Veuillez cacher cette inflation que je ne saurais voir !, par Jean-Baptiste Giraud.

Hommes politiques et banquiers jurent leurs grands dieux que les prix n’augmentent pas, qu’il n’y a pas d’ et, donc, aucune menace pour le pouvoir d’achat et, accessoirement, l’épargne des Français. La réalité est malheureusement tout autre et les signaux faibles sont de moins en moins… faibles.

Ça va commencer par se voir et se savoir. Depuis des mois et, en réalité, même des années, on nous assure que l’inflation, qui a ruiné tour à tour les Français sous la Révolution, les Allemands avant l’apogée du nazisme, les Argentins plus récemment et, en ce moment, ruine les Libanais, n’est qu’un lointain souvenir.

La liste n’a évidemment rien d’exhaustif et, en bien d’autres périodes de notre histoire, pour se cantonner à la seule France, l’ a fait des ravages. Mais aussi des heureux. Eh oui ! Car il faut rappeler cette vérité absolue et incontestable : si l’inflation ruine inéluctablement les épargnants, elle fait au contraire la joie de ceux qui ont emprunté.

La preuve ? Au lendemain de la guerre, la France était à genoux, croulant sous les dettes. Mais avec 48,5 % d’inflation en 1945, 52,6 % en 46, 49,2 % en 47, 58,7 % en 48 et « seulement » 10 % en 49, la dette n’était plus un problème, puisque intérêts et principal étaient devenus quasi-monnaie de singe en quelques années…

C’est, dans une moindre mesure, ce qui se produit en ce moment déjà en France. L’inflation (mesurée) dépasse les 2 % ? Les intérêts servis aux détenteurs de Livret A restent à 0,5 %, foi de Bruno Le Maire. Un enfant de 5e comprend pourquoi c’est embêtant. Enfin, un enfant en 5e il y a trente ans aurait tout de suite compris pourquoi…

Le problème de l’inflation, c’est le thermomètre. Or, pour plein de bonnes et de mauvaises raisons, celui-ci ne mesure pas vraiment l’inflation ! L’explication la plus simple de son évidente incapacité à refléter la réalité vient de la quasi-absence du logement dans le calcul de l’inflation. Les loyers ne « pèsent », en effet, que 6,1 % au sein de l’indice des prix. Et les achats d’appartements ou maisons sont carrément exclus de l’indice, alors même que les prix ont doublé voire triplé par endroits en moins de vingt ans ! L’INSEE tente de se justifier ici sans convaincre grand monde.

+25 % pour les carburants à la pompe depuis le début de l’année. +57 % pour le gaz depuis janvier. +50 % pour le fioul domestique. +10 % annoncés pour l’électricité l’an prochain. Les fruits, les légumes la viande, les céréales, la farine… Tout augmente, et pas de quelques chiffres après la virgule. Il s’agit, le plus souvent, d’augmentations à deux chiffres.

Comme l’inflation fait peur, car elle rappelle à certains les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire, on tente de la cacher sous le tapis, mais certains mécanismes automatiques se déclenchent malgré eux. D’où la hausse obligatoire du SMIC de 2,2 % au 1er octobre, qui entraînera dans son sillage 80 % des salaires des Français, puisque 4 Français sur 5 sont payés un peu plus que le SMIC, mais pas beaucoup plus. Ce n’est pas un hasard si SOS Médecins était en grève, lundi 27 septembre : c’était pour qu’on augmente les tarifs des consultations à domicile. Comme le patron a le chéquier facile en ce moment, ça va défiler sous ses fenêtres dans son bureau. Ce n’est pas un hasard s’il promet, le cœur sur la main, des pourboires exemptés de charges sociales et d’impôts aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration, même avec la carte bancaire !

Tout cela nous annonce un retour prochain de l’inflation (mesurée, la réelle étant bien supérieure pour une majorité de gens !) que les banques centrales, dont c’est la mission principale, vont tenter de maintenir autour de 4 ou 5 %. Au-delà, et c’est le risque de la spirale inflationniste, avec une belle petite  et financière à la clef.

Mais dans tous les cas, le retour de l’inflation, c’est beaucoup de soucis pour beaucoup de monde. Sauf pour ceux qui sont endettés jusqu’au cou à 1 ou 2 %, et encore plus pour ceux qui sont endettés à 0 %, voire à taux d’intérêt négatif, et qui rêveraient que plusieurs années d’inflation successives remboursent tout ou partie de leurs dettes à leur place. Et devinez qui est endetté à zéro ou à taux négatif ?

Au passage, les banques commerciales françaises, qui ont distribué des centaines de milliards d’euros de prêts à taux fixe, très faibles, sont elles aussi très très inquiètes…

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