Interrogations européennes

La création du partenariat de sécurité entre les Etats-Unis, l’Angleterre et l’Australie a été très mal reçue en France.

À noter que le gouvernement de Pékin ne s’y est évidemment pas trompé et sa diplomatie, désormais volontairement agressive a immédiatement sur-réagi. Zhao Lijian porte parole du ministère chinois des Affaires étrangères critique ouvertement l’alliance entre Washington, Londres et Canberra, et menace assez clairement l’Australie. L’accord dit AUKUS était connu le 15 septembre, et dès le 16, s’exprimant au nom de la Chine, il se permettait de juger « totalement irresponsable » cet accord tripartite. Cette coopération met, selon lui, « sérieusement à mal la paix et la stabilité régionale et intensifie la course aux armements ».

En ce qui concerne la course aux armements et les atteintes à la sécurité régionale, Pékin n’attend pas de recevoir des leçons pour prendre de l’avance : le camarade Xi Jinping, président de la Commission militaire centrale, presse chaque jour la modernisation de son Armée dite « populaire » et « de libération » (libération de qui ? du Tibet peut-être ?), de ses arsenaux et de sa marine.

En regard de l’agenda chinois, on doit rappeler ceci : le contrat tel qu’il avait été signé initialement avec l’Australie, prévoyait l’achat de 12 sous-marins représentant au départ 31 milliards d’euros. Incidemment, cette somme, comme trop de fournisseurs français de contrats publics en ont pris l’habitude au détriment des contribuables, a été, depuis, considérablement augmentée passant à quelque 56 milliards d’euros, sans parler des frais de maintenance. Or,  l’industriel Naval Group, – ex-Direction des chantiers navals, propriété à 62 % de l’État français, ayant choisi en 2017 pour devise « Power at Sea », curieusement en anglais – ne devait livrer son premier sous-marin qu’en 2035, sauf retard… On admirera le sens de l’urgence !

Or, le temps presse. Ce qui préoccupe désormais la Chine communiste, plus que l’accord entre les trois pays anglo-saxons, c’est bien l’institutionnalisation du partenariat dit « Quad ». Celui-ci englobe aussi dès maintenant, grâce aux efforts de Mike Pompeo entre 2018 et 2021, l’Inde et le Japon. Il s’agit en effet de la défense de l’Indopacifique. Or, si un pays devrait se montrer directement intéressé à l’élargissement et au renforcement de « Quad » c’est bien la France. Elle devrait considérer en effet son immense domaine maritime, trop peu pris en compte, mais aussi ses intérêts économiques tels que ceux du nickel de Nouvelle-Calédonie, tout cela étant monstrueusement mal géré par notre technocratie. Rappelons que depuis 1962, par la décision de l’état central parisien, la Marine française a été, d’année en année, systématiquement sous-dimensionnée.

A Paris, hélas, le dossier n’a été perçu que sous l’angle de la rupture d’un contrat de vente de sous-marins où, bien entendu, nous n’acceptons de voir que les torts de nos partenaires.

Aimablement, Mme Ursula von der Leyen a relayé, sur CNN ce 20 septembre, la colère exceptionnelle manifestée par Le Drian en jugeant que la France a été traitée de façon « inacceptable ». Si cette attitude doit conduire à une meilleure coordination des efforts militaires au sein des 27, on ne peut que la saluer.

Car, là aussi, la véritable question devrait viser au renforcement des moyens de la défense de l’Europe, et de ce que M Macron appelle notre « autonomie stratégique ». Dans ce contexte, et compte tenu des interrogations que le dégagement de Kaboul n’a pu manquer de soulever, il convient de lire tant soit peu attentivement le discours sur l’état de l’Union prononcé au parlement de Strasbourg ce 15 septembre par la présidente de la Commission : les questions de défense servent pratiquement de conclusion.

Or, parmi les tâches à accomplir pour avancer sur le terrain de la puissance européenne, outre évidemment celle de la coordination et de la hausse des budgets militaires, figure la capacité des industries de défense. Mme von der Leyen, au cours des 59 minutes de son développement faisait référence à l’autorité morale de Robert Schuman. Elle reprenait à son compte l’idée que « l’Europe a besoin d’une âme, d’un idéal et d’une volonté politique au service de cet idéal ». Or, cherche-t-elle à démontrer « au cours des douze derniers mois, l’Europe a donné corps à ces propos. »

Sur un tel terrain cependant, convenons que bien du chemin reste à parcourir.

JG Malliarakis

https://www.insolent.fr/

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