Covid-19 : les fissures du secret médical

covid secret médical

L’épidémie de Covid-19 a été le révélateur de nombreux changements de paradigmes dans la manière d’aborder la santé des populations. Parmi ceux-ci figure la question cruciale du secret médical avec, aujourd’hui, la demande de sa levée pour le statut vaccinal des élèves d’établissements du premier et second degré, à porter à la connaissance des chefs d’établissement. Cette violation du secret médical, dans le cadre du Covid, a connu en fait quatre étapes :

La première s’est produite dans ce qu’on appelle les opérations « d’aller-vers », pour vacciner de façon « exhaustive » les personnes en proximité. Ceci impliquait des croisements des « fichiers patients » des médecins avec les fichiers des populations connues par les collectivités locales, pour contacter de façon personnalisée les usagers concernés, rendant quelque peu aléatoire l’étanchéité des données.

La deuxième a vu le croisement des fichiers des personnes vaccinées (SI vaccin) avec les « fichiers patients » des médecins afin que ces derniers identifient leurs patients non vaccinés. On me rétorquera que le médecin traitant est habilité à cela. Pourtant, le secret médical s’applique aussi à lui si le patient ne souhaite pas l’informer. Et on peut comprendre le point de vue du patient : certains médecins peuvent avoir des positions très tranchées, voire intégristes dans leur rapport à la vaccination. J’ai connaissance de patients réservés sur la vaccination ayant été traités très agressivement par leur médecin.

La troisième est la levée de fait du secret médical concernant les soignants, consécutive à l’obligation vaccinale de ceux-ci, ceux qui ne souhaitent pas se faire vacciner étant forcément repérables puisque suspendus, subissant la double peine de l’arrêt professionnel et de l’opprobre social qui se rattache à la connaissance publique de leur situation.

La quatrième, aujourd’hui, est donc celle des élèves non vaccinés qui risquent fort, avec leur famille, de subir des pressions vaccinales encore accrues, ainsi que l’humiliation de « l’éviction » scolaire sélective, comme l’a dit le ministre, si un cas Covid survenait.

Pour s’en tenir à un point de vue strictement technique, la décision de rupture du secret devrait s’inscrire dans l’analyse d’un ratio bénéfice collectif/risque individuel et il apparaît évident que ce ratio est largement défavorable à l’usager, le collectif n’ayant par ailleurs pas grand-chose à y gagner. En effet, une brèche au secret aurait pu se concevoir si l’on avait mis en évidence une vraie dangerosité issue des personnes non vaccinées, et donc un gros risque collectif. Or, on ne le répétera jamais assez, aucune vraie preuve n’est venue étayer cette affirmation, au contraire très largement démentie par les expériences israéliennes ou britanniques, mais néanmoins toujours ânonnée à longueur de plateaux télé !

On peut, dès lors, s’interroger sur ce que recèle cette lente dérive vers une rupture systémique du secret médical, qui passe par la question : à quoi sert ledit secret ?

Si des exemples illustrant son fondement viennent vite à l’esprit (maladies socialement honteuses, discriminations à l’embauche, sélection par les assurances privées), on peut tenter de lui donner une définition à portée plus générale : il sert, en fait, à protéger l’individu contre la puissance du collectif. Et, en effet, la santé publique « à l’ancienne » a jusqu’à très récemment toujours privilégié la dimension de la responsabilisation individuelle à une approche « collectiviste » de la santé.

Le secret médical est plus qu’un « outil » de santé publique qu’on utiliserait ou pas au gré des circonstances et des modes. Il est, en lui-même, gravé dans le marbre du Code déontologique et issu du lointain serment d’Hippocrate de nos ancêtres grecs, une véritable philosophie de la place de l’homme, à protéger de l’absorption par un collectif que tous les totalitarismes tenteront d’« hégémoniser ». Il ne devrait pouvoir être levé que « la main tremblante ». Il faudra reparler du consentement éclairé et de la liberté de prescription, mais ce n’est malheureusement pas un hasard si ces trois piliers du colloque singulier patient/médecin s’effondrent en même temps. Une résurgence du marxisme dans une société ayant acquis une parure libérale et démocratique ? Bienvenue dans le nouveau monde, camarade, où le patient n’est plus qu’un citoyen et le médecin un exécutant…

Jean-Michel Pradel

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

https://fr.novopress.info/

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