La planète finance s’inquiète

Les bourses du monde entier ont frémi à la baisse, ces derniers temps, en considération des difficultés du géant chinois de l’immobilier Evergrande. À Shanghai l’indice des principales valeurs a reculé de 13,8 % depuis le 1er janvier, et à New York, où certes beaucoup d’autres facteurs interviennent, l’indice Dow Jones a connu ce 20 septembre un recul jugé considérable du fait de cette affaire.(1)⇓

L’interdépendance, en effet, n’a cessé de grandir, depuis 50 ans entre une certaine finance occidentale et le système communiste chinois. Cette réalité entre en aujourd’hui contradiction avec la prise de conscience, depuis environ 15 ans, de la menace d’ordre stratégique : celle que Pékin fait peser, de plus en plus, sur le reste du monde. Ses ambitions hégémoniques n’entrent pas seulement en rivalité avec la position des États-Unis. Elles s’exercent aussi dans ce que l’on appelle désormais l’Indopacifique, mais aussi vers l’Asie centrale, et elles s’implantent dans nombre de pays du Tiers-Monde, dans l’Orient musulman et en Afrique.

Cette contradiction entre finance mondiale et géopolitique interpelle directement l’Europe. Et elle confirme un des rares pronostics que s’autorisait votre chroniqueur dans les années 1980 : « la restauration du capitalisme en Chine sera la grande affaire mondiale du siècle à venir ». Or, jusqu’ici cette restauration s’est révélée depuis 1979 purement technique et entièrement bancale.

Toute l’effervescence autour de la crise d’Evergrande, [en chinois : Hengda, un groupe endetté à hauteur de quelque 260 milliards d’euros] démontre à cet égard, et dans ce contexte, plusieurs choses.

D’abord, même si les cloisonnements entre les systèmes chinois et occidentaux demeurent quand même plus nets qu’entre l’Amérique et l’Europe ils ne sont pas de nature à nous prémunir de la contagion d’un krach en Extrême orient. Ceci implique que l’on puisse légitimement se préoccuper des liens d’affaires et de finance entre nos deux galaxies, et des conséquences qu’elles entraînent.

En particulier les conditions dérogatoires dans lesquelles la Chine a été admise dans l’Organisation mondiale du commerce méritent d’être mises en cause. L’institution de l’OMC, se substituant au Gatt, supposait un certain nombre de règles communes sans lesquelles le libre-échange est un leurre. Or, le régime communiste les viole.

Les retards à l’allumage du pouvoir régnant à Pékin, face aux signes avant-coureurs, évidents depuis plusieurs mois, de la crise d’Evergrande semblent en eux-mêmes inquiétants et révélateurs. Ils ont différé jusqu’ici des prises de décisions de l’État dans un tel dossier.

Or, il deviendra de plus en plus urgent de trancher, en commençant par le démantèlement d’un conglomérat devenu anarchique. La folie des grandeurs semble avoir atteint son patron Xu Jiayin qui détient 71 % du groupe. Ramifié dans de nombreux secteurs, il emploie quelque 200 000 salariés directs et génère quelque 3,5 millions d’emplois indirects. En 2017 sa fortune était évaluée à plus de 38 milliards d’euros. En 2019, pour concurrencer Tesla, il a investi 20 milliards d’euros pour fabriquer des véhicules électriques dont aucune n’est encore sortie d’usine.

Aujourd’hui sa dette exigible représente le double de ses actifs nets. La dimension du désastre requiert désormais une intervention politique. Ce n’est donc au niveau ni du marché financier de Shanghai ou de Hong Kong ni d’un quelconque tribunal de commerce de Canton que se situera la prise de décision. C’est de la direction du Parti à Pékin, la capitale du nord, que dépendra le choix entre l’étatisation complète et diverses solutions de défaisance du groupe, y compris une liquidation qui entraînerait une faillite en cascade que l’on dit « dangereuse pour la croissance mondiale ». Dès maintenant les prévisions du XIXe Plan chinois calculant un développement national de 5,5 % en 2022 ne peuvent plus être prises au sérieux.

Que vont donc décider le parti et son chef Xi Jinping ?

Or, quoique totalitaire et marxiste, le parti communiste chinois a toujours été tributaire, à la fois, de ses bases strictement staliniennes et de sa bureaucratie dirigeante.

Il convient pour cela de connaître les racines de ce régime. Cette chronique s’attachera à en rappeler les données fondamentales. On ne s’étonnera pas de les découvrir trop largement occultées par nos commentateurs agréés, eux-mêmes généralement formatés à l’école des connivences stalino-maoïstes ou, parfois plus trompeuses encore, trotskistes.

JG Malliarakis  

Apostilles

  1. Lire par exemple, sur CNN le 23 septembre : « Evergrande stock surges even as major ally plans to sell all its shares »

À lire en relation avec cette chronique

« Les Harmonies économiques » par Frédéric Bastiat
L’économie est un enjeu trop sérieux pour en abandonner la connaissance et la gestion aux seuls technocrates étatistes. Contemporain de Marx, et contradicteur courtois de Proudhon, Frédéric Bastiat n’est pas « seulement » un polémiste de talent. Rendant l’économie accessible à tous, il met sa plume au service d’une réflexion profonde. Défenseur de la propriété et de la liberté, il met en lumière, généralisant la fameuse loi de Jean-Baptiste Say, que « les services s’échangent contre les services ». À  notre époque, le propos fait encore scandale. Il éclaire, notamment, le phénomène mal compris dit de la mondialisation.  

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