En 68, Daniel Cohn-Bendit en rêvait : Jean-Michel Blanquer l’a fait !

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Aux yeux de l’électorat conservateur,  était pourtant le meilleur. Son prénom, d’abord : si emblématique d’une époque que, sur les réseaux sociaux, il est devenu générique. Sa calvitie de bon aloi, façon Alain Juppé. Sa discrétion naturelle comme s’il n’avait jamais été briefé par aucun Jacques Séguéla. Sa façon débonnaire d’offrir les fables de La Fontaine aux enfants du primaire…

Tout, en lui, fleurait la France du Petit Nicolas. Le Petit Nicolas était secrètement amoureux de Marie-Edwige, rêvait de l’épouser dans un bel uniforme d’officier de marine, mais ne pouvait pas imaginer qu’un jour, on lui accorderait le loisir d’en endosser le prénom, la coiffure tressée et la garde-robe, avec la bénédiction de la maîtresse et d’un ministre soucieux d’une « meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire »… suivez mon clin d’œil. Conservateur à l’extérieur, progressiste à l’intérieur, et vice versa selon les moments : comme un blouson des années 80,  est réversible, c’est le propre du « en même temps ».

Qu’Éric Zemmour ait été le premier à dénoncer cette circulaire (très) haut et (très) fort n’est pas étonnant. « Une idée bête enchante l’Occident : l’humanité, qui va mal, ira mieux sans frontières », écrivait Régis Debray, dans son Éloge des frontières (Gallimard), en 2010. Et, plus loin encore : « Un peuple, c’est une population, plus des contours et des conteurs. » Sans frontières, pas de contours, sans contours, pas d’identité. Et réduite à sa plus simple, sa plus naturelle, sa plus originelle expression, l’identité est celle que crie la sage-femme à votre mère quand vous venez au monde, dans ce lieu cisgenre par essence : la salle d’accouchement.

Cette fameuse circulaire stipule, notamment, que « l’établissement peut autoriser l’élève à occuper une chambre dans une partie de l’internat conforme à son identité de genre ». Aucune féministe pour s’en inquiéter ? Cohn-Bendit et ses comparses en rêvaient en 1968 ? Blanquer l’a fait : ouvrir les dortoirs de donzelles aux garçons… pourvu (encore fallait-il y penser) qu’ils se déclarent filles dans leurs têtes. Qui êtes-vous pour le contester ? Mais si, d’aventure, après s’être installés, ils se sentaient soudain plus virils au milieu de la nuit ?

Ce ne serait pas la première fois, ces derniers temps, que les femmes se feraient rouler. Il y a la question des transsexuels dans le sport – pourquoi donner aux épreuves féminines des barèmes différents si on les laisse se mesurer à des concurrents femmes dans leur tête mais hommes par leur corps ? Il y a aussi leur invisibilisation sémantique progressive avec, dernier épisode en date, outre-Manche, la triste prestation du leader travailliste Keir Starmer, mais aussi, plus inquiétante encore, de Boris Johnson, sommés de faire leur génuflexion devant le dogme woke, et d’affirmer que le col de l’utérus n’est pas le propre de la femme. On attend avec impatience le résultat du frottis de l’un et l’autre.

Mais nuire à la femme n’est pas si grave. Parce que dans le narratif victimaire conçu en abîme et rebaptisé intersectionnalité – une intersection a des priorités -, il y a toujours plus opprimé que soi. En matière de transidentité, la « cis », c’est-à-dire la femme biologique, est décrétée plus privilégiée que le « trans » et doit donc s’effacer. Et si, chassé par la porte en pantalon, le patriarcat revenait par la fenêtre en hauts talons ? Et si le féminisme, sans mauvais jeu de mots, se mordait la queue ?

Si, dans cette affaire, en somme – et cette fois, c’est le discours politique qui se mord la queue -, le très « misogyne » Éric Zemmour défendait la femme ?

Gabrielle Cluzel

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