Une intéressante enquête de la Fondation Jean Jaurès

Robert Spieler

Après une “radioscopie” publiée par l’Ifop la semaine dernière, la Fondation Jean-Jaurès se penche sur l’électorat d’Eric Zemmour. Cette étude est particulièrement significative et intéressante car un panel important a été sondé : 5 025 personnes pour l’Ifop et 16 000 électeurs potentiels pour Ipsos, alors qu’un sondage classique concerne en moyenne 1 000 à 1 500 personnes. A priori, la marge d’erreur est donc faible. A en croire cette étude, le quasi-candidat dispose d’un très solide ancrage, parvenant à rassembler plusieurs catégories de la population, réalisant des scores « relativement proches, quel que soit l’âge des électeurs, de 13 % chez les moins de trente-cinq ans à 17 % chez les plus de soixante ans », écrit la Fondation Jean-Jaurès, qui ajoute : « Il réalise des scores relativement proches également entre les principales professions, ce qui n’est pas le cas de Marine Le Pen.

Il recueille aujourd’hui à peu près autant de voix chez les ouvriers (14 %) que chez les cadres et professions intellectuelles supérieures (16 %), de même qu’il obtient à peu près le même score chez les détenteurs d’un 2e cycle (14 %) que chez les électeurs n’ayant pas le bac ». Son électorat, compact, paraît particulièrement déterminé, 64 % de ses électeurs se disant sûrs de leurs choix, des chiffres proches de ceux de Jean-Luc Mélenchon (63 %) ou d’Emmanuel Macron (66 %). « 57 % de ses électeurs pensent qu’il sera qualifié pour le second tour et élu » et « 83 % d’entre eux estiment qu’il a l’étoffe d’un président de la République », un taux d’adhésion particulièrement fort.

Autre enseignement très intéressant : ses électeurs sont littéralement obsédés par l’immigration (75 %) et la délinquance (51 %) — respectivement 46 points et 24 points au-dessus de la moyenne, et ne se préoccupent guère de thématiques telles que l’environnement (12 %) ou les inégalités sociales (7 %). 96 % pensent que l’islam est une menace pour la République (mais la République n’est-elle pas déjà en elle-même depuis plus de deux siècles une menace pour la pérennité et le rayonnement de la France ?) et 98 % qu’il faut fermer davantage la France sur le plan migratoire, observe la Fondation Jean-Jaurès, plus que l’électorat mariniste, davantage focalisé sur les problèmes sociaux, tels le chômage ou le pouvoir d’achat. Les fondations du vote Zemmour sont donc apparemment très solides, mais il accuse également de sérieuses faiblesses qui peuvent l’empêcher de l’emporter au second tour. Il y a ce que les Anglo-Saxons nomment le « Radical Right Gender Gap », soit le peu d’adhésion que suscite l’extrême droite auprès de l’électorat féminin, et stratégiquement Marine Le Pen a raison, de son point de vue, de “taper” sur la misogynie supposée d’Eric Zemmour. Les Françaises de moins de 35 ans ne sont que 8,2% à le soutenir (soit 10 points de moins que les hommes du même âge). Une réelle difficulté pour Éric Zemmour, qui continue de se dire « contre la parité »Autre faiblesse mesurée par l’Ifop : « compte tenu de son positionnement plus libéral, Éric Zemmour ne parvient pas à capter la frange la plus populaire du lepénisme : la candidate du RN parvient à conserver dans son giron l’essentiel de ses ex-électeurs ouvriers (74 %) ou employés (71 %) ». Autre point à relever : 70 % des Français estiment qu’il n’a pas l’étoffe d’un président de la République (dix points derrière Marine Le Pen), un chiffre cependant assez peu inquiétant pour Zemmour qui devrait pouvoir aisément terrasser la plupart de ses adversaires lors des débats de l’élection présidentielle, du fait de sa faconde, de sa présence, de son culot et de son sens de la répartie. Il sait dire habilement ce que beaucoup de Français ont envie d’entendre.

Autre élément relevé par l’Ifop : y a-t-il aujourd’hui une surreprésentation du vote zemmourien dans les différents sondages publiés par la presse ces derniers jours ? En effet, « près d’un quart (23 %) de ceux qui déclarent s’intéresser beaucoup à la politique le choisissent pour candidat, contre seulement 9 % de ceux qui affirment au contraire ne pas s’intéresser à la politique », notent les auteurs. Comment évolueront les chiffres quand ceux qui se désintéressent aujourd’hui de l’élection, s’y intéresseront davantage ? Mystère…

Le dossier Zemmour de la Fondation Jean-Jaures, à voir  ICI

Source : Rivarol 03/11/2021

http://synthesenationale.hautetfort.com/

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