De Gaulle, troisième César 2/2

[Ci-contre : De Gaulle, D. de Roux, Classiques du XXe siècle, 1967]

Le plan d’ensemble du gaullisme géopolitique s’articule en 5 zones stratégiques plus une d’appui et de manœuvre, en place ou à créer :

  • renforcement du bloc franco-allemand, selon la fidélité historique au devenir éternel de l’Europe
  • dégager le Sud-Est européen de l’empire soviétique, afin de stopper l’action de l’URSS sur son propre axe de clivage et l’obliger à composer pour se mouvoir stratégiquement
  • dégager le Sud-Est asiatique de l’empire américain, afin de stopper l’action des USA sur leur propre axe de clivage et les obliger à composer pour se mouvoir stratégiquement

  • faire jouer à l’Amérique latine le rôle de lien entre la conscience occidentale et le Tiers-Monde par l’action des for­ces révolutionnaires sur le terrain
  • empêcher que le Canada ne devienne une base impériale extérieure de rechange des USA
  • soutenir secrètement l’Inde contre la Chine pour des rai­sons d’ordre spirituel théurgique, la Chine représentant la matérialisation de l’esprit quand l’Inde incarne depuis tou­jours le primat du spirituel sur la matière.
    La consolidation du front idéologique mondial lancé par le gaullisme requérant que soient attisés par ses agents le ma­ximum de foyers, il apparaît nécessaire dans un premier temps que partout où se trouvent les zones de con­fron­ta­tion idéologique et d’oppression des minorités, l’on sou­tien­ne la révolution au nom du troisième pôle gaulliste. Six zo­nes de friction retiennent l’attention de Dominique de Roux, en raison de leur idéal nationaliste-révolutionnaire con­forme aux aspirations gaullistes et pour leur situation géostratégique de déstabilisation des blocs (de Roux ne le sait pas encore, mais viendront bientôt s’ajouter à sa liste le Portugal et les possessions lusitaniennes d’Afrique : Ango­la, Guinée-Bissau, Mozambique) :
  • 1) le combat pour la libération nationale et sociale de la Pa­lestine, clef de voûte de la paix au Moyen-Orient et de la présence pacifique de la France en Méditerranée
  • 2) la mise en marche immédiate de la Conférence Pan-eu­ro­péenne pour la Sécurité et la Coopération Continentale.
  • 3) le combat pour la libération nationale et sociale de l’Ir­lande catholique
  • 4) la relance du soutien international aux combattants du Québec libre pour la sauvegarde de son être national pro­pre
  • 5) appui inconditionnel au Bangladesh
  • 6) insistance sur la tâche prioritaire des enclaves de langue française comme relais de la subversion pacifique mondia­le.

Il conviendra donc d’intensifier les contacts avec toutes les forces révolutionnaires en présence sur le terrain. Ainsi seu­lement la vocation gaullienne accomplie rejoindra sa des­tinée, celle du libérateur contre les internationales exis­tantes — capitaliste et communiste, ouvertement impé­rialistes —, qui soutient et permet toutes les luttes de li­bération nationale et sociale, toutes les révolutions iden­titaires et économiques. « Aujourd’hui, la tâche révolution­naire d’avant-garde exige effectivement, la création de deux, trois quatre Vietnam gaullistes dans le monde » (Ma­gazine Littéraire n°54, juillet 1971). Sa force contre les a priori idéologique, apporter une solution qui s’inspire de l’histoire, des traditions nationales de chaque pays, de sa spécificité sociale : socialisme arabe, troisième voie péru­vienne, participation gaulliste.

L’après-gaullisme représente l’échéance d’une ère

De Gaulle a mené un combat entre la vérité historique ulti­me et les circonstances historiques de cette vérité.

À l’époque, Jean-Jacques Servan-Schreiber a cherché à per­suader les Français que le républicanisme gaullien était un régime à peine plus propre que la Grèce des colonels. Puis vint mai 68. « Aujourd’hui, ce même grand capital, qui pour mater les syndicats permit (…) Mussolini (…), qui inventa le nazisme pour la mobilisation maoïste des ouvriers alle­mands en vue de l’expansion économique, qui donna sa pe­tite chance à Franco l’homme des banques anglaises, nous invente morceaux par morceaux la carrière française de Jean-Jacques Servan-Schreiber et les destinées euro­péen­nes du schreibérisme ». La vérité fut que de Gaulle, na­tionaliste et révolutionnaire, annula dialectiquement et re­jeta dos à dos Hitler et Staline. L’après-gaullisme repré­sente l’échéance d’une ère. L’avenir de l’Occident ne pourra plus se définir que par rapport à l’action personnelle de de Gaulle. Si le gaullisme est le fondement de l’histoire nou­velle, l’après-gaullisme est la période à partir de laquelle se confronteront ceux qui poursuivent son rêve et ses oppo­sants, ceux qui refusent sa vision. Pas d’après-gaullisme donc, seulement le face à face gaullistes contre anti-gaul­listes. « Il n’y a de gaullisme qu’en de Gaulle, de Gaulle lui-mê­me devient l’idée dans l’histoire vivante ou même au-de­là de l’histoire ». Pour préserver l’authenticité de la geste gaul­liste, il faut conserver le vocabulaire de l’efficacité gaul­lienne. « Qu’importe alors la défaite formelle du gaul­lisme en France et dans le monde, écrit Dominique de Roux dans Ouverture de la chasse en juillet 1968, si, à sa fin, le gaullisme a fini par l’emporter au nom de sa propre vérité in­térieure, à la fois sur l’histoire dans sa marche dialectique et sur la réalité même de l’histoire ?»

Dominique de Roux victime de sa vision ?

Trente ans après, quel crédit accorder aux spéculations géo-poétiques du barde impérial de Roux ? Lui-même re­con­naissait interpréter la pensée gaullienne, en révéler le sens occulte. Des réserves d’usage, vite balayées par les mi­rages d’un esprit d’abord littéraire (littérature d’abord), sujet aux divagations les plus intempestives. Exemple, la France, « pôle transhistorique du milieu » « dont Charles de Gaulle ne parle jamais, mais que son action et son écriture sous-entendent toujours ».

Quand il parle de la centrale d’action internationale gaul­liste, qu’il évoque en préambule du premier numéro d’une collection avortée qui devait s’intituler Internationale gaul­liste sa contribution à la propagation du message gaulliste, c’est un souhait ardent que de Roux émet avant d’être une réalité. De Roux victime de sa vision ?

Hier figure du gauchisme militaire, aujourd’hui intellectuel souverainiste, Régis Debray dans À demain de Gaulle fait le mea culpa de sa génération, la génération 68, coupable selon lui de n’avoir pas su estimer la puissance visionnaire du grand homme, dernier mythe politique qu’ait connu la France.

Au regard de l’Histoire dont il tenta sa vie durant de percer les arcanes, Dominique de Roux s’est peut-être moins four­voyé sur l’essentiel, qui est l’anti-destin, que la plupart des intellectuels de son temps. « Par l’acte plus encore que par la doctrine, Charles de Gaulle a amorcé une Révolution Mon­diale. Celle-ci, connue par lui à l’échelle du monde, ap­pelle ontologiquement une réponse mondiale ».

Dans Les chênes qu’on abat, Malraux fait dire à de Gaulle : « J’ai tenté de dresser la France contre la fin d’un monde. Ai-je échoué ? D’autres verront plus tard ».

De Gaulle, troisième homme, troisième César.

Laurent Schang, Nouvelles de Synergies Européennes n°50, 2001.

[titre originel de l’article : Le gaullisme de Dominique de Roux]

http://www.archiveseroe.eu/histoire-c18369981/41

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