Elle est pas belle, la République française ?

D S K

Surtout quand on se souvient que cet homme a bien failli en devenir le président !

Après le scandale sexuel du Sofitel de New York et quelques autres turpitudes du même acabit, l’ancien directeur général du FMI (2007-2011) s’est reconverti en conférencier et consultant international. Ses clients : des oligarques, des entreprises ou des chefs d’Etat pas toujours recommandables. Une activité qui rapporte gros. Et, depuis qu’il a quitté la vie publique, l’ancien ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie… gagne le salaire d’un patron du CAC 40 tout en se jouant des frontières fiscales : il a implanté ses sociétés dans des pays où il n’y a aucun impôt sur les bénéfices. C’est ce qui apparaît dans les dernières révélations (« Pandora Papers« ) du Consortium international des journalistes d’investigation.

Résident marocain (sa quatrième épouse est la Franco-Marocaine Myriam Laouffir), l’ancien directeur général du FMI a domicilié une société dans le paradis fiscal de Ras Al-Khaïma, près de Dubaï. Depuis le Maroc, il dispense ses conseils à des régimes autoritaires, des groupes russes ou chinois.

Le désert à perte de vue, des dunes de sable rouge striées par les vents où cheminent des Bédouins et leurs dromadaires, d’où surgissent soudain, à vingt kilomètres de la capitale, quelques constructions éparses autour d’un bâtiment de verre. L’effet de surprise est fort, mais l’adresse sur le certificat d’immatriculation ne fait aucun doute : c’est là, dans ce no man’s land incongru sur le territoire de Ras Al-Khaïma, l’un des sept Emirats arabes unis, le plus sauvage, enclavé entre le golfe Persique et le djebel Jais, qu’est enregistré Parnasse Global Limited, la nouvelle société de Dominique Strauss-Kahn.

Emblématique de l’émirat de Ras Al-Khaïma

Une « société commerciale internationale » que l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) a discrètement domiciliée ici, le 3 avril 2018, comme le révèlent les « Pandora Papers ». Il en est l’unique actionnaire et directeur.

Que diable est venu faire ici l’homme qui a refait sa vie au Maroc, après la succession de scandales qui ont défrayé la chronique judiciaire des années 2010 ? C’est pourtant depuis son riad de Tassoultante, au sud de Marrakech, où il a créé en 2013 sa première société, Parnasse International, que DSK dispense ses conseils politiques et économiques aux gouvernements qui font appel à ses services. Mais, les « Pandora Papers », c’est quoi ?

« Pandora Papers » est une enquête collaborative menée en partenariat avec 150 médias internationaux, dont Le Monde. Elle repose sur la fuite de près de 12 millions de documents confidentiels, transmis par une source anonyme à l’ICIJ, provenant des archives de quatorze cabinets spécialisés dans la création de sociétés offshore dans les paradis fiscaux (îles Vierges britanniques, Dubaï, Singapour, Panama, les Seychelles…).

Cinq ans après les « Panama Papers », l’enquête révèle l’ampleur des dérives de l’industrie offshore et de ses sociétés anonymes. Elle montre comment ce système profite à des centaines de responsables politiques, et comment de nouveaux paradis fiscaux prennent le relais à mesure que les anciens se convertissent à la transparence.

Dominique Strauss-Kahn prétend, de son côté, que le choix de Ras Al-Khaïma répond non pas à des « motivations fiscales », mais à la volonté d’un important client de la région d’y domicilier ses contrats. Pourtant, ce micro-émirat, privé de ressources propres en hydrocarbures, recèle d’autres atouts : un secret des affaires étanche et une fiscalité égale à zéro, qui n’a rien à envier à son clinquant voisin Dubaï, un paradis fiscal et réglementaire dont la réputation n’est plus à faire.

Ici, nul besoin de bureau ni même de boîte aux lettres pour les étrangers qui y domicilient leurs affaires. L’offshore y est roi et le business souverain, sous la protection de la famille royale Al-Qasimi : une société-écran s’ouvre en quelques heures, sans capital minimum, sans qu’il soit besoin d’en publier les comptes, et, donc, sans acquitter le moindre impôt. Tout y reste confidentiel. Et virtuel.

De fait, DSK, résident marocain, ne se rend guère dans l’émirat. Il possède un représentant local, SFM, un cabinet de domiciliation situé à Dubaï. Un prestataire comme il en existe des milliers, l’un des quatorze spécialistes de l’offshore dont les documents ont fuité et permis aux journalistes du projet « Pandora Papers » d’enquêter un an durant.

L’ex-ministre de l’économie se défend de vouloir éluder l’impôt dans les émirats : pourquoi aurait-il déployé tant d’efforts, quand le taux d’imposition au Maroc peut être plafonné à moins de 9 % ? Effectivement, sa société marocaine, Parnasse International, est implantée dans la zone franche financière de Casablanca : un havre fiscal que DSK connaît bien, pour avoir justement conseillé l’Etat marocain sur le développement de ce « hub » africain, et qui lui a permis de ne payer aucun impôt sur les 21 millions d’euros de profits engrangés entre 2013 et 2018. Mais la société émiratie a précisément été créée en 2018, au moment où prenait fin la période d’exonération fiscale de cinq ans offerte par la zone franche marocaine ! Un hasard, bien sûr.

Mais Le magazine Challenges en 2018, puis L’Obs en 2020 ont publié des enquêtes fouillées sur la lucrative reconversion dans le conseil aux Etats et aux entreprises de celui qui fut l’un des meilleurs spécialistes de l’économie mondiale et des finances publiques.

Les « Pandora Papers » livrent eux des informations supplémentaires sur l’identité de ses clients et l’argent qu’il a perçu.

Ainsi, on savait que le Togo de Faure Gnassingbé et le Congo-Brazzaville de Denis Sassou Nguesso – deux potentats bien connus – figuraient parmi les pays africains qui, confrontés à d’impérieux problèmes de dettes ou de capitaux pour financer leur développement, et en délicatesse avec le FMI ou d’autres bailleurs internationaux, avaient fait appel à l’expertise de DSK. Il faut y ajouter le Sénégal qui apparaît dans les comptes 2017 de Parnasse International, qui font partie des documents qui ont fuité dans le cadre des « Pandora Papers » : cette année-là, sous l’intitulé « R. SENEGAL », une institution sénégalaise dont l’identité n’est pas précisée a versé 975 000 euros à la société de DSK. Le régime de Macky Sall était à l’époque en quête de moteurs pour sa croissance.

De même, la presse avait révélé que la reconversion de DSK ne s’était pas cantonnée au secteur public. Et que, épaulé par d’ex-compagnons de route, passés pour certains par Bercy, il avait noué contrat avec le géant russe du pétrole Rosneft – ce groupe, dirigé par Igor Setchine, artisan de la puissance de la Russie sur la scène internationale –, ou encore avec Sicpa – leader mondial suisse des encres et des solutions de sécurité, utilisées pour le marquage des billets de banque et des passeports.

Or, d’après l’enquête des journalistes, le contrat avec Rosneft, conclu sur plusieurs années et centré sur du conseil macroéconomique, a rapporté à l’ex-numéro un du FMI 1,75 million d’euros d’honoraires sur deux ans, en 2016 et en 2017. Déjà, à l’époque, le pétrolier russe était sous le coup de sanctions des Etats-Unis et de l’Union européenne, limitant son accès à certains marchés. Quant à Sicpa, le groupe s’est acquitté d’une facture plus modeste de 850 000 euros en 2017.

Les « Pandora Papers » permettent en outre de lever le voile sur deux autres clients privés de DSK, dont le groupe de négoce en pétrole Orion, qui a réglé 1,4 million d’euros à Parnasse International en 2017.

Aucun détail n’est donné sur le service rendu. Mais des indices renseignent sur de possibles connexions. Domicilié en Suisse mais immatriculé aux Seychelles, Orion est dirigé par Lucien Ebata, un intermédiaire proche du clan Sassou Nguesso qui a, lors de la crise financière de 2017, joué le rôle de négociateur officiel du Congo auprès… du FMI.

Autre découverte, le conglomérat chinois HNA a lui aussi rémunéré DSK – plus de 400 000 euros en 2017. Après le russe Rosneft, voilà un autre contrat hautement stratégique, surtout quand l’on sait que ce géant de l’aviation, de la finance ou de l’hôtellerie, criblé de dettes, a été contraint de se restructurer, début 2021, par les marchés et le Parti communiste chinois.

Au total, les affaires de Dominique Strauss-Kahn, conduites dans le secret de centres offshore, semblent ne s’être jamais aussi bien portées. Sur deux ans, en 2016 et 2017, DSK a touché une rémunération globale de 7 millions d’euros, en dividendes et salaires, après charges et impôts.

Elle n’est pas belle, la vie de DSK ?

Et dire, qu’en prime, nous aurions pu avoir un authentique lupanar installé à l’Elysée !

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/

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