Peut-on nier encore que l’UE est une association de malfaiteurs criminels ?

Ou, en d’autres termes, une expertise peut-elle être scientifique si la science n’y a pas sa place ?

C’est l’épineuse question posée par l’association Générations futures à propos de l’expertise préliminaire européenne sur le glyphosate, qui doit permettre la réautorisation en Europe de l’herbicide controversé (soupçonné d’être cancérogène et un grave perturbateur endocrinien), fin 2022. Dans une analyse rendue publique mardi 16 novembre, l’association antipesticide estime et chiffre, pour la première fois, la non-prise en compte de l’écrasante majorité des études universitaires récentes par le rapport préliminaire européen (RAR, pour « Renewal Assessment Report »), préparé par les agences réglementaires néerlandaise, hongroise, française et suédoise (ne manquez pas, sur le sujet, de relire ce que nous écrivions déjà il y a presque trois ans : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/01/18/lunion-europeenne-est-bien-une-association-de-malfaiteurs/).

Selon l’analyse bibliométrique conduite par l’association, seules 3 % des 7 188 études publiées dans les revues scientifiques internationales sur le glyphosate au cours des dix dernières années ont, en effet, été jugées « pertinentes » et « pouvant être utiles pour l’évaluation » de la substance. Parmi celles-ci, seule une petite fraction – 0,4 % de l’ensemble – est jugée « fiable ». Au total, c’est ainsi plus de 99 % de la littérature savante produite au cours de la dernière décennie sur la toxicité, l’écotoxicité ou les propriétés de perturbation endocrinienne (capacité à interférer avec le système hormonal) du pesticide de synthèse le plus utilisé au monde qui est jugé non pertinente ou non fiable par le RAR.

A l’inverse, note l’association, les études conduites par les fabricants bénéficient d’une plus grande mansuétude et finissent par fonder l’essentiel de l’expertise européenne. Pourtant, l’association relève des « défauts majeurs » dans la plupart de ces tests réglementaires, qui ont pourtant été considérés comme fiables par les évaluateurs européens.

Le rapport de l’association éclaire une controverse qui dure depuis plus de cinq ans. En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), la principale autorité de classification des agents cancérogènes, classait le glyphosate comme « cancérogène probable pour l’homme ». Une position diamétralement opposée à celle des agences réglementaires européennes et américaine : considéré comme non cancérogène, le glyphosate a été réautorisé en 2017, pour cinq ans, sur le territoire de l’Union européenne.

Quatre ans plus tard, les résultats de la nouvelle expertise européenne sont identiques. Selon les conclusions du RAR, communiquées en juin, le glyphosate ne serait ni cancérogène, ni mutagène, ni reprotoxique, ni perturbateur endocrinien. Au même moment, l’expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) faisait valoir une opinion différente, concluant notamment à une « présomption moyenne » d’un lien entre exposition professionnelle au glyphosate et survenue d’un lymphome non hodgkinien, un type de cancer du système lymphatique.

Pourquoi de telles divergences de vue ? Le rapport de Générations futures l’explique par la non-prise en compte, par les experts européens, des études universitaires et académiques publiées dans la littérature savante. Sur les 1 550 études sur la toxicité du glyphosate publiées dans la littérature scientifique au cours des dix dernières années et identifiées par l’association, seules 11 ont été jugées fiables par le RAR. Sur les 1 614 études d’écotoxicité identifiées, là encore 11 études ont été jugées fiables. Le taux est plus faible encore pour les effets de perturbation endocrinienne : sur 4 024 études publiées, seules 8 sont jugées fiables par le RAR.

Sur quels critères objectifs l’essentiel de la science publiée sur le glyphosate est-il considéré comme non pertinent ou non fiable ? « Le fait de ne sélectionner que des études faites sur une “espèce pertinente pour la toxicologie des mammifères” [selon la réglementation] revient à exclure toutes les études réalisées sur d’autres organismes, en particulier aquatique », explique l’association dans son rapport. Or, les laboratoires universitaires utilisent de plus en plus le poisson zèbre comme modèle animal pour étudier les effets possibles de certains produits sur l’homme : tous ces travaux sont a priori rejetés par l’expertise. De même, proteste l’organisation, « les études mécanistiques portant sur les effets du glyphosate au niveau cellulaire et moléculaire ont été rejetées, car [selon les règles appliquées par les agences réglementaires] elles “ne peuvent pas être liées à l’évaluation du risque” ».

D’autres travaux universitaires sont également rejetés parce qu’ils ont été réalisés dans un contexte non européen. « Les études réalisées en Asie ou en Amérique du Sud sont rejetées dès la lecture du résumé, car les conditions [expérimentales] ne seraient pas comparables à celles de l’Europe, lit-on dans le rapport. Cela équivaut à dire que l’on prend en considération des aspects relevant de l’exposition pour évaluer un danger, ce qui est contraire à tous les principes d’évaluation des dangers et des risques. »

Les études fournies par les fabricants de pesticides à l’appui de la demande de réautorisation du glyphosate sont-elles soumises à la même sévérité ? La toxicologue Pauline Cervan, principal auteur du rapport de Générations futures, s’est spécifiquement intéressée à une catégorie spécifique de tests (dits « du micronoyau ») destinés à identifier les propriétés génotoxiques d’une substance. Quatorze études de ce type ont été soumises par les industriels aux autorités réglementaires, qui en ont exclu quatre, jugées inacceptables.

Quid des dix restantes, considérées comme valables dans le RAR ? « Toutes ces études présentent des défauts majeurs qui auraient dû conduire les autorités à les considérer avec réserve », dit Mme Cervan. Selon la toxicologue, ancienne préparatrice de dossiers réglementaires pour l’industrie chimique, aucune de ces études n’est conforme aux recommandations actuelles de l’Organisation européenne de coopération et de développement économiques qu’elles sont censées respecter : nombre de cellules analysées insuffisant, absence de démonstration que la substance évaluée a atteint le tissu cible (la moelle osseuse), absence des données historiques du laboratoire ayant conduit les tests.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui supervise l’expertise européenne, fait certes valoir que le RAR n’est pour l’heure que préliminaire, et ouvert aux commentaires dans le cadre d’une consultation publique qui s’achève le 22 novembre. « Nous encourageons [Générations futures] à soumettre son rapport à l’EFSA et à l’ECHA [Agence européenne des produits chimiques] afin que les Etats membres rapporteurs responsables du RAR puissent examiner les points spécifiques soulevés », dit-on à l’EFSA. « Bien sûr, une consultation publique a été ouverte et nous allons soumettre nos commentaires, mais le processus n’est pas équitable pour la société civile, dit Pauline Cervan. Le RAR fait plusieurs milliers de pages et la consultation ne dure que deux mois. Pour les ONG, le travail critique à accomplir ne peut être fait de manière exhaustive aussi vite ! »

Il est clair que le lobby de l’industrie chimique est une fois encore à l’oeuvre auprès de l’UE, qui n’est sensible qu’à ses arguments sonnants et trébuchants, et se soucie comme d’une guigne de la santé des citoyens européens.

Le « Grand Remplacement » se chargera de renouveler la population décimée du continent !…

Le 19 novembre 2021. Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/

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