La flambée des matières premières alimentaires menace-t-elle l’économie ?

A Paris, plusieurs boulangeries ont franchi le pas cet été : le prix de la baguette tradition est passé de 1,20 à 1,30 euro. Soit près de 8 % de hausse. Il illustre bien la pression des hausses de matières premières sur les prix alimentaires. L’évolution des cours du blé tendre, prisé par les fabricants de baguettes et de viennoiseries, est, à ce titre, exemplaire. Mi-août, la tonne de grains dorés, livrée à Rouen, se négociait à plus de 250 euros. Du jamais-vu depuis janvier 2013. Même s’il a quelque peu reflué en septembre, le cours affiche une progression de près de 25 % en un an.

Mais les esprits se sont surtout échauffés cet été sur un risque de pénurie de blé dur, et donc sur une flambée de son cours. Il a lui aussi bondi de plus de 20 %, pour atteindre 335 euros la tonne, livrée à La Pallice (Charente-Maritime). Les industriels fabricants de pâtes ont tiré la sonnette d’alarme, en août, pour tenter d’obtenir une renégociation des tarifs auprès de la grande distribution.

Les blés ne sont pas seuls à voir leur cotation s’enflammer. L’orge, le soja, le colza, le sucre, le café ou les fruits sont tout autant aspirés dans une spirale haussière. Les aléas météorologiques, avec la canicule enregistrée au Canada, la sécheresse puis le gel au Brésil, les pluies trop abondantes et le gel en France, ont perturbé les espoirs de récolte. A cela s’ajoute une demande soutenue avec la reprise économique.

Signe de cette envolée mondiale des cours, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a annoncé, début septembre, que son indice des prix mondiaux des produits alimentaires était reparti à la hausse en août après deux mois de repli. Il affiche un bond de 32 % en un an, porté par les céréales, les huiles et le sucre. Il s’approche du plus haut de l’année, atteint en mai, et du record historique, enregistré en février 2011.

Mais les industriels de l’agroalimentaire ne s’inquiètent pas uniquement du bond des cours des matières premières agricoles. Ils subissent également la hausse soudaine du prix des emballages, que ce soit le carton ou l’aluminium ! Vive le VRAC… L’Association nationale des industries alimentaires (ANIA), après avoir mené un sondage parmi ses membres, estime qu’elle est comprise entre 12 % et 24 %. Elle met aussi en exergue la progression des tarifs logistiques, avec une explosion des coûts de fret maritime.

Alors que les négociations annuelles entre industriels et grande distribution pour déterminer les prix des produits à marque vont démarrer début octobre pour s’achever le 1er mars 2022, le bras de fer débute. « Il y a forcément besoin de hausses de prix. Ne pas le dire, c’est nier la réalité économique »,affirme Jean-Philippe André, nouveau président de l’ANIA. Un discours décliné dans de nombreuses filières agroalimentaires. Ainsi, les coopératives laitières ont chiffré entre 5 % et 7 % l’augmentation tarifaire nécessaire pour faire face aux hausses de coûts et revaloriser le prix du lait payé aux producteurs – le lait étant un des rares produits agricoles dont le prix n’a pas bougé cette année et a même baissé en moyenne en 2020, alors que la hausse des cours des céréales, du soja et du colza, qui renchérit d’autant la ration des animaux mais aussi de l’énergie, pèse sur les éleveurs.

Sans attendre les négociations annuelles, certains industriels ont déjà fait passer des demandes de revalorisation. « Nous avons entre 25 % et 30 % de nos entreprises qui demandent une hausse de tarifs comprise entre 5 % et 6 %. Si ces tarifs étaient acceptés, cela donnerait une inflation comprise entre 1,5 % et 2 % », estime Richard Panquiault, directeur général de l’Institut de liaisons des entreprises de consommation (ILEC). Est-ce pour autant catastrophique ? Non, bien sûr.

Des filières agroalimentaires, comme celle des fruits et légumes ou du poulet, ont obtenu des enseignes de distribution des coups de pouce tarifaires. Ainsi, l’Insee chiffre à 5 % la hausse des étiquettes sur les légumes en juillet, comparativement à l’année précédente. La progression est de 3,5 % pour la volaille et de 3 % pour les fruits frais.

Les industriels comptent sur le soutien des agriculteurs pour faire pression auprès des enseignes et faire passer ce qu’ils jugent être une nécessaire inflation, au moment même où le Sénat va examiner une proposition de loi dont l’objectif est de mieux rémunérer les agriculteurs. Elle doit amender la loi EGalim votée en 2018, qui avait déjà cette ambition en répartissant mieux la valeur au sein de la filière agroalimentaire mais qui n’a pas donné les résultats escomptés. Alors que certains distributeurs, comme Leclerc, qui s’opposait à la loi EGalim, brandissaient le spectre de l’inflation, il n’en a rien été. « Nous perdons de la valeur, nous cumulons une déflation depuis sept ans », affirme M. André. Et, pendant ce temps-là, le taux de suicides de nos agriculteurs ne cesse d’augmenter du fait de leur paupérisation croissante.

Hélas, la guerre des prix entre les enseignes de grande distribution n’a pas faibli. D’ailleurs, selon l’institut d’études IRI, la déflation sur les produits alimentaires dans la distribution a encore été de 0,46 % sur les huit premiers mois de l’année 2021, dont le mois d’août.

Alors, oui, acceptons de rémunérer convenablement nos paysans et non pas nos intermédiaires !

Le 24 septembre 2021. Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/

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