Rendez-nous Trump !

Notre microcosme médiatique et notre oligarchie politique attendaient Biden comme le Messie. Enfin, les Etats-Unis allaient redevenir le modèle de la démocratie exportable, le grand protecteur de l’Europe, le plus vieil allié de la France, celui qui, dans le fond, avait très tôt converti celle-ci à la République. L’Obamania avait déferlé durant huit ans sur notre pays. 

Mme Clinton, qui mobilisait tous les espoirs de nos plumitifs et de ceux qui peuplent les écrans, avait été victime d’un mode d’élection discutable, de la bêtise des “bas-de-plafond” aux nuques rougies par le soleil, et même de l’ingérence scandaleuse des Russes dans les affaires américaines. A la suite du premier président noir, devait venir la première Présidente. Et on avait manqué ce nouveau pas vers le progrès ! Après quatre ans de “populisme”, d’errance et d’exubérance trumpiennes, enfin le soleil allait à nouveau se lever sur l’Atlantique, côté américain bien sûr ! Biden vint, dans des circonstances marquées par le covid et un pourcentage de votes par correspondance inédit. Mais rien ne pouvait entacher cette victoire inscrite dans le mouvement de l’histoire, surtout pas les manifestations quasiment putschistes aux alentours du Capitole.

Certes, le nouveau président n’avait pas l’air au mieux de sa forme, mais au moins était-il du bon côté, et se rangerait-il aux avis de “l’Etat profond”, sans vouloir en faire à sa tête, pour ce qui lui en reste, comme son fantasque et flamboyant prédécesseur. Auparavant, il fallait que les piliers du système contrent les incartades et les embardées de l’occupant de la Maison Blanche : le Washington Post nous a appris que le Chef d’Etat-major Mark Milley avait ainsi téléphoné à son homologue chinois, Li Zuocheng, pour lui affirmer qu’il n’y aurait pas d’opérations militaires visant la Chine et lui aurait même promis de le prévenir de toute attaque surprise. Il avait tenu à justifier ces curieux contacts avec un haut responsable militaire d’un pays totalitaire dirigé par le parti communiste, et grand rival, sinon ennemi déclaré des Etats-Unis, en plaidant la faiblesse démocratique : ” La démocratie peut parfois être brouillonne”. S’entretenir sans ordre avec une puissance étrangère en dénigrant le système politique qu’on est censé défendre, c’est quand même plus proche de la trahison que les prétendus contacts russes de Trump jamais établis.

En quelques mois, Biden a montré ce dont il était capable, et il a aussi révélé aux Français naïfs et mal informés, que les démocrates américains n’étaient ni plus fiables, ni plus amicaux à leur égard que les républicains. On peut même penser le contraire. En quelques jours, Afghanistan d’abord, Australie ensuite, nos grands et vieux amis, que nos présidents successifs, après Chirac, regardent avec les yeux de Chimène, ont, avec une brutalité qui confine à la balourdise, montré que la France était à leurs yeux quantité négligeable. C’est ce que pensent les présidents démocrates depuis Roosevelt et un certain mois de juin 1940, un peu moins les républicains avec des Eisenhower ou des Nixon. Ils ont commencé par quitter l’Afghanistan en catastrophe en plaçant leurs alliés devant le fait accompli et la nécessité de replier les nationaux et éventuellement les auxiliaires afghans. Ce départ sans fanfare était sans doute inévitable et avait été prévu par l’administration Trump qui avait négocié de manière unilatérale avec les Talibans, mais le chaos précipité dans lequel il s’est déroulé a offert de la présidence Biden l’image d’un amateurisme irresponsable, indigne d’une grande puissance. En prime, une page de publicité a été offerte à l’islamisme triomphant. Dans notre pays, où se déroule le procès des attentats du 13/11/2015, on ne peut que réprouver une débandade qui pouvait être évitée et constitue une incitation au terrorisme. Mais il ne s’agit pas d’un accident. Depuis le début, Washington privilégie sa stratégie au détriment de nos intérêts nationaux : le 11/09/2001 a servi de prétexte à l’invasion de l’Irak à laquelle la France a refusé de collaborer. Cette action sans rapport avec le terrorisme s’inscrivait dans la politique des néoconservateurs, qui consistait à sauvegarder la primauté mondiale des Américains, en exportant par l’ingérence politique et l’intervention militaire le modèle “démocratique et libéral”, si possible dans des pays dont les richesses sont exploitables. Cette orientation affichée dans l’entourage de Bush junior par d’anciens jeunes trotkistes devenus républicains comme Paul Wolfowitz était présente sous les mandats démocrates. C’était, dans le fond la position de Brzezinski “visant à instaurer une communauté mondiale d’intérêts partagés”. Il justifiait dans ce but que “l’Amérique fût en droit de bénéficier d’un niveau de sécurité supérieur à celui de tous les autres pays”.

C’est la raison pour laquelle, les Etats-Unis ont avant tout visé à réduire leurs rivaux. Les terroristes ne l’étaient pas, les Russes si, et par exemple, l’acharnement à soutenir, sous Obama, les islamistes, et donc les terroristes ( ceux d’Al-nosra, au moins) , contre l’allié syrien de Moscou appartenait à cette stratégie dans laquelle la France s’est engouffrée servilement. La priorité donnée à l’affaiblissement de la Russie n’est dans l’intérêt ni de l’Europe dont la Russie est le complément indispensable, ni de la France. L’Allemagne en menant à bien, malgré les pressions américaines,  la réalisation du second gazoduc destiné au gaz russe, a choisi son intérêt qui n’était pas celui des Etats-Unis. En revanche, les Français déjà endoloris par la capture d’Alstom ou l’amende infligée à la BNP, se sont fait piquer la vente de 12 sous-marins à l’Australie. Le pachyderme fonce désormais contre la Chine. Peu importe le mouton sympathique et dévoué qui croyait être chez lui dans le Pacifique. Comme la gentille bête tondue était fâchée, on lui a promis que la prochaine fois, on la préviendrait… Ce que faisait Trump, d’ailleurs en clamant : “l’Amérique, d’abord”.

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