Cuisines chinoises

Chaque jour nous parvient un flot de nouvelles inquiétantes en provenance de Chine, telles les effluves pestilentiels d’un mauvais restaurant. Dès 2019 en occident, on a commencé à prendre conscience de l’existence dans cet immense pays d’un contrôle social orwellien ; depuis la crise sanitaire de 2020 la propagande pro Pékin s’est employée, y compris par le biais de l’Organisation mondiale de la santé, à en dresser l’apologie.

« Le Ciel est haut, l’empereur est loin » dit un vieux proverbe chinois. Ce dicton traditionnel marque bien depuis toujours une réticence plus ou moins fataliste de ce peuple vis-à-vis des dynasties, le plus souvent tyranniques, qui l’ont successivement opprimé. On les détestait d’autant plus qu’on les jugeait alternativement étrangères : mongole au temps de Marco Polo, au XIIIe siècle, mandchoue à partir de la fin du XVIIe et jusqu’en 1911, qui l’ont gouverné depuis des siècles.

Depuis quelque 40 ans, tout un affairisme occidental mise sur la sous-traitance à bon marché, sans se préoccuper de ce que les dirigeants européens appellent des valeurs. Jugées sans doute inexportables en Extrême orient elles y ont laissé intactes, et même permis de devenir florissantes, les structures d’oppression.

À la fin du XXe siècle, après la chute de l’URSS, les bons esprits avaient cru assister à la fin des idéologies. Le mot d’ordre impérieux de Margaret Thatcher, « il n’existe pas d’alternative » signifiait sans doute, dans l’esprit de la Dame de Fer, le retour au concret. Ceci lui permit de redresser cette vieille Angleterre qu’elle avait trouvée au plus bas de son déclin en 1979.

Et son œuvre dura une douzaine d’années sans que de nouveaux principes de liberté aient pu s’imposer à l’Europe. La Grande-Bretagne avait été certes rétablie dans une partie de sa puissance matérielle. Mais elle demeurait affublée d’institutions sociales aussi perverses que son National Health Service, réputé irréformable, pire encore que notre sécurité sociale. Celle-ci avait au moins, en dépit de son laxisme syndical et financier permis un certain développement de la médecine libérale française entre 1945 et 1995 : ceci avant qu’elle ait été l’objet de la plus lourde étatisation de l’histoire, le plan Juppé institutionnalisé par la réforme constitutionnelle de février 1996.

Hélas, l’héritage thatchérien au Royaume-Uni lui-même s’est entièrement retourné entre les mains de ses successeurs abusifs, qui le trahirent dès 1991. Ils entreprirent la construction d’un nouvel ordre politique. Le préambule fut acté dans certaines clauses discrètes du traité kilométrique négocié à Maastricht. Celui-ci, rédigé par nos nuisibles Jacques Delors et Pascal Lamy allait être complété à Nice, dans le cadre du traité de 2001, par les non moins nuisibles Juppé et Toubon, sous présidence chiraquienne.

Le nouveau corpus, presque aussi idéologique peut-être que son rival marxiste, qu’il croyait déchu, s’affirme en une sorte de matérialisme occidental de l’économie quantitative sans principe spirituel. En ce sens, l’immense redressement que l’on devait à Thatcher et Reagan, s’est donc vu transformé en son contraire, en instrument de combat contre l’occident.

Au nom de la société de consommation en effet, tout un capitalisme américain, européen, et même japonais, a imaginé de sous-traiter une croissance externe de ses profits en sous-traitant une partie grandissante de sa production de biens matériels en Chine. Dans les années 1980 votre chroniqueur se permettait de considérer que la grande question mondiale des temps à venir se poserait dans le cadre du rétablissement apparent du capitalisme en Chine.

Or, dès les événements de la place Tian An men de 1989, il fut décidé de maintenir le carcan instauré par Mao. La décision de tirer sur les manifestants fut prise non par l’appareil légal du parti lui-même, mais sur ordre du comité militaire du parti communiste chinois, c’est-à-dire par le « réformateur » Deng Xiaoping, économiquement « capitaliste » sans doute mais nullement libéral encore moins démocrate.

Aujourd’hui Xi Jinping doit être compris d’abord comme le successeur et restaurateur du maoïsme. C’est en tenue caractéristique de l’époque maoïste en effet qu’il est apparu en juillet 2021 pour célébrer le centième anniversaire de la fondation du parti communiste chinois.

C’est à tort que l’on a feint de croire la dictature totalitaire disparue à la mort du Grand Timonier en 1976. On a surinterprété l’élimination rapide de la Bande des Quatre et notamment de l’horrible veuve. En janvier 1981, lors de son procès à Pékin commencé trois mois plus tôt, la redoutable impératrice déchue Jiang Qing, devant ses 36 juges et les 600 spectateurs admis dans l’enceinte du tribunal s’écriait encore, hystérique :« À bas les révisionnistes de Deng Xiaoping ! ».

Accusée d’être responsable de centaines de milliers de morts, parmi les 4 millions de victimes recensées de la révolution culturelle, cette communiste fanatique injuriait ses juges se réclamant elle-même jusqu’au bout de Mao et de ses mots d’ordre « Quand il me disait de mordre, je mordais ». Cependant, en 1983, sa condamnation à mort fut commuée en détention à vie dans la prison de Qincheng réservée aux privilégiés du régime elle allait mourir de manière non élucidée en 1991. On ne connaîtra sa disparition en Occident qu’en 1993

Sinon à une réhabilitation de la Veuve Mao, c’est bien à celle du culte de celui auquel elle avait consacré sa vie que nous assistons.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/

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