L’inquiétant paradoxe socialiste

Le 24 octobre à Valence, à la tribune du 40e Congrès du PSOE, il revenait à Pedro Sanchez secrétaire général du vieux Parti socialiste des travailleurs d’Espagne, de conclure. Il s’exprima donc dans un grand mouvement de fausse contrition et d’euphorie authentique : « J’ai commis des erreurs, mais nous sommes parvenus à maintenir en vie notre projet politique. La social-démocratie, que certains considéraient comme un définitivement mise en échec, est désormais en excellente santé ! »

« Quand j’ai pris mes fonctions, avait-il souligné au préalable non sans une apparence de raison, la droite et la gauche parlaient de notre enterrement. »

Aux élections législatives espagnoles de 2015, les socialistes avaient obtenu leur pire score populaire depuis 30 ans de leur réapparition à la faveur de l’après franquisme.

Or, depuis 2015, en quelque 6 années, la situation politique s’est complètement transformée, alors même que la social-démocratie européenne en elle-même n’intéresse plus grand monde, en fait.

Tout d’abord, Sanchez, après quelques vicissitudes, a pris petit à petit le contrôle total du parti. En 2016, la tendance centriste, soutenue par Felipe Gonzalez avait tenté d’imposer une ligne de « grande coalition » avec le centre droit, analogue à ce qui s’est imposé à plusieurs reprises en Allemagne sous l’appellation de « Groko ». Mais en 2017, à Madrid lors du 39e Congrès, après que Sanchez ait été reconduit au secrétariat général par 50,2 % des mandats, il a pu expulser ses rivaux « droitiers » et « centristes » des organes dirigeants de son parti.

En 2018 le parti socialiste espagnol avait pu retourner au pouvoir dans une situation encore fragile. Mais en 2019, au terme de deux scrutins, il parvenait à emporter une majorité relative, au détriment du parti populaire de Mariano Rajoy.

Il forme en janvier 2020 un gouvernement de coalition avec l’extrême gauche de Unidas Podemos et grâce à l’abstention des indépendantistes catalans. Dès lors, il prend un certain nombre de mesures destinées à consolider sa branlante popularité.

D’abord sur le terrain social. En 3 ans, le salaire minimum espagnol est ainsi passé de 735 à 965 euros soit une augmentation de 31 %. Un « revenu minimum garanti » a été institué en faveur d’un million de familles pauvres, fixé entre 462 à 1 033 euros par mois, en fonction des revenus et du nombre de membres du foyer.

Mais surtout il s’emploie à crée l’irréversible sur le terrain culturel, par rapport à l’héritage du Caudillo, balayant notamment le célèbre mausolée supposé réconciliateur édifié à la Valle de los Caïdos et déterrant la dépouille du général Franco.

« Ne laissez jamais une bonne crise se perdre », conseillait Winston Churchill. Même le Covid a donné l’occasion à Sanchez de renforcer cyniquement son pouvoir.

Et ça continue. Face à la crise du prix de l’énergie, et contrairement aux stupides technocrates macroniens qui ont cru efficace, et populaire, d’instituer une indemnité inflation en faveur de 38 millions de foyers, mesure digne du Père Ubu, les socialistes espagnols ont eu l’intelligence de réduire de 5,11 à 0,5 % la taxe d’État sur l’électricité. Parallèlement ils en profitent pour combattre, et frapper à la caisse, à hauteur de 2,5 milliards d’euros les compagnies privées.

En 10 ans les sociaux démocrates sont revenus au gouvernement dans plusieurs pays d’Europe occidentale, dans les pays nordiques, au Portugal, et depuis peu, ils s’apprêtent à gouverner l’Allemagne, où pourtant aux élections législatives de septembre ils n’ont obtenu que 26 % des voix, 12 millions sur 61 millions d’électeurs inscrits et 47 millions de votants. En Italie, leurs homologues du parti démocrate, pourtant démonétisé en tant que tel, viennent d’emporter aux municipales les villes de Rome, Milan, Turin, Bologne et Naples.

Partout ce sont des coalitions hétéroclites écolos, socialistes et marxistes purs et durs qui permettent à une social-démocratie pourtant en déconfiture de l’emporter. Au camp adverse en revanche on s’emploie à interdire toute forme de rapprochement, toujours supposé « nauséabond », « politiquement incorrect », etc. Dans le gouvernement de Pedro Sanchez le parti communiste occupe ainsi la vice présidence en la personne, depuis le départ d’Iglesias, de Yolanda Diaz, comme le PCF est représentés, aux côtés d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris par Ian Brossat, sans que personne ne vienne rappeler les crimes du stalinisme.

Pedro Sanchez, allié des communistes en Espagne n’est plus un cas isolé en Europe

Pour toutes ces raisons nous devons nous montrer vigilants vis-à-vis des manœuvres des partis de gauche, même quand les sondages nous les montrent coupés de l’opinion populaire.

Tant que les mécanismes de l’exclusion politique dureront la social-démocratie reviendra au pouvoir, même minoritaire. Elle restera paradoxalement d’autant plus dangereuse, qu’affaiblie elle a besoin de s’allier aux forces de destruction, de commettre l’irréparable sur le terrain culturel et de gaspiller plus encore les ressources du pays.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/2021/10/linqui%C3%A9tant-paradoxe-socialiste.html

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