Christophe Guilluy : “Le contrôle de l’immigration n’est pas qu’une demande de l’extrême-droite”

Guilluy : "Le contrôle de l'immigration n'est pas qu'une demande de l'extrême-droite"

On ne le présente plus : Christophe Guilluy, géographe, inventeur du concept de “France périphérique” revient pour L’Express sur les questions qui animent le débat et la conversation publique en ce début fou de campagne présidentielle. Sur l’immigration, dont il rappelle qu’elle ne saurait se résumer à une question ethnique – “la réduction des flux est une demande de Français de toutes origines” -, il préconise une approche pragmatique : “certains quartiers sont devenus des sas, où l’on ne reste pas. Il faut y laisser les habitants vieillir. Quand on aura des petits vieux qui tapent le carton en bas des tours, la donne changera”.

L’Express – Chaque fois que la question de l’immigration s’impose dans la conversation publique – comme en ce début de campagne présidentielle -, un débat fait rage : si, dans certaines enquêtes, elle apparaît comme une préoccupation prioritaire, elle ne se place qu’en 4e ou 5e position dans d’autres. Qu’en pensez-vous ?

Christophe Guilluy : Les Français mettent en priorités n° 1 le fait d’avoir de quoi se nourrir, de pouvoir se loger… Ce n’est pas très surprenant ! Mais enfin, il est évident que les gens peuvent avoir plusieurs angoisses ou besoins en même temps : les segmenter en “panel de préoccupations” dans les enquêtes d’opinion revient à mon sens à noyer le poisson. Une des nouveautés du XXIe siècle par rapport au précédent réside dans le fait que ce que l’on appelle “le mouvement social” n’est plus exclusivement social, justement, mais aussi culturel. La lecture traditionnelle des conflits de classes, du clivage droite-gauche, des pauvres et des riches ne vaut plus. Ces trente dernières années, les classes moyennes et populaires occidentales ont subi un double choc : le déménagement de l’emploi industriel vers les pays à bas coûts (avec toute la reconfiguration géographique que cela a entraînée) d’un côté et, de l’autre, le multiculturalisme qui s’est imposé comme modèle unique mondial. C’est-à-dire un modèle où les cultures et les modes de vie, les us et coutumes coexistent au sein des sociétés. Les gens ordinaires ont été plongés dans cette nouvelle donne sans mode d’emploi, avec la promesse du progrès comme seul message et mantra : “demain, tout ira bien, tout cela c’est le mouvement”. Simplement, après trente ans de mutations, ils font valoir que le compte n’y est pas.

Votre approche de l’immigration est assez déconnectée de la question ethnique. Vous faites valoir que ce n’est pas une crainte de “petits Blancs”, mais une angoisse universelle, face à un environnement qui change…

Quand j’ai ciselé la notion d’”insécurité culturelle”, l’idée était de forger un concept opérationnel, concret, pour analyser les dynamiques de peuplement dans le logement social. Un bailleur social me demandait d’enquêter sur les raisons pour lesquelles dans des quartiers sans insécurité “physique”, de nombreux habitants et notamment des retraités et des familles d’origine maghrébine en phase d’ascension sociale demandaient à être relogés ailleurs. Le point commun était que dans ces quartiers il y avait à ce moment-là une forte immigration subsaharienne, donc une culture différente encore. En fait, quelles que soient leurs origines, les gens perçoivent bien la logique démographique : ils ressentent parfaitement que dans un modèle multiculturel, où toutes les cultures continuent de faire valoir leurs normes, chacun se demande s’il est en voie de “minorisation” dans son quartier ou dans sa ville. C’est logique : quand l’autre ne devient pas soi, on essaie de compter “combien est l’autre”. Tout simplement parce que quand son propre mode de vie devient minoritaire, c’est plus compliqué à gérer au quotidien. Tout cela se fait la plupart du temps dans un contexte non violent : c’est un contexte de réorganisation presque anthropologique.

(…)

www.lexpress.fr

https://www.fdesouche.com/2021/10/11/guilluy-le-controle-de-limmigration-nest-pas-quune-demande-de-lextreme-droite/

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