Evola, une éthique chevaleresque au service de l’Europe 6/6

Telle qu’elle est conçue ici, l’apoliteia n’impose aucun préalable spécial sur le plan extérieur, n’a pas nécessairement pour corollaire un abstentionnisme pratique. L’homme vraiment détaché n’est ni l’outsider professionnel et polémiste, ni “l’objecteur de conscience”, ni l’anarchiste. Après avoir fait en sorte que la vie, avec ses interactions, n’engage pas son être, il pourra éventuellement faire preuve des qualités du soldat qui, pour agir et accomplir une tâche, n’exige auparavant aucune justification transcendante ni aucune assurance quasi théologique quant à la justice de la cause.

Nous pourrions parler dans ce cas d’un engagement volontaire concernant la “personne” et non l’être, engagement en vertu duquel on reste isolé même en s’associant. Nous avons déjà dit que le dépassement positif du nihilisme consiste précisément en ce que le manque de signification ne paralyse pas l’action de la “personne”. Il devient seulement existentiellement impossible d’agir sous l’emprise et l’impulsion d’un quelconque mythe politique ou social actuel, parce que l’on a considéré comme sérieux, significatif ou important ce que représente toute la vie politique actuelle. L’apoliteia, c’est l’irrévocable distance intérieure à l’égard de la société moderne et de ses “valeurs”, c’est le refus de s’unir à celle-ci par le moindre lien spirituel ou moral. Ceci étant bien établi, les activités qui, chez d’autres, présupposent au contraire l’existence de ces liens, pourront être exercées dans un esprit différent. Il reste en outre la sphère des activités que l’on peut faire servir à une fin supérieure et invisible, comme nous l’avons indiqué par ex. à propos des 2 aspects de l’impersonnalité et de ce que l’on peut retenir de certaines formes de l’existence moderne.

Un point particulier mérite d’être précisé : cette attitude de détachement doit être maintenue même à l’égard de la confrontation des 2 blocs qui se disputent aujourd’hui l’empire du monde, “1’Occident” démocratique et capitaliste et “l’Orient” communiste. Sur le plan spirituel, en effet, cette lutte est dépourvue de toute signification. “L’Occident” ne représente aucune idée supérieure. Sa civilisation même, basée sur une négation essentielle des valeurs traditionnelles, comporte les mêmes destructions, le même fond nihiliste qui apparaît avec évidence dans l’univers marxiste et communiste, bien que sous des formes et à des degrés différents. » (Chevaucher le tigre, IV, 25)

Actualité de l’idée d’Empire européen

À partir du XIIe siècle, l’Europe a été le tableau d’une lutte de pouvoir entre le Pape et l’Empereur, entre l’Eglise et l’Empire. Les partisans de l’Empire s’appelaient les gibelins et ceux du Pape étaient les guelfes. Par analogie, l’Europe connaît depuis 1945 une lutte entre les partisans de 2 concepts très différents de l’Europe : aux guelfes se sont substitués les libéraux, les défenseurs d’une Europe “marché commun”, avec des structures faibles et une procédure décisionnelle purement inter-gouvernementale. Leur font face, tout comme par le passé, les gibelins, mutatis mutandis les partisans d’une union politique qu’ils estiment d’un ordre supérieur, bien au dessus du “marché” proprement dit. Cette union suppose des structures européennes fortes, ce qui n’est assurément pas synonyme d’administrations d’envergure, et un ancrage solide dans le patrimoine culturel européen avec toutes ses variantes et sa formidable diversité : « Den Europa kan politisch nur erstehen und bestehen wenn as seine Vietfalt in der Einheit lebt » (Hugo Bütler). C’est l’idée de l’Empire européen dans sa forme la plus pure. Même un homme d’affaires international tel que André Leysen va dans le même sens lorsqu’il affirme estimer que « l’Europe de l’Oural à l’Océan Atlantique jouera un rôle central dans l’ordre mondial à venir. Qu’elle n’occupera pas seulement une position importante sur le plan économique mais que, grâce à elle, la diversité dans l’unité restera le réservoir à penser du monde ».

La conception traditionnelle de l’Empire allait naturellement encore plus loin que le “réservoir à penser” ou le pouvoir politique : « De façon générale, les Gibelins affirmaient le caractère sacral de l’autorité temporelle, en continuité avec l’héritage de la Rome Antique et de la tradition européenne la plus pure », remarque A. de Benoist (Krisis n°3, 1989) qui s’inscrit ici dans la lignée de Julius Evola.

Le concept de l’Empire est, par essence, le prolongement de la tradition impériale romaine adaptée par Charlemagne à l’entité plus grande et plus germanique sur laquelle il règnait, et transposé dans un mode d’administration dynamique qui a élevé au rang de principe l’adaptation continue aux évolutions du monde. La tâche de notre génération consiste en une nouvelle transformation de l’impérialité européenne pour en faire un concept exploitable pour une nouvelle Europe. Le développement d’un pareil sujet est impossible en un seul exposé. C’est pourquoi nous nous contenterons de ces quelques principes fondamentaux.

Luc Pauwels, extrait de l’article L’Europe impérieuse, 1993.

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/43

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