fut un créateur de philosophie.

Ses néologismes font partie maintenant de la philosophie.

Les modes d’être de l’homme sont appelés « existentiaux ». L’homme est être-au-monde. Le Dasein heideggérien signifie être là ou existence en allemand.

Les choses du monde sont en rapport avec nous comme instruments.

Heidegger réintroduit la situation affective de l’être-jeté ce qui le différencie de la vision scientifique du monde. Cela le distingue aussi de la raison kantienne.

On retrouve la subjectivité kierkegaardienne.

Le monde apparaît selon notre disposition : la joie, la peur, la tristesse, l’ennui… Il n’y a de sujet pur néo-kantien, mais un être-là possédant une historicité.

L’être-jeté connaît aussi la déchéance dans le bavardage, la dictature du « on ». il est donc inauthentique.

L’inauthenticité est originaire à notre existence.

L’être là devient authentique lorsqu’il s’approprie soi-même. Heidegger fera aussi des analyses très fines dans « Sein und Zeit » sur le souci, l’angoisse, la mort qui nous sortent de la quotidienneté et font jaillir l’authenticité et tous nos possibles.

Conclusion

L’existentialisme est un courant de pensée lié à Sartre même si l’on peut considérer Kierkegaard comme un précurseur.

L’homme se construit par ses actes. Il est donc responsable de son essence et donc de tout devant tous.

« Si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est » (Sartre).

Philosophie et politique ne font plus qu’un.

Cet existentialisme athée a sa cohérence puisqu’il faut rejeter selon lui un être supérieur appelé Dieu qui aurait déjà défini notre essence.

En fin de compte Sartre a crée sa théologie en négativité en inversant Luther.

PATRICE GROS-SUAUDEAU

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