Lancinante question scolaire

La question scolaire, autrefois mère des batailles politiques entre droite et gauche, ne semble pas en passe de s’inscrire au cœur de la double campagne électorale de 2022. Qu’il s’agisse en effet des postulants à la présidence ou des élus de terrain, qui pour la première fois depuis un quart de siècle pourraient bien reprendre une partie du pouvoir législatif que la cinquième république a tant abaissé, on ne les voit guère, pour le moment, brandir ce flambeau.

On peut sans doute le regretter car l’avenir du pays en dépend largement. Les discours laïcistes actuels réduisent trop souvent les problèmes de l’école à la lutte contre l’islamisation radicale. Dans ce cas, si bien intentionnés qu’ils puissent paraître, ils font, ainsi, plus de mal que de bien : ils entraînent en effet la négation de la liberté fondamentale des familles françaises, à peine considérées comme de simples pourvoyeuses de la démographie…

On pourrait commencer, ici, par un énoncé de droit naturel. Il se retrouve même, une fois n’est pas coutume, dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. L’article 26.3 de cette charte, plus mondialiste qu’individualiste, adoptée en 1948 au lendemain de la seconde guerre mondiale, reconnaît : « Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ».

Peut-on compter, pour le rappeler, sur les candidats à l’élection présidentielle, puis aux législatives du printemps ? pour défendre ce droit fondamental et inaliénable de tous les parents ? L’auteur de ces lignes se permet, pour le moment, d’en douter, à moins de pressions des électeurs et des associations engagés dans cette cause.

Celles-ci existent cependant. Elles combattent sur plusieurs terrains différents mais convergents : droit de créer des écoles, droit d’instruire en famille, droit à la même allocation en faveur des enfants scolarisés dans les écoles hors-contrat. On doit les soutenir sur l’ensemble de ces revendications, car elles sont liées.

La nuance entre les sujets peut, quand même, être posée d’emblée. Par exemple, la solution de l’école à la maison peut sembler la plus radicale. Est intervenue en date du [vendredi] 13 août 2021, une décision du Conseil constitutionnel. Présidés par l’oligarque mitterrandien Fabius, les fameux « Sages » (?) ont ainsi osé légitimer, – venant après le vote d’une loi macronienne de 2018, elle-même aggravée par ses décrets d’application portant la marque du ministre de service Blanquer –  les dispositions de la loi « confortant le respect des principes de la République », qui réduisent très fortement l’accès à « l’école à la maison ».

Tous ces textes aboutissent désormais à réduire à la portion congrue, sinon tout simplement à interdire … sauf aux enfants physiquement handicapés, trop coûteux pour l’État … ou aux enfants recrutés en tant que futurs sportifs professionnels … ou aux enfants des gens du voyage… c’est-à-dire précisément ceux qu’il conviendrait plutôt de prendre en charge … l’exercice du libre choix en faveur de l’instruction familiale, pourtant reconnus en 1882 par Jules Ferry quand il rendit obligatoire l’instruction et non l’école et laissait évidemment libres les parents qui font « consciencieusement l’école à la maison ».

À vrai dire, on doit savoir que malgré les textes répressifs adoptés sous Macron, le nombre des enfants officiellement scolarisés en famille s’est fortement multiplié en 10 ans, passant de 18 000 enfants en 2011 à 62 000 en 2021.(1)⇓

Le prétexte choisi pour enrayer cette progression est double :

1° on prétend se prémunir contre la médiocrité de cette éducation choisie. Or les connaissances sont contrôlées par la Direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) et il apparaît que 98 % des enfants scolarisés à la maison réussissent leurs contrôles (2)⇓.

2° bien évidemment on cherche aussi à tirer argument de l’existence du danger terroriste. De toute évidence, ce danger ne saurait être aggravé, sur ce terrain, qu’en fonction de familles musulmanes salafistes radicalisées. Or, d’après la même DGESCO ceci concerne 0,39 % des enfants scolarisés en famille… Les prisons de la républiques convertissent à l’islamisme beaucoup plus délinquants.

Longtemps applaudi par une certaine droite bien naïve, comme s’il était un restaurateur de l’ordre, le ministre de l’Éducation nationale énonce aussi comme un postulat d’évidence : « l’école [laquelle ?] c’est bon pour les enfants », comme il le dirait de la viande rouge. Il ne lui vient pas à l’esprit que l’on évalue, au sein de l’administration tentaculaire et monopoliste qu’il est supposé diriger, à 700 000 le nombre, par exemple, des malheureuses victimes du harcèlement scolaire.

Que fait-il, ce bon apôtre, des plus de 8 % d’abandon scolaire (3)⇓, des 95 000 jeunes qui sortent officiellement chaque année sans qualification, de ceux qui n’ont aucune perspective d’emploi ou de formation, et que l’on désigne du sigle anglo-saxon de NEETS ?

N’ayant peut-être pas été lui-même ce qu’on appelle un « surdoué », sans doute ce bon élève, qu’on dit agile et cultivé, ignore-t-il aussi l’inadaptation de l’école égalitaire au cas de la plupart des enfants précoces. La France seul pays du monde à inscrire le mot Égalité dans sa devise nationale en paye les conséquences en termes de recul scientifique.

La liberté scolaire a toujours été dans le viseur républicain, laïc et obligatoire. Elle le restera semble-t-il longtemps encore.

JG Malliarakis  

Apostilles

1) Chiffres cités par Louis Marceau dans Présent en date du 18 août cf. « L’instruction à la maison, nouvelle victime du régime crypto-dictatorial français » 

2) cf. Interview de Jean-Baptiste et Marie Maillard auteurs du livre « L’école à la maison, une liberté fondamentale » (Ed. Artère).

3) D’après les statistiques publiées par son ministère

https://www.insolent.fr/

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