Pour l’élection présidentielle de 2022, Emmanuel Macron choisit son terrain :

Ce ne sera pas la France dont il se soucie comme d’une guigne mais… l’Union européenne qui, pour nous, n’est rien d’autre qu’une calamité !

Et pourtant, ce choix repose déjà sur une imposture, la vraie-fausse présidence de l’union par la France à partir du 1er janvier 2022. Car de quoi s’agit-il ?

Le président français qui , dans son discours aux Français du mardi 9 novembre 2021, devait faire le point sur la situation sanitaire de notre pays, a en réalité surtout a mis en avant la future « présidence française de l’Union européenne« , du 1er janvier 2022 au 1er juillet de la même année. Affirmant qu’il souhaite une entente européenne pour apporter un relais et une force de frappe à trois objectifs affichés : mieux protéger nos frontières​, mieux réguler les géants du numérique​, bâtir une stratégie crédible de réduction de nos émissions de CO2​.

Mais la France va-t-elle vraiment « présider » l’Europe ?

Non, bien sûr, Emmanuel Macron ne va pas devenir le président de l’Union européenne pendant six mois. Il y a déjà deux présidences reconnues, celles du Conseil européen (regroupant les chefs d’États et de gouvernements) et de la Commission européenne (l’exécutif européen). Ces postes sont actuellement occupés respectivement par Charles Michel et Ursula von der Leyen, les deux s’étant d’ailleurs pris les pieds dans le tapis de questions protocolaires lors de l’affaire du « Sofagate », en avril 2021 :

Parmi les institutions européennes qui représentent les intérêts des États membres, en plus du Conseil européen, il y a le Conseil des ministres de l’UE, aussi nommé abusivement Conseil de l’UE. C’est cette institution que la France va présider​. Une institution au sein de laquelle se valident les décisions européennes. Mais à l’instar d’un président d’une assemblée, ce n’est pas lui qui décide à la place des autres.

Comme Nicolas Sarkozy en 2008, le président français utilise l’ambiguïté dans le titre de la présidence, on utilise bien le terme de PFUE ​(présidence française de l’Union européenne) plutôt que celui de PFCUE (présidence française du Conseil de l’Union européenne) pour se montrer à son avantage.

On nous dit pourtant que le grand intérêt d’une présidence tournante est de pouvoir influer sur l’agenda des décisions qui vont être prises dans le Conseil des ministres de l’UE. Le gouvernement français voudrait ainsi aboutir sur la question d’un Smic européen. Mais la présidence suit aussi les dossiers qui sont déjà lancés par la Commission européenne., ce qui réduit sa voilure…

Si un dossier semble plus ou moins important à une présidence, elle peut accélérer les discussions dessus ou les ralentir. Autre avantage, elle organise sur son territoire plusieurs événements pour donner plus d’importance à certaines thématiques. ainsi, le Premier ministre slovène, Janez Jansa, a profité du début de sa présidence en juillet 2021 pour s’afficher… dans une randonnée avec des dirigeants européens et montrer ainsi qu’il n’était pas aussi rejeté par ses partenaires européens que ce que son opposition le prétendait ! La belle affaire.

Le Breton Jean-Yves Le Drian a annoncé qu’un sommet des ministres européens de la défense aura lieu à Brest, en Janvier r (mais déjà mis en avant par Ursula von der Leyen elle-même), tandis que la Ligérienne Roselyne Bachelot va organiser un évènement européen à Angers sur la culture, en mars. La belle affaire encore. Car… aucune réunion d’importance n’est prévue sur la Côte d’Opale, par exemple à Calais, pour décider de mesures drastiques contre les hordes migrantes !

Mais c’est également l’occasion paraît-il pendant six mois pour un gouvernement de montrer que l’UE est importante pour ses habitants. Suivant les présidences, le budget varie fortement suivant les États membres. Alors que les Scandinaves font souvent dans la frugalité, les présidences françaises deviennent l’occasion de dépenser beaucoup pour montrer que la France est un grand pays dans le concert européen…

Sur quoi Emmanuel Macron prévoit-il d’insister dans l’agenda européen ?

La France a annoncé qu’il y aura trois mots-clés durant cette présidence : relance, puissance et appartenance. Trois thèmes qui riment avec… NUISANCE.

La relance, en raison de la sortie de la crise économique liée à la pandémie de Covid-19. La puissance, vielle marotte française qui n’est pas forcément partagée par ses partenaires européens, en réaffirmant la souveraineté de l’Europe et sa place sur la scène internationale, notamment dans les conflits commerciaux qui l’opposent à la Chine. Quant à l’appartenance, on se demande de quoi il s’agit puisque l’UE refuse ses racines chrétiennes !

La Commission, de son côté, va proposer durant ce semestre plusieurs grands chantiers (appelés paquets ​dans le jargon bruxellois) sur le « Digital Service Act ​(DSA) » et le « Digital Markets Act ​(DMA)« , édictés dans la langue usuelle, le GLOBISH. Ces lois doivent réguler l’espace numérique européen ​face aux géants du secteur.

Mais pourquoi Emmanuel Macron insiste-t-il autant sur la « PFUE » ?

Alors que la France sera en pleine présidence du Conseil de l’Union européenne, Emmanuel Macron aura surtout la tête dans la bataille présidentielle du printemps 2022 où il sera très probablement candidat à un nouveau mandat de président de la République. Or la question européenne a toujours été un marqueur du candidat et président Macron. Il a lancé sa présidence par un discours pompeux donné à la Sorbonne, avant de recommencer ensuite depuis Athènes, avec le Parthénon en fond d’écran !!! 

Et Jupiter devint Zeus !

Mais surtout, cela lui permettrait d’apparaître comme le défenseur de l’Europe face à ceux qui veulent la changer totalement pour la transformer en concert d’États-Nations. C’est le cas de Marine Le Pen, d’Éric Zemmour ou de Jean-Luc Mélenchon. Se présenter comme le président de l’Europe​, c’est aussi une manière de rabaisser ses potentiels concurrents proeuropéens comme l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot ou le futur candidat des Républicains, Michel Barnier, Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand.

Les Français vont-ils, une fois encore, se laisser berner ?

Le 12 novembre 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/

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