Après le Rassemblement national, la « tentation Zemmour » des adhérents des Républicains.

A l’approche du congrès du parti Les Républicains (LR) pour désigner son candidat à l’élection présidentielle, l’augmentation annoncée du nombre d’adhérents du mouvement se révèle trompeuse. Si la formation de droite enregistre de nouvelles arrivées – ou des retours – de militants, les doutes et les défections se multiplient également à vitesse grand V dans ses rangs, et parfois avec fracas au niveau local. La faute à un trouble-fête qui vient bousculer les fondations et l’avenir de LR : Eric Zemmour.

En l’absence d’un candidat indiscutable issu de leur famille politique, une partie des militants LR les plus à droite sont attirés par la candidature présumée du polémiste, notamment parmi les anciens soutiens de François Fillon, battu à la présidentielle de 2017, et chez les partisans d’une ligne droitière incarnée, entre autres, par l’ancien chef du parti et président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez.

Pour Spike Groen, 21 ans et maire du village de Saint-Gilles dans l’Indre, la fuite d’adhérents vers la campagne qui ne dit pas encore son nom d’Eric Zemmour s’explique par les problèmes internes du parti et que nous annoncions de longue date.

Elu sans étiquette aux dernières municipales, il s’est encarté chez LR peu de temps après son élection. Mais le jeune édile a décidé de s’engager aux côtés de M. Zemmour : il a créé un comité départemental de soutien à l’ancien journaliste du Figaro en octobre, et promet désormais de lui apporter son parrainage d’élu, plutôt qu’au candidat du parti LR qui sera désigné le 4 décembre par les militants. Un soutien que M. Groen explique par sa « déception » d’un mouvement qu’il juge « beaucoup plus centriste que de droite » et qui favorise, selon lui, « la politique des places » plutôt que les convictions.

Sa déception est partagée par Brigitte Maillot, membre de LR depuis 2017. A l’époque, c’est la candidature de François Fillon à la présidentielle qui avait poussé cette retraitée de 65 ans à prendre sa carte. Mais depuis la défaite de l’ancien Premier ministre, cette habitante de Belfort, qui se définit comme souverainiste, accuse les cadres de LR d’être responsables du désarroi militant. « LR n’a rien fait pour s’attaquer à bras-le-corps à l’immigration, au communautarisme et à l’insécurité. On manque cruellement de leadership », regrette-t-elle. C’est pour cette raison qu’elle soutiendra Eric Zemmour.

« Cette absence de chef est en train de tuer le parti », appuie Philippe Izraelewicz, ancien élu municipal de LR dans le Val-de-Marne. Agé de 57 ans, ce chef d’entreprise s’est lui aussi éloigné du parti depuis 2017 alors qu’il en était membre depuis vingt ans. La rupture définitive est advenue il y a quelques semaines, lorsqu’il a décidé d’adhérer à l’association Les amis d’Eric Zemmour.

« Sa pensée a toujours eu un écho dans notre famille politique, c’est pour ça que sa candidature attire les militants LR en mal d’incarnation », explique Matthieu Louves, 26 ans. Ancien responsable des Jeunes Républicains de Gironde, il est, lui aussi, depuis le printemps, un membre actif des Amis d’Eric Zemmour. Adhérent depuis huit ans et élu au conseil national de LR, il ne voit pas son soutien au polémiste d’extrême droite comme « antinomique » avec son encartement. Il ne comprend pas le rejet de la candidature de M. Zemmour par l’état-major de LR « alors qu’il y était reçu il y a quelques années comme chez lui », et lui oppose la « bienveillance des militants qui se posent la question d’un même soutien ».

Pour Etienne Manchon, engagé depuis 2012 chez LR, l’hypothèse de voter pour Eric Zemmour est d’actualité, comme pour d’autres militants indécis. S’il n’a pas encore franchi le pas du soutien actif, le retraité a refusé, il y a un mois, de devenir le trésorier départemental de LR dans la Sarthe, précisément parce que la possible candidature de l’essayiste « a semé le trouble dans [s]on esprit »« Il y a trop de courants irréconciliables chez LR. Pour moi, il est impossible de faire campagne pour Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse si l’un ou l’autre remporte le congrès », justifie-t-il. En matière de lucidité politique, mieux vaut tard que jamais !

Pour ces soutiens déclarés – ou sérieusement envisagés – à Eric Zemmour, le candidat présumé bénéficie d’une posture d’intellectuel « hors parti », « aux idées constantes » et d’une aura médiatique que lui ont conféré ses passages comme chroniqueur dans les émissions « On n’est pas couché » sur France 2 (2006-2011) et « Face à l’info » sur CNews (2019-2021).

Selon eux, il réussirait la prouesse de « rassembler toutes les droites en attirant à lui les déçus des Républicains et du Rassemblement national [RN] », comme se réjouit Valentin Blelly, délégué des Jeunes Républicains dans le Loiret. Ancien du RN, ce militant de 29 ans a créé, mi-octobre, un comité de soutien à Eric Zemmour dans son département. Encore un qui a tout compris…

De son côté, Matthieu Louves espère que la candidature bientôt officielle de l’essayiste permettra justement de « mettre fin à l’hypocrisie » « On fréquente les mêmes cercles et lieux que les militants RN. Nous avons une proximité humaine et intellectuelle, facilitée par des figures comme Eric Zemmour. »

A l’approche du vote du congrès de LR, du 1er au 4 décembre, Etienne Manchon voit davantage se profiler le risque d’une implosion du parti. Les adhérents ou anciens adhérents qui ont déjà rejoint la campagne d’Eric Zemmour sont persuadés que cela va advenir. « Le congrès va marquer le début d’une vraie hémorragie interne au parti », estime Spike Groen. En réalité, il suffisait de lire le blogue du CER pour savoir cela avant tout le monde, il y a plus de deux ans : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2019/05/28/limplosion-annoncee-des-republicains-est-bien-la/ .

Pour Philippe Izraelewicz, une fois passés la candidature officielle du polémiste et le congrès de décembre, « beaucoup d’adhérents et élus LR qui sont restés jusqu’ici par fidélité ou par peur de perdre leur place, franchiront le pas ».

Souhaitons-le pour le bien de la France et des Français.

Le 10 novembre 2021.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/

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